Méditerranée : Le mérou repeuple massivement… les réserves marines

Le comptage de mérous dans la réserve de Cerbères-Banyuls s'est déroulé début septembre. DR.

Un record : plus de 650 mérous viennent d’être comptabilisés dans la plus grande réserve marine de l’Hexagone, à Cerbères-Banyuls, qui demande à Jean Castex d’me doubler sa superficie. Désormais, les spécialistes espèrent que ce poisson, protégé en France, essaime à l’extérieur du sanctuaire. Ce prédateur symbolise une biodiversité retrouvée.

Symbole d’une biodiversité retrouvée, le mérou, longtemps surpêché, repeuple doucement la Méditerranée. Enfin, repeuple : disons que ce poisson très apprécié et souvent braconné se reproduit chaleureusement dans les réserves marines, y compris et surtout dans la plus grande réserve de l’Hexagone, celle de Banyuls, qui s’étire jusqu’à Cerbère. Dans cet univers protégé, créé en 1974, « nous avons signé des partenariats avec tous les usagers de cette zone, pêcheurs professionnels en tête », souligne Frédéric Cadène. Directeur de la réserve, il explique le pari en pente douce que constitue le repeuplement du mérou.

« Peu de mérous à l’extérieur de la réserve… »

« Grâce à nos aménagements, nous sommes passés de dix d’individus en 1986, première année de comptage, à 400 en 2014, 600 en 2017 puis 650 selon notre dernier comptable il y a quelques jours. Cette population semble stable. » Le problème c’est que l’on ne compte pas beaucoup de mérous à l’extérieur de la réserve. « Seulement une vingtaine au nord et au sud de la réserve », précise Frédéric Cadène. Et d’autres poissons se reproduisent de concert en nombre, à l’instar du corb ou le sar tambour.

L’imposant mérou, qui peut peser 65 kg et mesurer 1,40 mètre, est un colosse qui aime la tranquillité. Ce poisson est protégé en Méditerranée française. Il s’y reproduit assez facilement mais « on s’interroge sur ce que devrait être l’effet réserve : normalement il devrait aussi se reproduire hors de la réserve ; nous ne voulons pas que la réserve soit un espace clos », ajoute le spécialiste qui se pose évidemment des questions sur un possible braconnage. Et sur le fait qu’en Espagne, toute proche, ce poisson, qui peut vivre un demi-siècle, n’y est pas protégé. Mais il y a d’autres facteurs à l’oeuvre. Il y a sans doute des prélèvements interdits mais, surtout, pour se reproduire le mérou a besoin de tranquillité qu’il a dans les profondeurs des réserves. Seuls quelques pêcheurs artisanaux peuvent en pêcher, et seulement au filet, dont la longueur est bien définie et la pêche réservée à des heures précises.

Le mérou est une espèce phare en Méditerranée qui fait partie des rares grands prédateurs tout en haut de la chaine alimentaire »

Philippe Lenfant, président du groupe d’études

Le même phénomène de reconquête est à l’oeuvre dans la réserve marine de Port Cros. Il est encore trop tôt pour savoir si le mérou recolonise la réserve des Calanques de Marseille. Mais le mérou entame sa reconquête un peu partout comme Dis-Leur vous l’expliquait. On le trouve ainsi dans plusieurs aires marines protégées tels Port-Cros, Lavezzi, Scandola, parc marin côte bleue, (La Ciotat, les Embiez)…

Comptage de mérous. DR.

Président du groupe d’études sur le mérou, l’universitaire Philippe Lenfant ne cache pas son enthousiasme s’agissant de la réserve de Cerbère-Banyuls : « Ce groupe d’études a été créé en 1980 par des scientifiques, les pêcheurs, l’Etat, etc., au moment où les effectifs du mérou étaient au plus bas. Et a participé au moratoire sur sa pêche reconduit tous les dix ans. 650 individus c’est le nombre plancher. On recompte mais c’est déjà une joli nombre. Pourquoi est-ce important ? Parce que c’est une espèce phare en Méditerranée, que le mérou fait partie des rares grands prédateurs tout en haut de la chaine alimentaire. »

Quand le mérou va, tout va

C’est un excellent bio-indicateur : quand il est présent, c’est tout l’écosystème qui va bien. « Sa population augmente comme celle des autres espèces en dessous, des proies en cascade. Cela signifie clairement que tout fonctionne plutôt bien. La meilleure preuve de cette bonne santé générale, c’est que les pêcheurs professionnels, qui ne vont que là où il y a à pêcher, s’installent autour de la réserve. Et puis, les pêcheurs, à part quelques brebis galeuses, ne cherchent plus à pêcher du mérou comme un trophée que jadis on exhibait fièrement. »

« Le mérou vit très longtemps et se reproduit à un rythme très lent. C’est comme le lion de la savane : il fait peu de lionceaux à la fois »

Il ajoute : « Le mérou, c’est le témoin de cette bonne santé de la vie marine. Alors, c’est vrai que, pour l’instant, on le trouve rarement l’extérieur de la réserve de Banyuls mais c’est aussi parce que le mérou vit très longtemps et se reproduit à un rythme très lent. C’est comme le lion de la savane : il fait peu de lionceaux à la fois. Mais petit à petit, les mérous chercheront de la place hors de la réserve et s’établiront en dehors. En Espagne, il n’est pas protégé, c’est vrai mais il y en a davantage, l’eau y est plus chaude. Ce qui est intéressant de remarquer c’est que à échelle humaine, ça bouge. » On a pu faire quelque chose pour cette espèce. Et les autres.

Présidente du conseil départemental des PO, gestionnaire de la réserve, Hermeline Malherbe dit : « Oui, c’est gratifiant de constater que l’on peut changer les choses. Alors ce n’est qu’une goutte d’eau mais cela montre que l’on peut, en se donnant les moyens, renverser une tendance. Il faut le faire avec progressivité. » C’est comme le « succès » du sentier marin plébiscité par les habitants et les touristes. « Nous ne voulons pas mettre cette réserve sous cloche, confie encore Hermeline Malherbe ; il faut savoir concilier la présence d’activités de pêche et de loisirs avec la préservation de l’environnement. C’est comme quand on aide à l’isolation des foyers grâce à l’office d’HLM 66 : les locataires me disaient qu’ils avaient divisé par deux leur charges de chauffage. Là, on concilie l’économie, le social et l’écologie. » 

La présidente du département des Pyrénées-Orientales ajoute que cette réserve a été classée par l’IVCN, un organisme international,  dans le top 10 des réserves naturelles dans le monde. « Ce comptage très précis des mérous est aussi l’occasion de demander au Premier ministre, Jean Castex, l’autorisation d’agrandir cette réserve. Actuellement, elle est sur 600 hectares dont 65 sanctuarisés. Dans la plus grande partie, peuvent donc cohabiter des activités de pêche et de loisir. Nous avons proposé en Jean Castex de quasiment doubler la réserve de Cerbère-Banyuls pour la porter à 1 000 ou 1 200 hectares ce qui la ferait aller de Cap Béar à Cap Cerbère. L’ensemble des élus seront amenés à voter l’ouverture de la démarche de réflexion de l’agrandissement en octobre. Le périmètre sera issu du travail engagé. Et le Parc naturel marin en novembre. Ensuite, il faudra bien deux ou trois ans pour y parvenir. » 

Olivier SCHLAMA

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