Secrets Chemins de Compostelle : « Marcher répond à une demande de la société »

En ces temps de crise sanitaire et de confinements à répétition, d’angoisse chevillée au corps, d’accidents de la vie, etc., marcher sur les Chemins est une expérience unique pour l’esprit. Pour repenser sa vie. Dis-Leur ! vous explique comment cet engouement est accompagné dans la région.

Il y a une énigme des Chemins de Compostelle. Tout le monde en a entendu parler. C’est un mot qui fait transhumance entre générations. Mais, finalement, on ne sait pas vraiment ce que cela recouvre. « C’est exactement ça ! » dit Nils Brunet, le directeur de l’Agence des Chemins de Compostelle. Parce que, oui, il y a même une agence ! Il faut bien cela pour gérer la notoriété, la philosophie d’une existence arachnéenne, dont certains tronçons ont reçu le label il y a vingt ans de l’Unesco, comme Dis-Leur vous l’expliquait. Il y a ceux qui s’y élancent comme on fait une étape dans sa spiritualité ; ceux qui ont simplement l’âme vagabonde ; ceux qui ne vont plus à l’église mais davantage s’éprouver pour soupeser les cailloux de 20 grammes pour mieux résister au poids d’une vie cabossée…

« Une envie plus forte en particulier au regard du contexte sanitaire : un désir de reconnexion avec la nature, de prendre le temps, de rencontres humaines de découvertes »

Les Chemins de compostelle, dans l’Hérault… Photo : Agence des Chemins de Compostelle.

Les Chemins donnent mille et une raison à celui qui veut mettre un pied devant l’autre et faire une pause dans sa vie pour mieux avancer ensuite. La plupart des pèlerins viennent y chercher quelque chose. Comme l’explique ce documentaire immanquable  qui est un émouvant film suivant joies et souffrances de pèlerins venus apaiser des drames personnels dans un périple (1). « Il y a eu une hausse de nombre de marcheurs en 2019. En 2020, avec les confinements, il y a eu mécaniquement une baisse de fréquentation mais une bonne arrière-saison, explique Nils Brunet. Et, surtout, cela a été compensé par des nouveaux publics qui ne pouvaient pas forcément aller ailleurs ou qui avaient une envie de nature, de marche… Il y a une envie plus forte en particulier au regard du contexte sanitaire : un désir de reconnexion avec la nature, de prendre le temps, de rencontres humaines de découvertes. »

Et d’ajouter : « Nous verrons si cet élément nouveau se remarque à l’avenir. En 2021, nous menons une grosse enquête, sur le terrain et sous forme de questionnaires en ligne, justement sur les publics qui fréquentent les Chemins pour connaître qui ils sont, quels sont leurs profils, leurs pratiques, motivations et attentes. Et sur les retombées économiques. Pour des résultats en mars 2022 pour nous aider à mieux positionner nos actions d’aménagement et de développement. Pour répondre à des attentes ou des besoins. »

Une charte des hébergeurs « ambassadeurs »

Marcheurs… DR.

Ce n’est pas tout. Nils Brunet, directeur de l’agence des Chemins, confie aussi que « nous travaillons avec les hébergeurs sur la qualification des hébergements, sur une charte d’accueil… Nous avons déjà 45 hébergeurs, gites d’étape, etc. sur cinq départements qui ont rejoint la démarche s’engageant sur un certain nombre de critères. À accueillir un public qui n’est pas habituels, chargé de sacs etc et qu’ils soient les ambassadeurs des Chemins. En contrepartie, nous valorisons ces hébergeurs sur des publications. Il y a des temps de formation, de rencontres… Nous sommes aussi dans la rédaction du plan de gestion des Chemins dans le cadre de l’Unesco avec l’ensemble des collectivités propriétaires. »

Grosse demande de déconnexion, de retour sur soi ; il y a des vies sont entrecoupées de deuils, d’accidents, de chocs personnels, de séparation, de perte d’emplois…

