Exclu/Triathlon : Sète base arrière des JO ? « Oui, je pousserai à la roue… »

Photos : Christophe GUIARD/Triathlète Magazine

Président de la fédération de triathlon et membre du Comité national olympique, Philippe Lescure était à Sète ce jeudi à l’invitation du club local. Il a pu visiter le futur bassin olympique de 50 mètres et se montre un soutien de choix en vue des JO 2024.

Pour quelle raison êtes-vous venu à Sète ce jeudi ?

Pour rencontrer, à l’invitation de son président, les responsables du club de triathlon de Sète. Je vais me rendre compte des perspectives de ce club. Pourquoi se déplacer ici ? Le président de la fédération de triathlon se déplace régulièrement dans les départements et les régions à la rencontre des clubs. Celui de Sète est dynamique. Il est emblématique de notre fédération. Il y a plus de 900 clubs affiliés à la fédération. Depuis longtemps, il me sollicite pour me présenter ses projets. Je suis aussi au Comité national olympique et je me déplace aussi dans ce cadre-là.

Le club de Sète a-t-il un projet de triathlon ?

C’est en discussion (1). Nous rencontrons aussi le maire de Sète et l’ensemble des acteurs de l’agglomération sétoise. Cela nous permet de faire un point sur les projets qui pourront être portés par le club de Sète.

Vous venez aussi parce que Sète est candidate comme base arrière – avec Millau et Montpellier, c’est l’originalité – pour les JO 2024 ?

Philippe Lescure. Ph : Christophe GUIARD/Triathlète Magazine

Je connais bien les disciplines olympiques. Je suis aussi par ailleurs au titre de président d’une fédération olympique, j’ai des relations  très étroites et personnelles avec Tony Estanguet et Jean-Philippe Gatien (1) avec qui on discute du label Terre de Jeux, où il y a les centres de préparation aux Jeux olympiques. Il y a aussi une anecdote personnelle qui n’est cependant pas la raison de ma venue : il y a quelques années (quand je dis quelques années, je suis indulgent avec le temps qui passe…), j’ai participé à la Coupe de France qui avait lieu à Sète qui y a été organisée pendant 20 ans avec la montée du Mont Saint-Clair. J’en ai un souvenir agréable et cuisant.

L’idée de ma visite c’est aussi de voir des villes qui puissent accueillir dans les années à venir de grandes épreuves nationales de triathlon »

C’est une épreuve qui peut s’organiser à nouveau à Sète ?

Pourquoi pas. Bien entendu ! D’une manière générale, il y a un certain déséquilibre entre nos grandes épreuves nationales, au sein de notre fédération. On a 32 épreuves labellisées. Eh bien, il y en a davantage au Nord de la Loire qu’au Sud. C’est difficile à expliquer. Peut-être parce qu’en période estivale, notamment, il est plus facile d’organiser une épreuve de triathlon dans une région moins fortement touristique. Imaginez un triathlon en juillet-août sur le littoral méditerranéen, ça risque d’être un peu plus compliqué qu’ailleurs sur le territoire national. Ce n’est pas la seule raison : l’idée de ma visite c’est aussi de voir des villes qui puissent accueillir dans les années à venir ce genre de grandes épreuves nationales.

Il y a déjà un triathlon sur Sète, celui en mémoire du champion Laurent Vidal qui a démarré en 2018… Peut-on envisager un second triathlon organisé, cette fois, par le club de Sète ?

Il n’y a pas d’obstacle à ce qu’il y ait deux triathlons sur un même territoire. Je ne pense pas qu’ils se fassent concurrence. Au contraire : il pourrait y avoir plusieurs épreuves de grandes notoriété sur le bassin de Sète.

Les équipements et les infrastructures de Sète peuvent permettre d’être un lieu tout à fait adapté en prévision des JO pour recevoir du triathlon, de la natation mais aussi du para-triathlon ou des disciplines para-olympiques »

Allez-vous pousser à la roue pour que Sète devienne base arrière des JO ?

Oui, je pousserai à la roue, oui. Le président du Cojo, Tony Estanguet, souhaite que ce ne soit pas seulement les Jeux de Paris en 2024 mais aussi véritablement les Jeux des territoires. Il se déplacera d’ailleurs lui-même dans de nombreuses régions. Pour mobiliser le sport français et au-delà. Le but c’est que notre pays soit plus sportif après les Jeux qu’avant. Pour Sète et cette région, l’objectif est là : que les équipements de grande qualité qui sont en train d’être réalisés (notamment un bassin olympique de 50 mètres, Ndlr) débouchent qu’à l’horizon 2024 ; qu’il y ait beaucoup plus de petits Sétois et Sétoises qui pratiquent l’ensemble des disciplines sportives. Les équipements et les infrastructures de Sète peuvent permettre d’être un lieu tout à fait adapté en prévision des JO pour recevoir du triathlon, de la natation mais aussi du para-triathlon ou des disciplines para-olympiques.

Plus largement, votre discipline marche fort en France. Pour quelles raisons ?

Photo : Christophe GUIARD/Triathlète Magazine.

