Villes apaisées : De Sète à Toulouse, les mobilités douces gagnent du terrain

Une passerelle piétonne verra bientôt le jour, sorte de chaînon manquant, pour se connecter à la piste cyclable qui relie les plages et le quartier de la Corniche. Illustration : Ville de Sète.

En Occitanie, nombreuses sont les communes qui mettent les bouchées doubles pour « apaiser la ville ». Passerelle, place, voies verte et cyclables à Sète ; 300 km de pistes et des équipements pour cyclistes à Montpellier. Dans toulousain, on crée carrément un réseau express vélo…

On roule à la force du mollet, on patine en costard-cravate… « Dans les villes moyennes, on assiste à une montée en puissance des mobilités douces et des nouveaux modes de transports, trottinettes électriques et gyropodes compris… On note aussi un regain récent du vélo mais il faut donner un vrai coup de pouce et maintenant ; il y a un vrai effort à concrétiser qui doit se traduire dans les faits. »

Professeur d’université à Montpellier, Laurent Chapelon est un spécialiste de la question. Pour l’instant, « localement, dit-il, il y a parfois des efforts notables sur la part du vélo, mais elle n’est pas suffisante à l’échelle nationale. La part du vélo est de l’ordre, peu ou prou, de seulement 2,7 %. Ce chiffre ne bouge pas depuis 2008. Il faut mettre le paquet, dit-il, et repenser l’espace public non plus au seul profit des voitures mais des modes de déplacement alternatifs », comme l’expliquait à Dis-Leur l’urbaniste Damien Vieillevigne.

Le problème des villes moyennes c’est qu’elle ne peuvent pas si facilement se passer de la voiture et en même temps elles sont souvent très encombrées »

Laurent Chapelon, professeur à l’université de Montpellier
Laurent Chapelon. Photo : DR.

Laurent Chapelon insiste : « Le problème des villes moyennes c’est qu’elle ne peuvent pas si facilement se passer de la voiture et en même temps elles sont souvent très encombrées. » C’est sûr que laisser davantage de place aux modes de déplacements doux, vélo en tête, dans une métropole comme Montpellier est chose plus aisée. « Si Sète investit dans les mobilités douces, c’est une bonne chose  juge Laurent Chapelon. Il faut enclencher cette réflexion vertueuse et mécaniquement, le vélo et les autres modes de déplacement se déploieront d’eux-mêmes. »

C’est un combat difficile : les commerçants n’y sont pas favorables. Mais, globalement, là où ça a été appliqué, ça fonctionne. De façon générale, il faut profiter d’un projet de réaménagement urbain pour y intégrer les mobilités douces »

Et Laurent Chapelon d’appeler « les villes moyennes à reconsidérer leur hyper-centre-ville. De piétonniser certaines voies autant que faire se peut ; raccorder cet hyper-centre à des itinéraires vélos, à des voies vertes et réfléchir aux connections avec les autres quartiers. Il faut apaiser la circulation en limitant l’afflux de voitures au centre-ville. C’est un combat difficile : les commerçants n’y sont pas favorables. Mais, globalement, là où ça a été appliqué, ça fonctionne. De façon générale, il faut profiter d’un projet de réaménagement urbain pour y intégrer les mobilités douces. » Il ajoute : « Si une ville veut marquer son intérêt pour le vélo partout, elle peut créer des doubles sens cyclables ; poser une signalétique forte dédiée au deux-roues ; créer des zones 2o ou 30. Il faut procéder par cercles concentriques… »

Sète : pont piéton, piste cyclable, passerelles…

François Commeinhes en conférence de presse mercredi. Photo : Olivier Schlama

Redoutée pour ses bouchons, Sète, par la voix de son maire François Commeinhes, annonce plusieurs projets structurants, reprenant les mêmes termes, pour « fluidifier » le trafic et rendre lui aussi la « ville apaisée ». Très critiqué pendant la campagne des municipales sur le thème de la dégradation de la qualité de vie des Sétois, le premier édile de Sète répond que ces aménagement structurants étaient « prévus avant la campagne ».