Président de cette agence, John Palacin souligne que partir sur les Chemins « répond à une vraie demande de la société ». Les nouvelles technologies rendent des services incalculables Mais il y a un besoin parfois de faire un stop. « Il y a une grosse demande de déconnexion, de retour sur soi ; il y a des vies qui ne sont plus linéaires, qui sont entrecoupées de deuils, d’accidents, de chocs personnels, de séparation, de perte d’emplois… C’est dans ces moments-là que certains partent sur les Chemins pour s’interroger, s’arracher à eux-mêmes et repenser leur vie. C’est une ligne de fond de notre société. » Parfois un chemin spirituel y mène aussi, oui. Mais également « un retour au corps », ajoute John Palacin. A noter une livre « passionnant de David Le Breton L’éloge de la Marche qui agit comme un pendule avec sa régularité, ce qui fait que l’on pense différemment à ce moment-là ».

John Palacin rappelle que ce sont de grands chemins qui convergent de toute l’Europe vers l’Espagne. « Depuis 1998, 78 de ces monuments ou sentiers sont classés au patrimoine mondial de l’humanité (ci-dessous). Ce « bien en série », comme on dit, incarne ce qu’a été le pèlerinage en France et qui constitue la valeur universelle exceptionnelle. Réalité, dévotion, hospitalité, « franchissement », arrachement à soi. Ainsi, des hôpitaux, des chapelles, des sentiers, des ponts sont classés. Depuis 1990, nous avons créé d’abord une association avec les régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. En 1990, elle s’est transformée en agence dont le but est de valoriser les Chemins. Les entretenir, certes, mais aussi les valoriser, monter des actions, etc. Nous travaillons actuellement avec les hébergeurs, parce qu’aller sur les chemins est une démarche particulière et les héberger est un état d’esprit. On a regroupé ces hébergeurs pour qu’ils aient une pratique commune ; qu’ils fassent connaître les territoires traversés ; il y a des questions de prix… »

Mieux faire connaître la voie des Piémonts des Pyrénées

L’église du Puy. Ph. DR.

En 2020, « beaucoup de choses étaient prévues pour fêter les 30 ans de l’agence mais beaucoup sont tombées à l’eau. Mais une chose est à mettre en valeur : il y a une accélération de la mobilisation depuis 18 mois. Beaucoup de départements, de propriétaires, communautés de communes nous ont rejoints. Ce qui nous permettra de répondre par exemple à des appels à projets européens, sans avoir à buter sur les frontières administratives des territoires. » De quoi faire mieux connaître « la pluralité des voies » : on connaît bien sûr la voie du Puy-en-Velay, Conques… Mais on connaît moins la voie de Tours qui traverse les Charentes, qui traverse le Sud-Ouest et qui va jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port ; et on connaît très peu aussi la voie d’Arles et la voie des Piémonts. « On est justement en train de travailler sur la voies des Piémonts des Pyrénées – car il est possible de les traverser via ces chemins – avec plusieurs départements, dont celui des Hautes-Pyrénées sur une action commune de valorisation. Peut-être aussi une signalisation commune et une promotion… »

Car  les Français représentent moins de 10 % des arrivées… Les pouvoirs publics ont du pain sur la planche : « Moins de mille marcheurs passent chaque année par le Chemin dit des Piémonts », qui est ouvert comme sentier. Le chemin d’Arles (GR 653) passe par Saint-Gilles (Gard), Montpellier, Saint-Guilhem-le-Désert, la Salvetat, Castres, Toulouse, l’Isle-Jourdain jusqu’au col du Somport. Par ailleurs, a été mis à l’étude le prolongement Montpellier-Carcassonne via Balaruc-les-Bains. 

