Transports : Sète teste la navette autonome de demain

Philippe Cina, directeur du développement chez Car Postal Suisse. "Cette navette autonome rend les gens plus autonomes. Nous cherchons à en connaître les bénéfices d'usage." Photo : Olivier SCHLAMA

Le projet de navette électrique autonome de Car Postal, la poste suisse, a débuté il y a deux ans. Ce lundi 4 septembre, c’est une version déjà aboutie qui a été présentée et que tout le monde peut tester jusqu’au 15 septembre le long de la promenade du Lido. Une première en France pour le constructeur. L’agglo de Sète pourrait être intéressée. Même à 250 000 euros l’unité, c’est peut-être un investissement d’avenir. Et un bénéfice en terme d’image.

« Tu crois qu’on peut monter…? » A peine les maires de l’agglo de Thau étaient-ils revenus de leur mini-voyage que deux sexagénaires alertes, en maillot, s’affranchissaient en ce lundi matin de la nouveauté comme si elles l’attendaient de longue date, promettant de monter dans ce gros monospace, après leur bain dans l’eau claire de la Méditerranée. Sans se soucier qu’il n’y ait pas de chauffeur. Pour elles, c’est limpide. Ce devrait l’être tout autant pour des centaines de Sétois et de touristes qui pourront l’emprunter jusqu’au 15 septembre prochain, avec des allers-retours en continu, de 11 heures à 18 heures. Pour ce faire, il fallu équiper provisoirement le centre de secours principal de capteurs pour que la navette circule.

La navette circule sur un rail virtuel

« En réalité, cette navette circule sur un rail virtuel, invisible. Elle ne peut pas, pour l’instant, dévier de sa trajectoire. Ses capteurs, de plus en plus intelligents, pourront dans un futur très proche contourner un obstacle, changer de voie, etc. Mais ce n’est pas encore le cas. Déjà, à 20 km/h, elle anticipe sur le passage d’un vélo ou d’un piéton et adapte sa vitesse en fonction des autres usagers. Actuellement, deux de nos navettes sont en circulation à Sion. Elles ont parcouru 6 000 km et ont transporté 25 000 personnes en un an. Et mieux vaut s’asseoir : le freinage puissant peut être intempestif ! » Silencieux, climatisé, pourvu de larges vitres, le Smartshuttle, créé sur une base de C 8 Citroën, est dimensionné pour traverser sans problèmes des centres historiques les plus étroits : 2,50 mètres de haut, 2 mètres de large et 4,70mètres de long.

Sète est la 1er ville de l’Hexagone à tester le Smartshuttle ici sur la promenade du Lido où on peut le tester durant 15 jours. Photo : Olivier SCHLAMA

Le Smartshuttle, c’est cet anglicisme qui sert de nom à la navette autonome, est accessible gratuitement, pour deux semaines, sur la large piste cyclable qui part de la place Roger-Thérond, plage de Villeroy. Sur 1 km, vous pouvez y monter et descendre à loisir. Le service est en continu. Après un essai à Monaco cet été, Sète est la première ville de l’Hexagone à tester ce minibus de onze places. Il y a toujours un agent à bord et un téléphone d’urgence, obligations légales, au cas où.

Bien accueillie par les personnes âgées

« On a fait une étude à Sion, en Suisse, sur l’acceptation de ce nouveau mode de transport en circulation depuis cet été. Eh bien, les jeunes eux, comme on le sait, intègrent totalement ce genre de nouveauté ; ils entrent avec casque de musique sur la tête, comme ça, naturellement, et rien ne les étonne », explique Philippe Cina. Selon le responsable du développement de Car Postal en Suisse, la surprise vient des personnes âgées, l’une des populations les plus enclines à utiliser ce service : « Elles sont encore plus positives ! » Elles n’y voient qu’avantages : aller, par exemple, faire une course ou aller à la plage  sans s’épuiser « surtout quand il fait chaud ». Chez Car Postal, la poste suisse (qui gère un département transport depuis un siècle et demi), « on a tout de suite eu l’intuition qu’il y avait quelques chose à faire avec ce mode de transport doux, confie Philippe Cina. La navette autonome rend les gens plus autonomes« , formule-t-il.

