Violences faites aux femmes : « Continuons à dénoncer, à nous battre… »

Au lendemain de la journée internationale contre les violences faites aux femmes qui sont sans cesse en expansion, Dis-Leur donne la parole à une chanteuse pop, Najoua Belyzel, qui vient de sortir un duo rare, une voix pour la victime, une voix pour celui qui ne sera jamais bourreau. Ce fléau est au coeur du travail de l’artiste qui travaille avec le Sétois Christophe Casanave. Et fait le point sur les initiatives régionales.

Chaque année, pour la journée internationale contre les violences faites aux femmes, de nombreux artistes s’emploient à dénoncer les violences faites aux femmes. Dans des styles très différents. L’artiste italien Alexsandro Palombo fut par exemple à l’origine d’une campagne-choc figurant sur des affiches Brigitte Macron, Hillary Clinton ou encore Angela Merkel, couvertes de bleus, attirant les regards interloqués dans les rues de Milan.

À l’opposé, il y a des artistes qui utilisent un mode plus doux contre les chocs. C’est le cas de la chanteuse Najoua Belyzel, qui vient de sortir un nouveau single, un duo avec un autre chanteur, Bel Mondo (c’est son vrai nom…) sur le thème des violences faites aux femmes. Il fait partie de l’album Rendez-vous, écrit par le Sétois Christophe Cazanave qui partage sa vie. Le couple en a profité pour sortir une réédition des deux premiers album de la chanteuse. Pour qui la violence faite aux femmes est au coeur de son travail et de son parcours.

Avec ce duo, je voulais m’adresser davantage aux jeunes. Elle m’a été inspirée par une touriste Canadienne qui, il y a trois ans, avait accusé des policiers d’avoir abusé d’elle »

Najoua Bélyzel 
Ph. DR.

Le duo s’intitule le Con qui S’adore qui vient de s’enrichir d’un clip magnifique.  Le thème : les femmes battues, abusées. Extrait de paroles : Au Conquistador : con qui s’adore ; Au matador : mate à mort… » À l’heure du confinement, où les coups redoublent, la chanson et son clip prennent une dimension salvatrice, donnant, originalité, une voix à celui qui ne deviendra pas un bourreau et à la victime. « Cette chanson existait déjà sur l’album Rendez-vous avec la lune. On voulait proposer une version avec un duo…. », dit l’auteur. « Ce titre traite du viol collectif, confie Najoua Belizel. On a beaucoup joué sur les métaphores, la poésie…C’est une chanson qui résonne en moi. Avec ce duo, je voulais m’adresser davantage aux jeunes. Elle m’a été inspirée par une touriste Canadienne qui, il y a trois ans, avait accusé des policiers d’avoir abusé d’elle. » 

En 2019, 146 femmes sont mortes sous les coups de leurs conjoints, soit 25 de plus qu’en 2018

Cette année, la lutte contre les violences faites aux femmes se passe dans un contexte très particulier. Le confinement ayant exacerbé les tensions dans les couples. Les coups pleuvent malheureusement davantage. En 2019, 146 femmes sont mortes sous les coups de leurs conjoints, soit 25 de plus qu’en 2018, comme Dis-Leur l’a explicité. « Cette chanson parle de ce qui m’est arrivée et qui me poursuit encore mais elle m’a libérée de quelque chose… » souffle Najoua Belyzel. « Je ne me sentais par exemple pas légitime de chanter ; il y a beaucoup de belles voix dans le paysage de la chanson française ; je chantais assez faux au début ; je ne rêvais d’ailleurs pas de chanter : je voulais être avocate. Mais j’ai trouvé ma… voie. Désormais, je me dit que si je fais passer une émotion, c’est l’essentiel. » Enfin, l’artiste ajoute que « les mouvements #balancetonporc et #meetoo sont un formidable déclic pour beaucoup de jeunes ».

« Il faut continuer à dénoncer. C’est un grand chantier. Il faut continuer à écouter les victimes et ne rien lâcher… » 

Chaque année, en France, 225 000 femmes sont victimes de violences… Photo D.-R.