Ces oeuvres qui parsèment les Chemins…

Super Cayrou Ph: Kristof Guez

Ce n’est pas tout. Il y a une aventure dans l’aventure. Comme l’explique Nils Brunet, le directeur de l’agence, tout un travail est mené pour faire émerger la dimension culturelle et patrimoniale des Chemins. Dans cette veine, il y a le projet Fenêtre sur le Paysage. « C’est une initiative portée à l’origine par une scène conventionnée, Derrière le Hublot, basée en Aveyron qui souhaitait depuis longtemps faire des Chemins de Compostelle et notamment le GR 65 un lieu de création pour des artistes. Il y a un volet parcours artistique avec la création d’oeuvres d’art-refuge pérennes. Une première, baptisée Super-Cayrou est situé » à Gréalou (Lot), site du Pech Laglaire. Le site a été choisi pour son caractère patrimonial exceptionnel.

On y rencontre une histoire millénaire, celle des trois dolmens de Pech Laglaire dont l’un – associé à la croix voisine – est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. La vue à 360 degrés offre un ensemble de paysages caractéristiques du territoire avec les causses alentours, les vallées du Lot et du Célé et la chaine du Massif central. « C’est une oeuvre mais qui permet d’y passer une nuit en immersion sur le territoire. Il y a trois autres oeuvres en conception qui seront finies cette année, deux en Aveyron et une dans le Gers et deux autres sur 2022 en Lozère et dans le Lot », précise Nils Brunet. Ces oeuvres implantées à proximité des Chemins de Compostelle ne s’adresse pas uniquement aux marcheurs. Une connexion de plus.

Olivier SCHLAMA

(1) La fréquentation connaîtra cette année un record ; déjà, le village de Saint-Jean-Pied-de-Port, au pied des Pyrénées, à la convergence des cinq principaux itinéraires, point de départ vers l’Espagne, comptait en 2017 plus de 58 000 marcheurs de 80 nationalités… ! Et 301 000 arrivées à Saint-Jacques-de-Compostelle, en 2017, en hausse constante. Les gens viennent du monde entier parcourir ces chemin ! Il y a une forte proportion de Coréens, Japonais, etc.

Monuments régionaux remarquables

Il y a 24 monuments remarquables en Occitanie :

  • Aniane – Saint-Jean-de-Fos (Hérault) : pont du Diable
  • Auch (Gers) : cathédrale Sainte-Marie
  • Audressein (Ariège) : église Notre-Dame-de-Tramesaygues
  • Beaumont-sur-l’Osse et Laressingle (Gers) : pont d’Artigues ou de Lartigues
  • Cahors (Lot) : cathédrale Saint-Pierre
  • Cahors (Lot) : pont Valentré
  • Conques (Aveyron) : abbatiale Sainte-Foy
  • Conques (Aveyron) : pont sur le Dourdou
  • Espalion (Aveyron) : pont Vieux
  • Estaing (Aveyron) : pont sur le Lot
  • Figeac (Lot) : hôpital Saint-Jacques
  • Gavarnie (Hautes-Pyrénées) : église paroissiale Saint-Jean-Baptiste
  • Gréalou (Lot) : dolmen de Pech-Laglaire 2
  • Jézeau (Hautes-Pyrénées) : église Saint-Laurent
  • La Romieu (Gers) : collégiale Saint-Pierre
  • Ourdis-Cotdoussan (Hautes-Pyrénées) : église Saint-Jacques
  • Rabastens (Tarn) : église Notre-Dame-du-Bourg
  • Saint-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne) : ancienne cathédrale Notre-Dame
  • Saint-Chély-d’Aubrac (Aveyron) : pont dit « des pèlerins » sur la Boralde
  • Saint-Gilles (Gard) : ancienne abbatiale
  • Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault) : ancienne abbaye de Gellone
  • Toulouse (Haute-Garonne) : basilique Saint-Sernin
  • Toulouse (Haute-Garonne) : Hôtel-Dieu Saint-Jacques
  • Valcabrère (Haute-Garonne) : basilique Saint-Just

📌Regardez la vidéo de l’Agence des Chemins de Compostelle ICI 

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