Parmi un mix de solutions, Aqua Littoral, prolongement d’Aqua Domitia lancé sous Frêche, vient de franchir une première étape : une étude conclut à la faisabilité du projet. P.-O. et Aude en ont un besoin vital. “Il faudrait trouver 40 millions à 60 millions de mètres cubes d’eau pour le littoral et la bande rétro-littorale”, précise Jean-Louis Cazaubon, vice-président de la Région Occitanie aux avants-postes. Et quelque 500 M€ pour réaliser ce gros tuyau. Carole Delga espère des aides européennes exceptionnelles et raccourcir les délais administratifs à cinq ans.
Il y a Aqua Domitia. Le grand tuyau régional qui puise l’eau du Rhône pour irriguer le Languedoc-Roussillon. Le grand oeuvre de feu Georges Frêche consistait déjà il y a des décennies à accompagner l’expansion démographique du Bas-Rhône et du Languedoc, dont BRL est aujourd’hui un opérateur essentiel dans la stratégie régionale face au dérèglement du climat. “Les prélèvements envisagés d’ici à 2050 sont climato-compatibles”, confiait Jean-François Blanchet, DG, comme Dis-Leur vous l’a expliqué ICI.
Du soutien à la croissance démographique à la lutte contre le changement climatique

On est passé du soutien à la croissance démographique à la lutte contre le changement climatique. Dans ce cadre-là, les pouvoirs publics veulent prolonger ce gros tuyau vers l’Aude et les Pyrénées, particulièrement touchées par une sécheresse répétée comme Dis-Leur vous l’a expliqué ICI. C’est le projet Aqua Littoral – de l’eau pour tous les usages – particuliers, tourisme, agriculture… – qui vient de franchir une première étape. Cette étude, lancée en mars 2025, copilotée avec l’État, et avec le soutien de la Banque des Territoires, de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse et des départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales qui en ont cofinancé les 300 000 € nécessaires a permis d’analyser les besoins et demandes en eau actuels et futurs, ainsi que les options de sécurisation de l’approvisionnement.
La solution, ce n’est pas uniquement Aqua Littoral ; il faut identifier touts les projets pour amener ou préserver l’eau dans les territoires”
Jean-Louis Cazaubon, vice-président de l’Occitanie
Elle conclut à la faisabilité de ce prolongement : “C’est un sujet transversal et d’avenir qui conditionne l’économie et la vie de ce territoire méditerranéen”, pose Jean-Louis Cazaubon. L’élu, vice-président de la région, chargé de ce dossier, précise : “Il fallait vérifier que l’étude dise que c’était jouable d’engager une seconde étude sur les besoins. La réponse est : oui. La solution, ce n’est pas uniquement Aqua Littoral ; il faut identifier touts les projets pour amener ou préserver l’eau dans les territoires. Peut-on, par exemple, remplir des réservoirs – qui seraient remplis ces jours-ci – dans des sites qui s’y prêtent ; en pied de coteaux, on peut capter l’eau de ruissellement.”
Économies d’eau, sobriété des usages, une évolution des pratiques notamment agricoles et d’urbanisme

Comme appuie Carole Delga : “Cet apport en eau ne se substitue pas aux projets locaux déjà engagés ou à venir, qui doivent se poursuivre, et qu’il vient compléter, car il s’agit bien de garantir un mix (panel) de solutions, de court, moyen et long termes, dont la combinaison sera indispensable pour répondre à l’enjeu.” Il s’agit bien d’une combinaison de solutions à mettre en oeuvre : économies d’eau, de sobriété des usages, d’une évolution des pratiques notamment agricoles et d’urbanisme. La préfecture de région ne dit pas autre chose : “L’accentuation du changement climatique présage d’une baisse inéluctable de l’hydrologie naturelle entre -25 % à – 48 % l’été à échéance 2070. Des solutions sont d’ores et déjà déployées sur le territoire (économies d’eau, réduction des pertes et optimisation des réseaux de transfert, ouvrages de stockages, projets de réutilisation des eaux usées traitées).”
“Trouver 40 millions à 60 millions de mètres cubes d’eau pour le littoral et la bande rétro-littorale”