Il en coûte plus de 250 000 euros l’unité. Mais « il faut regarder l’investissement sur le long terme et compter avec les économies engendrées sur la pollution qui sera en baisse, le stationnement, les bouchons… » dit François Commeinhes,sénateur-maire. Photo : Olivier SCHLAMA

Tester grandeur nature pour débusquer les bénéfices d’usage

L’idée est de tester grandeur nature ce minibus façon Google Car pour en débusquer les bénéfices, y compris cachés ; les bénéfices d’usage et ceux qui naîtront de cette nouvelle mobilité. « Pour les villes intéressées, poursuit Philippe Cina, c’est un bénéfice en terme d’image ; c’est aussi un message adressé à la population en vue d’un changement dans les transports et les mobilités plus douces dans le futur. A Sion, par exemple, on nous a demandé de faire durer le test durant deux ans, avec de nouvelles navettes prévues entre le centre-ville et la gare. L’intérêt est d’offrir de nouveaux services. On a tous en tête ces images de bus vides. L’idée finale est de pouvoir offrir à terme un service à la demande. »

L’investisseur : le tombeur de Najat Vallaud-Belkacem

Seuls deux seuls constructeurs se sont lancés dans la conception d’un minibus façon Google Car, dont l’un est la start-up toulousaine EasyMille et la seconde une start-up, Navya, situé à Villeurbanne (Rhône), dont le patron n’est autre que nouveau député En Marche de la 6e circonscription du Rhône,  Bruno Bonnell, tombeur de Najat Vallaud-Belkacem, ex-ministre PS de l’Education nationale. Multi-entrepreneur, Bruno Bonnel est l’un des pionniers de l’internet et ex-PDG, entre autres, de la mythique société Atari.

Reste le prix de ce minibus sans chauffeur, électrique, qui peut rouler non stop durant  7 heures à 11 heures sans pause. « Il coûte plus de 250 000 euros, signale Philippe Cina. A Sion, l’accès est gratuit. C’est un service offert. » Pour François Commeinhes, sénateur et président de l’Agglo de Thau, « d’une façon ou d’autre ce n’est pas gratuit. Soit c’est l’utilisateur qui paie soit la collectivité. Pour autant, il ne s’arrête pas au prix : « Il faut étudier cela de façon plus globale. Si on faisait un jour ce choix-là, ce serait certes un investissement important et il faudrait prévoir d’équiper certaines routes de capteurs. Mais vous imaginez cette navette depuis le Môle Saint-Louis jusqu’à la plage ? Le long de la promenade Maréchal-Leclerc et même pour s’échapper facilement du futur pôle multimodal à la gare…?

François Commeinhes, sénateur-maire de Sète. Photo : DR.

Ce qui peut paraître très cher au début peut peut-être s’amortir sur 30 ans. On fait des économies de création de stationnement, de pollution donc de maladies, de bouchons… Cela peut-etre très bénéfique. A l’avenir, il y aura deux grands problèmes à résoudre dans ce XXIe siècle : la mobilité des gens et l’accès à l’eau. » Le maire de Sète se rendra dans quelques jours à Pontevedra, un exemple européen dans la mobilité douce et non polluante. , une ville unique au monde, dans voiture, sans feux rouges ni trottoir…

« La navette n’est pas faite pour remplacer le réseau de bus »

« La navette autonone n’est pas faite pour remplacer le réseau de bus, complète Philippe Cina. Nous préférons les villes de taille moyenne : dans les capitales comme Paris ou les grandes agglomérations comme Lyon, elles disposent de leurs propres projets. Notre but, c’est de rendre service dans les derniers kilomètres, y compris dans la circulation automobile. Dans les centres historiques, avec, à terme, des arrêts définis et on aimerait pouvoir fonctionner à la demande. A Sion, la navette n’a pas d’horaires mais donne des infos en temps réel et fonctionnera dans un mois à la demande : si, par exemple, le service se termine à 20 heures et que l’on en a besoin à 21 heures, c’est possible. Tout n’est pas parfait : la technologie ne répond pas à toute l’autonomie demandée. Mais elle se perfectionne. La règlementation n’est pas encore parfaitement adaptée. Mais tout va désormais très vite. La navette pourra par exemple contourner un obstacle d’ici la fin de l’année. »

En sortant de la navette, les deux sexagénaires demandent : « Et au printemps prochain, vous revenez… ? »

Olivier SCHLAMA