« Nous sommes allés voir ce que font certaines villes en la matière, comme Metz ou Bordeaux. Ou à Pontevedra, en Espagne. Des villes viennent aussi nous voir pour voir comment on s’y prend. » Ainsi François Commeinhes nous a-t-il annoncé un investissement estimé à « environ 18 M€ en équipements structurants dans les 12 prochains mois, sans hausse d’impôts ». À commencer par la création d’un pont piéton surplombant le canal au droit du futur conservatoire. Un ouvrage d’à peine 20 mètres de long, « couvert des deux côtés par de l’inox poli ».

« En contradiction avec la volonté de créer trois parkings en centre-ville et un nouveau quartier de 1 800 logements… »

Ce n’est pas tout. Le maire annonce également la création d’une piste cyclable de 3,7 km reliant deux quartiers bordant l’étang de Thau : le Pont-Levis et la Plagette. Début des travaux en 2021. François Commeinhes annonce aussi « le début des travaux d’ici fin 2020 » pour une passerelle dans un autre quartier, bordant la Méditerranée, lui : la Corniche.

Pour piétons et cyclistes assurant une continuité avec la piste cyclable menant aux plages. C’est la même réflexion qui l’a mené à piétonniser l’hyper centre-ville en 2019. « Nous allons nous doter, début 2021, d’un centre de régulation du trafic pour mieux répondre à la problématique de la mobilité dans un espace contraint par sa géographie ». L’outil informatique régulera les temps d’attente aux feux en fonction de la circulation. « Cela s’inscrit dans notre démarche de smart city ». Il y a aussi dans ce catalogue, de nouveaux jardins partagés… « Nous voulons consolider l’attractivité de la ville tout en l’apaisant pour les Sétois ».

« Tout ce qui facilite les mobilités douces, c’est à encourager… »

Tous ces aménagements, Véronique Calueba, ex-tête de liste de gauche aux municipales, elle-même adepte du vélo, ne les rejette pas. Au contraire. « Tout ce qui facilite les mobilités douces, comme les pistes cyclables ou la marche, il faut l’encourager, quelle que soit la majorité en place. Mais je constate le cruel manque de cohérence. Ces aménagements annoncés sont en contradiction avec dans le même temps la volonté de cette majorité de créer trois parkings pour voitures en centre-ville, sous les places Stalingrad, Aristide-Briand et au Môle. »

Ce n’est pas tout. « Dans le même temps, la majorité va créer un nouveau quartier avec 1 800 logements, ce qui signifie 1,5 voiture de plus par foyer… Il manque un vrai projet de stationnement global. Pas seulement des aménagements à réaliser parce que c’est à la mode. Il faut reconsidérer la place de la voiture dans la ville (…) En août, par exemple, c’était un enfer. On pourrait par exemple créer de vraies promenades le long des quais au lieu d’y laisser stationner des voitures. Il faudrait imaginer des contournements, des parkings délestage… Et en même temps choisir quel type de transport en commun nous désirons… »

À Montpellier, on ne refait pas les municipales. Mais on change de vocable. On n’aime pas le terme de « coronapistes » qui peut laisser entendre que ces voies cyclistes improvisées pendant le confinement sont vouée à disparaître. Leur nouveau nom : « voies transitoires ». Déléguée aux transport de la Métropole de Montpellier, Julie Frêche dit « qu’aux 19 km déjà créés, nous étudions la possibilité d’en faire 7,5 km de plus d’ici la fin de l’année 2020. » Actuellement, on compte 160 km de pistes cyclables dont la majorité n’est pas en site propre. Le maire de Montpellier voudrait atteindre les 300 km d’ici la fin du mandat dans six ans.

