Méditerranée : Dauphins, thons, tortue, oiseaux au pied des falaises d’Agde !

Photos : Renaud Dupuy de la Grandrive.

Directeur du milieu marin à la ville d’Agde (Hérault), Renaud Dupuy de la Grandrive a observé et photographié vendredi soir une colonie exceptionnelle d’animaux marins dont  des dauphins. Le Grand Bleu à portée de pupilles ! Il explique ce phénomène et détaille pour Dis-Leur un projet de création d’une zone de récifs artificiels et d’une aire protégée.

Tortue caouanne, grands dauphins, thons en train de chasser, oiseaux de mer… Ce vendredi soir, entre chien et loup, c’était la piste aux étoiles de la mer. « Incroyable ! » exprime Renaud Dupuy de la Grandrive, directeur du milieu marin à la ville d’Agde (Hérault), naturaliste bien connu qui en a vu bien d’autres. « Ce qui est extraordinaire c’était de voir ces dauphins et toute cette faune dans cette mer calme entre 18 heures et 21 heures, au pied des falaises d’Agde, à un petit mille nautique de la côte, dans la zone Natura 2000 d’Agde. »

Des conditions qui facilitent l’observation de populations d’animaux marins en Méditerranée. On voit de plus en plus de grands dauphins au nord du Golfe du Lion. C’était magnifique de voir cette grande famille de douze ou treize individus dont les adultes apprenaient à leurs jeunes à chasser. » Avec une bonne vue, la scène de ce Grand Bleu pouvait s’observer depuis un point haut, sans problème.

C’était magnifique de voir cette grande famille de douze ou treize dauphins dont les adultes apprenaient à leurs jeunes à chasser »

Renaud Dupuy de la Grandrive

« On est restés trois-quarts d’heure avec tous ces animaux marins qui se dirigeaient vers Sète. On avait aussi une mission d’observation scientifique en photographiant par exemple les nageoires dorsales des dauphins qui sont des clefs d’identification classique de chaque individu qui a été une fois dans sa vie fiché.

Photo : Renaud Dupuy  de la Grandrive.

Ne partageant pas le pessimisme scientifique et écologique ambiant, même si la Méditerranée, on le sait, est en souffrance, Renaud Dupuy de la Grandrive souligne « qu’il y a de plus en plus de grands dauphins dans cette zone de la Méditerranée, sans doute en partie grâce aux efforts des collectivités qui ont investi dans la modernisation des stations d’épuration : la qualité des eaux est bonne. »

Lauréat d’un appel à projets de récifs artificiels unique en France

L’aire marine protégée d’Agde est une rareté, 6 000 hectares marins portés par une collectivité, la ville d’Agde, depuis six ans. Elle permet l’observation et la préservation de cétacés, des herbiers de Posidonies, où se reproduisent la plupart des poissons méditerranéens et des récifs coraligènes. « Nous faisons de la restauration écologique », précise Renaud Dupuy de la Grandrive, par ailleurs photographe de talent qui a déjà publié plusieurs ouvrages de référence.

Et de souligner : « Nous sommes lauréats d’un appel à projets de récifs artificiels baptisé RecifLab  du ministère de l’Écologie. Il sera dédié à la plongée sous-marine. Il s’agira d’installer une superstructure en béton de dix mètres de haut et de vingt mètres de large grâce à une imprimante 3 D offrant la possibilité aux amateurs de venir observer toutes sortes de poissons qui s’y seront installés. C’est un projet unique en France qui se concrétisera d’ici 2020. Nous sommes la seule collectivité lauréate. C’est la société Seaboost de Montpellier qui réaliser la superstructure. Son coût, 1,2 million d’euros, est en bonne partie pris en charge par la région Occitanie et l’Agence de l’eau. Des scientifiques du CNRS et de l’école centrale de Marseille y participent. » Le but est aussi de détourner les pêcheurs d’autres sites.

Projet de réserve intégrale au large de Brescou

Le naturaliste ajoute qu’en plus de l’aire marine protégée actuelle, la ville d’Agde projette de créer une réserve intégrale  au large de Brescou. « On ne pourra ni y pêcher ni jeter l’ancre, juste naviguer, dit-il. Ce sera avec 300 hectares protégés l’aire intégrale la plus grande du Golfe du Lion, davantage que celle de Banyuls (70 hectares). C’est un projet que nous menons en concertation avec les pêcheurs, notamment professionnels ». Car c’est du gagnant-gagnant : « A terme il y aura ce que l’on appelle un effet réserve », rappelle-t-il. En clair, les poissons, non pêchés, vont se multiplier. Ils vont essaimer aux alentours et permettre un meilleur peuplement du golfe du Lion.

Parallèlement, ce projet a aussi comme ambition d’installer une cinquantaine de micro-récifs artificiels à la place des fameuses bouées jaunes signalant la zone des trois miles de la côte. De quoi là aussi rendre le poisson abondant. Et sans aucun doute les dauphins !

Olivier SCHLAMA

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