Restauration : Elles réinventent avec brio la consigne écolo

Adeline Lefèbvre et Clémence Hugot fournissent des restaurants partenaires en contenants réutilisables gratuits pour les clients. Une idée dans l'air du temps participant à une prise de conscience écologique. Photos : DR.

Deux jeunes femmes ont créé LoopEat, qui vient de décrocher le prix régional Pépite et concourt à la finale nationale. Adeline Lefèbvre et Clémence Hugot fournissent des restaurants partenaires en contenants réutilisables gratuits pour les clients. Une idée dans l’air du temps participant à une prise de conscience écologique.

C’est une vieille nouveauté : la consigne. Vous passez commande à un restaurant, vous emportez le plat chez vous et vous ramenez la vaisselle. La SARL LoopEat, labellisée entreprise ESS, remet au goût du jour la livraison de repas écolo. Avec brio. La jeune pousse montpelliéraine plait. Elle vient de gagner le prix Pépite du ministère qui récompense les meilleurs entrepreneurs étudiants. Adeline Lefebvre, étudiante à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, remporte ainsi le droit de participer à la finale nationale, le 10 octobre à Paris, qui récompensera les meilleurs projets entrepreneuriaux, portés par les étudiants et jeunes diplômes qui ont suivi la formation Pépite au cours de l’année 2018-2019.

LoopEat, jeune startup créée par Adeline Lefebvre. Photo : DR.

Cette jeune femme de 28 ans, diplômée de l’école d’ingénieur UTC en 2013, explique nom et concept : « Loop veut dire boucle (l’économie circulaire) et eat veut dire manger en anglais. Nous proposons aux restaurants partenaires – nous en avons déjà huit et deux de plus au 1er octobre – de passer du concept d’aujourd’hui (produire, utiliser, jeter), un système linéaire, désastreux en terme d’environnement, à un système circulaire qui consiste à utiliser et réutiliser. » Pour cela, LoopEat s’attaque aux emballages de table. « On a décidé de commencer par le secteur des plats à emporter. » Et ce n’est pas rien.

On compte environ 300 fast food à Montpellier qui, chacun, vend jusqu’à 200 plats à emporter par jour. A cela, il faut ajouter la consommation des 100 000 étudiants montpelliérains… »

Adeline Lefèbvre, gérante de LoopEat.

« On compte environ 300 fast food à Montpellier qui, chacun, vend jusqu’à 200 plats à emporter par jour. A cela, il faut ajouter la consommation des 100 000 étudiants montpelliérains qui peuvent aller dans l’une des dix cafétérias du Crous. » Et ainsi on peut se faire une petite idée de ce grand marché. C’est là qu’intervient LoopEat : « Nous fournissons la vaisselle, les contenants réutilisables consignés aux restaurants partenaires. On veut aussi dans les semaines et les mois qui arrivent proposer ce service dans les espaces de coworking et même dans les entreprises pour que les employés puissent aussi s’approvisionner ailleurs que chez les restaurateurs. »

Le restaurant-partenaire paie 25 euros par mois et ne paie pas la vaisselle réutilisable fournie par LoopEat

Abrités par Alter’incub, l’incubateur pour entreprises de l’économie sociale et solidaire de Montpellier, LoopEat fait partie du réseau Recircle. « Pour la vaisselle on se fournit chez un fabricant suisse où près de 1 000 restaurants proposent déjà ce service avec de la vaisselle réutilisable. » A plus long terme, Adeline Lefèbvre et Clémence Hugot, l’autre créatrice qui est ingénieure en biologie, souhaitent développer la coopération européenne avec les quelques entreprises ayant la même activité (Belgique, Allemagne, Suisse…) et s’implanter dans d’autres villes de France (Nîmes, Marseille, Lyon…) « On est déjà en contact avec elles. On se connaît. On n’est pas de trop pour se soutenir et faire émerger un modèle économique plus vertueux et compliqué à mettre en oeuvre » car il faut que les gens jouent le jeu et rapportent la vaisselle. « Et il faut que l’on fasse un gros volume. »

Habituer les clients à rendre la consigne

« Les emballages jetables, eux, coûtent, aux restaurateurs de 5 centimes à 40 centimes pièce. Notre vaisselle, on ne la leur fait pas payer. Pour notre service, ils paient 20 euros par mois pour notre service en phase de test pour les trois premiers mois puis ce sera 25 euros, voire davantage pour un gros restaurant. »

Auden Healthy Café. L’un des huit restaurants partenaires de LoopEat. Photo : DR.

Le point sensible c’est la récupération de la vaisselle, faite à 70 % en PBT (polybuthylène de terephtalate) et le reste en fibres de verre. La jeune société compte sur le civisme des clients de restaurant pour la ramener. « Quand elle est abîmée, au bout de un ou deux ans, en fonction de l’utilisation, nous la remplaçons, bien sûr », précise Adeline Lefèbvre. L’autre point délicat à travailler est plus subtil : « Les clients ne sont pas habitués à rendre une consigne au restaurant. Ils ne comprennent pas ce qu’ils doivent faire. Ce n’est pas du tout comme dans un festival où tout le monde fait ça. Et les gens font ça naturellement. C’est pour cela que l’on va mettre des contenants dans les entreprises et les espaces de coworking pour voir si cette habitude sera plus systématique. »

Bonus ou malus ?

Est-ce que justement pour lancer ce service les restaurateurs partenaires ne vont pas offrir qui un dessert, qui une boisson ? « Ce serait bien mais on ne peut pas l’imposer. S’ils ne veulent pas offrir un petit plus qu’ils fassent un petit malus pour ceux qui continuent à utiliser le jetable. »

Un service complet zéro déchet avec des coursiers réunis en coopérative

LoopEat a aussi lancé une campagne en crowfunding auprès du grand public pour les aider à acheter de la vaisselle mais aussi pour tester un projet parallèle : « Faire de la livraison à domicile zéro déchet. » On garde la même idée de base, des restaurants partenaires et on y ajoute la livraison à domicile des plats commandés. « La livraison de déroulera à vélo avec des coursiers qui se sont constitués en collectifs et qui, contrairement à Uber Eats, où ils étaient auparavant, seront mieux payés. Ils seront même salariés de leur propre coopérative. »

Ce service encore balbutiant participe d’une prise de conscience générale qui intervient un an après la promulgation d’une loi contre le gaspillage alimentaire, dite loi Doggy Bag. « Je fais partie de l’association Zéro déchets et c’est vrai qu’il y a un an, on essayait de coller des vignettes sur les restaurants pour qu’ils acceptent les contenants des clients. C’était très mal vu. Eh bien, constate Adeline Lefèbvre, il y a deux mois, on y est retourné : c’est entré dans les moeurs. On n’a quasiment plus eu de retours négatifs. »

Olivier SCHLAMA

👉 Vous pouvez visionner une vidéo de présentation ICI

  • LoopEat a participé à plusieurs concours durant l’année 2018-2019 et remporté le challenge régional de la Social Cup fin 2018.

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