La chanteuse, plus engagée qu’il n’y parait dès l’abord, avait d’ailleurs sorti une chanson, Docteur Gel, sur son bourreau. Elle dit : « C’est vrai : les chiffres sont toujours en hausse. C’est dingue. Le confinement a aggravé ce fléau. » Faut-il imposer des bracelets aux récidivistes ; lancer un grand plan national, comme le réclament les grandes associations d’aide aux victimes ? Faire en sorte que toutes les plaintes soient instruites ? Former les policiers ? « Oui, sans doute, et il faut continuer à dénoncer. C’est un grand chantier. Il faut continuer à écouter les victimes et ne rien lâcher… » Car les chiffres sont têtus. Chaque année en France, environ 220 000 femmes sont victimes de violences psychologiques, physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. En 2019 146 femmes, 26 hommes et 27 enfants sont décédés dans le cadre d’homicides au sein du couple : 19 féminicides ont eu lieu en Occitanie, soit 13,2 % .

Lancé en septembre 2019, le Grenelle des violences conjugales a donné lieu à plusieurs mesures en cours de réalisation ou realisées. Par exemple l’élaboration d’une grille d’évaluation du danger pour les forces de l’ordre ou la création des 17 premiers centres de prise en charge des auteurs dont un en Occitanie. Et bien sûr le renforcement de la plate-forme téléphonique 3919, de 9 heures à 21 heures tous les jours, week-end et jours fériés inclus. Mais aussi la plate-forme téléphonique 01 40 47 06 06 pour les femmes victimes de violences en situation de handicap ; la plate-forme 114 accessible par SMS en cas de danger immédiat et la plate-forme de signalement en ligne https://arretonslesviolences.gouv.fr .

Dans la Région le dispositif Génération égalité

La Région Occitanie rappelle avoir mis en place le dispositif Génération égalité, depuis mars 2017 le dispositif en faveur des jeunes en classe de seconde ou de niveau équivalent, dans les lycées. Trois thématiques principales sont abordées durant ces séances d’échanges, notamment les violences sexuelles et sexistes au sein du couple, de la famille, à l’école et sur internet. « En cette journée de mobilisation internationale, je réaffirme mon engagement pour l’élimination des violences à l’égard des femmes. Inscrite dans la durée mais aussi sur tous les territoires, cette volonté guide notre projet régional, en particulier en direction de la jeunesse avec des actions concrètes. La situation est alarmante, il est plus que jamais nécessaire d’agir ! », a déclaré Carole Delga, présidente de la Région Occitanie.

Les femmes sont aujourd’hui cinq fois plus exposées que les hommes à des comportements déplacés à caractère sexuel

Image d’illustration… Photo D.-R.

En 2019, 25 % des lycéennes affirmaient avoir été victimes d’insultes contre 19 % des lycéens. Les femmes sont aujourd’hui cinq fois plus exposées que les hommes à des comportements déplacés à caractère sexuel. Ces constats inquiétants ont amené la Région à s’engager en faveur de l’éducation à l’égalité femmes-hommes. Depuis son lancement, le dispositif Génération égalité a permis de dispenser plus de 4 710 séances auprès de 120 000 jeunes dans tous les départements.

Dix-neuf actions de prévention

Dans ce cadre, des spots vidéo ont également été réalisés en collaboration avec les membres du Conseil régional des jeunes. Les vidéos sont accessibles via les liens suivants : ICI et ICIParallèlement, en 2020, la Région a soutenu 19 actions de prévention et de lutte contre les violences sexistes pour un total de près de 90 000 €, dont notamment, le projet Prévenir et lutter contre les violences sexistes de l’association Volonté femmes en Ariège pour accompagner, soutenir et orienter les femmes victimes de violences, et faire de la prévention des violences sexistes auprès des professionnels (secteur sanitaire et social) et des publics jeunes. Ou encore les actions de protection, de soutien et d’accompagnement (hébergement et insertion professionnelle) des femmes victimes de violences menées par l’association Arap Rubis dans le Gard.

Olivier SCHLAMA

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