Nous sommes en constante progression. Nous avons passé la barre des 60 000 licenciés (contre 10 000 il y a 20 ans) avec un volume d’environ 150 000 pratiquants pour une discipline qui a trente ans, c’est une belle progression. Et puis, au-delà, de cette progression qui s’appuie sur la diversité des discipline au sein de la fédération de triathlon (natation, triathlon, duathlon, aquathlon, swimrun). De quoi séduire une large palette de pratiquants.

Pourquoi ces sports séduisent-ils autant ?

C’est un sport nature. C’est un sport qui propose de la diversité. Qui rompt avec la monotonie d’une seule discipline. On a beaucoup de variétés de pratiques tout au long de la saison. C’est finalement un sport très accessible contrairement à son image du triathlon il y a quelques années. Et même quand on le pratique en compétition et non plus en amateur. Nous proposons un package à 1 000 euros, avec un vélo au prix tout à fait accessibles. J’ai vu à Paris où il y a 4 500 partants, j’ai vu certains d’entre-eux le faire sur un Velib ! Et ça nous va très bien, cette image.

Notre outil pédagogique, est reconnu puisque la fédération internationale nous a demandé de leur céder les droits pour diffuser notre façon de travailler. Il fait référence. »

Le triathlon élitiste ne mérite que l’on en parle que lors des JO. Notre très haut niveau est représenté par des athlètes qui s’entrainent 30 heures ou 35 heures par semaine. On a aussi du triathlon pour tous. Du triathlon-santé. Ou du loisir et à partir de 6 ans. C’est abordé comme un défi personnel. On a mis aussi en place une politique de mixité : 26 % des licenciés sont des femmes dans un sport qui était quasiment exclusivement masculin il y a quelques années. Et mis en place une politique de diversité et d’accessibilité.

Nos champions français sont-ils au firmament ?

Photo : Christophe GUIARD/Triathlète Magazine

Oui, on peut le dire. Nous avons eu il y a quelques semaine à Lauzanne (Suisse), le titre de champion du monde de Vincent Luis ce qui ne s’était pas produit depuis 19 ans avec Olivier Marceau. Nous avons eu aussi le titre d’Alexis Hanquinquant, champion du monde de para-triathlète ; le relais mixte, champion du monde lui aussi.

Comment expliquez-vous ces très bons résultats ?

Ce n’est pas conjoncturel. Le triathlon français s’est structuré depuis une vingtaine d’années autour de l’école française de triathlon qui est un label reconnu, un outil pédagogique que se sont appropriés nos clubs. Ce sport s’est donc structuré dans ces clubs avec des éducateurs de grande qualité, souvent professionnels. Et cette professionnalisation de l’encadrement et cette pédagogie mise en oeuvre depuis quinze ans porte ses fruits aujourd’hui. On a des catégories minime, cadet, junior de plus en plus performantes. Et ça se retrouve quelques années plus tard car le haut niveau cela se construit sur plusieurs générations. Et si on veut des athlètes vraiment performants, c’est un travail de longue haleine. On a mis en place une vraie politique jeune à la fois de masse mais aussi de détection des meilleurs.

La France est-elle, dans ce domaine, un exemple à l’étranger ?

Notre label est reconnu puisque la fédération internationale nous a demandé de leur céder les droits pour diffuser notre façon de travailler. Il fait référence.

Recueilli par Olivier SCHLAMA

(1) La municipalité aimerait que le projet de triathlon du club de Sète et celui qui existe déjà, organisé par une association gérée par la famille de Laurent Vidal, un champion subitement décédé, s’entendent entre eux pour ne faire qu’un seul événement. Jean-Paul Jost, est le président de Sète Thau Triathlon. « Notre porte est ouverte à tout le monde », dit-il, laissant entendre la possibilité qu’il n’y ait qu’une seule épreuve. Il ajoute : « Nous avons le soutien de la fédération et l’accord de la commune de Balaruc-les-Bains où se situera l’arrivée de ce triathlon longue distance qui parcourra toute l’agglomération : nage dans les canaux de Sète, course à pied dans la Gardiole, traversée de Cabrials et autres… Ce sera magnifique. Par ailleurs, les bénéfices permettront de pérenniser un emploi au club. »

La date est arrêtée : le 10 mai prochain. « Les triathlètes viendront de toute la France parce que ce sera une épreuve préparatoire aux grands rendez-vous internationaux. » Quant à la visite des installations sportives du bassin de Thau, Jean-Paul Jost juge que ces deux bassins, un olympique de 50 mètres, et un de 25 mètres, contigus sont une vraie chance qui sera complétée par une une piste d’athlétisme de 400 mètres qui sera réalisée à l’occasion de la construction d’un stade de foot à Balaruc-les-Bains. » Quant à la récupération des sportifs, il rappelle que le centre de remise en forme Obalia, toujours à Balaruc-les-Bains, pourra accueillir ces athlètes de haut niveau.

(2) Meilleur joueur français de tous les temps,  vice-champion olympique de tennis de table aux JO de Barcelone en 1992, l’Alésien Jean-Philippe Gatien est directeur des sports au sein du comité de candidature Paris 2024.

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