C’est tout l’écosytème du vélo qu’il faut bâtir, notamment la sécurité du cycliste et la sécurisation de son vélo. Pour les salariés du centre-ville, par exemple, nous avons la volonté de proposer 1 000 places dans les parkings souterrains dédiées au vélo »

Manu Reynaud, maire-adjoint à Montpellier

Son homologue à la ville de Montpellier, Manu Reynaud ajoute : « C’est tout l’écosytème du vélo qu’il faut bâtir. Notamment la sécurité du cycliste et la sécurisation de son vélo. Pour les salariés du centre-ville, par exemple, nous avons la volonté de proposer 1 000 places dans les parkings souterrains dédiées au vélo. C’est indispensable. Gratuit ou payant, la question est à l’étude. Mais si ce devait être payant, le cycliste bénéficierait de formules peu onéreuses. » L’élu annonce aussi la création fortement envisagée d’autres parkings sécurisés indépendants, « à l’extérieur de la ville. Il en existe actuellement dépendant de la Tam mais avec une simple carte d’abonnement n’importe qui peut y accéder et voler un vélo… »

Haute-Garonne : Pistes cyclables, aires de covoiturage, incitation au télétravail, soutien à la création de tiers-lieux…

Dans le toulousain, on a aussi mis les bouchées doubles. Là, c’est le département de Haute-Garonne qui enclenche le starter. Réalisation de pistes dédiées aux cyclistes, notamment pour les trajets domicile-travail, création de nouvelles aires de covoiturage et incitation au télétravail avec le soutien à la création de tiers-lieux. Ces thématiques seront abordées lors de la semaine européenne de la mobilité organisée jusqu’au 22 septembre.

Après la création d’une première voie cyclable provisoire fin avril à Toulouse avenue Etienne Billières, Toulouse avait créé en 15 jours de nouveaux aménagements en faveur du vélo… Photo : Patrice Nin.

Projets structurants dans l’ouest, le sud-est et le sud-ouest de Toulouse, les REVe (Réseau express vélo) vont proposer 42 kilomètres d’autoroutes cyclables aménagées, totalement sécurisées pour les cyclistes et dédiées aux déplacements du quotidien. À terme, ces cinq équipements qui mobilisent 53 millions d’euros d’investissements du conseil départemental, permettront de relier Toulouse aux principales villes de l’agglomération, Muret, Labège, Escalquens ou Colomiers. Le succès de ces itinéraires cyclables à haut niveau de service passe par des aménagements alliant sécurité, confort, mises à disposition de parking vélo, d’éclairages et d’une signalétique dédiée. De nouveaux aménagements devraient également voir le jour après une nouvelle phase de concertation menée auprès des Haut-Garonnais.

Le département de Haute-Garonne a aussi suivi un plan d’aires de covoiturage s’appuyant sur les résultats d’une enquête citoyenne. À ce jour, ce département compte 25 aires de covoiturage et 780 places pour un investissement de 2,7 M €. Une initiative complémentaire avec l’offre de transport en commun. Quatorze nouvelles aires ont été actées pour 2020, soit 300 places supplémentaires pour 1,6 M€. Enfin, « les porteurs de projets de tiers-lieu peuvent être accompagnés par le conseil départemental en matière d’ingénierie, de création de réseau d’animation des tiers-lieux et en matière financière », indique ce même département.

Toulouse va investir 350 M€ en treize sites propres

Toulouse porte elle aussi une grande ambition : 350 millions d’euros à investir dans les prochaines années (25 millions d’euros par an,) en treize sites propres, dont deux entrantes et deux circulaires. « Attention, ajoute l’élu, à chaque fois, il s’agit de sites partagés avec les autres modes de transports et notamment la voiture. Nous ne voulons pas l’exclure. C’est important. » Ce plan directeur est cofinancé par la Métropole, la Région Occitanie, le département de la Haute-Garonne et les intercommunalités autour de Toulouse, l’Etat et même l’Europe.

Olivier SCHLAMA

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