Selon les pouvoirs publics, face aux demandes en eau qui augmentent, pour l’eau potable ou l’irrigation des cultures, dont les besoins croissent déjà du seul fait des évolutions climatiques, “les efforts doivent être poursuivis et renforcés pour sécuriser durablement l’état des masses d’eau, pour la qualité des eaux à l’aval, pour ne pas dépasser les capacités de renouvellement et de régénération des ressources et des milieux en creusant le déficit entre besoin et disponibilité de cette ressource”.
“En gros, il faudrait trouver 40 millions à 60 millions de mètres cubes d’eau {la consommation de plus de 700 000 habitants, Ndlr} pour le littoral et la bande rétro-littorale”, précise Jean-Louis Cazaubon qui évoque des “réponses locales” complétant cette future extension du réseau hydraulique régional : retenues collinaires, retenues d’eau, réutilisation des eaux usées traitées… Le transfert d’eau entre le réservoir de Vinça et Villeneuve-de-la-Raho, dans les P.-O., c’est le maillon possiblement à réaliser.
Faisabilité technique, financière, viabilité économique
La seconde étude, s’attachera, d’ici 2027, justement, à définir la faisabilité technique et financière d’une extension de ce réseau régional puis de l’analyse de sa viabilité économique. Ce n’est pas le plus facile. Certes, les besoins sont relativement faciles à identifier. Mais savoir où doit passer ce gros tuyau – le long de la ligne SNCF ? – n’est pas évident ; quels chemin devra-t-il prendre. Ou pas. Sans oublier les contraintes techniques. Et normatives. Il faudra sans doute en passer par une longue enquête publique, à moins que ce projet d’intérêt public ne soit autorisé à s’en passer grâce à des dérogations. La présidente de région espère que cela sera bouclé en cinq ans, au mieux.
Ce n’est pas tout. Il y a aussi la question de la faisabilité économique : autrement dit, qui est prêt à payer. Jean-Louis Cazaubon décrypte : “La question à laquelle on devra répondre c’est en effet le consentement à payer. A combien cette eau reviendra-t-elle à l’hectare ? Pour les pêches, les abricots, l’arboriculture, il y a a priori une vraie valeur ajoutée. Pour des cultures plus basiques, ce sera à réfléchir, y compris selon l’âge des exploitants… Il y aura beaucoup de paramètres à prendre en compte. C’est à ceux-là que la seconde phase de l’étude devra répondre.”
Plus d’aides européennes pour un projet à 500 M€

Quant au coût de ce gros tuyau, il avoisinerait les quelque 500 M€. Là aussi, l’équation n’est pas simple. Carole Delga met une pièce sur l’espoir de davantage d’aides européennes. “Quand on regarde la nouvelle PAC, politique agricole commune, il y a des possibilités, souligne Jean-Louis Cazaubon. J’étais à Bruxelles récemment où j’ai écouté le commissaire européen Hansen à l’agriculture et à l’alimentation. Il a dit qu’il faut réserver des crédits pour amener l’eau dans ces zones de climat méditerranéen ; il pense à l’Italie, l’Espagne et la France. Je lui ai posé la question pour notre région. Le frein chez nous, confie-t-il encore, c’est que des zones ont été identifiées où l’état quantitatif de la ressource est moins que bon. Là, impossible d’utiliser des crédits publics pour irriguer. Or, et c’est la que l’on rentre dans le concept de territoire d’expérimentation.”
L’Occitanie, territoire d’expérimentation
Et d’ajouter : “Quand Macron est venu rencontrer les responsables professionnels à Toulouse, avant les fêtes de fin d’année, il en a parlé. Etre territoire d’expérimentation, cela change que l’on peut quand même amener l’eau d’un autre territoire dans les départements qui en ont besoin en utilisant cet argent public. Les planètes pour nous peuvent peut-être s’aligner.” Raccourcissement et simplification également espérés pour simplifier les délais administratifs, grâce à ce statut dérogatoire. “Le gouvernement en a parlé mais on ne connaît pas le détail. Le ministre de l’Agriculture a dit que cela concernerait des projets hydrauliques dans la France entière mais essentiellement des retenues ou des projets locaux ; il faudrait maintenant que des projets collectifs comme Aqua Littoral soient concernés.” La région Occitanie – qui croît de quelque 42 000 habitants cette année – a obtenu le feu vert de l’Etat pour devenir territoire d’expérimentation qui, justement, fait espérer une possibilité de faire aboutir des projets plus rapidement.
La Région Occitanie a déjà investi 311 M€

Carole Delga, présidente de la Région Occitanie a rappelé que, “depuis 2016, la Région Occitanie a investi 311 M€ dans l’aménagement hydraulique, dont un tiers uniquement consacré aux usages agricoles. Mais les sécheresses intenses et répétées qui frappent l’Aude et les Pyrénées-Orientales nous obligent à continuer à agir avec méthode, responsabilité et anticipation. C’est le choix que fait la Région Occitanie, en duo avec l’Etat, et aux côtés des collectivités locales et acteurs concernés, en réalisant l’étude Aqua Littoral. Cette première phase d’étude le confirme : l’extension du réseau hydraulique régional Aquadomitia est une réelle opportunité pour approvisionner et sécuriser l’accès à l’eau du littoral d’Occitanie. Mais je le redis, cette solution ne peut être la seule. Nous devons collectivement nous engager à économiser l’eau, à mieux la partager et à soutenir les projets locaux engagés. Notre responsabilité est de préparer l’avenir, sans opposer les usages, ni les territoires.”
Olivier SCHLAMA
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