Pêche : Sur la piste de la secrète daurade royale

La daurade Royale est emblématique du littoral languedocien mais on en connaît relativement peu sur cette espèce endémique. Un paradoxe que les scientifiques de l'Ifremer vont décrypter. Photo : Jérôme BOURJEA, Ifremer.

Alors que le traditionnel « festival… de cannes » à pêche à la sortie de l’étang de Thau, à Sète, va débuter, avec des dizaines de pêcheurs pour remonter le plus de daurades royales possibles, le temps de leur migration massive en mer, qui ne dure que quelques jours, l’Ifremer s’est lancé dans un ambitieux programme d’étude sur ce poisson emblématique du littoral languedocien, finalement peu connu. Pour essayer d’en déterminer l’état du stock qui génère au bas mot un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros par an pour les petits métiers pour plus de 1 200 tonnes consommées ! Explications.

Dans quelques jours, débutera le fameux festival de…cannes à pêche. A Sète ou au grau de PisseSeaume, à Marseillan, deux des entonnoirs les plus connus, propices à la capture quasi automatique des daurades royales (Sparus aurata) en cette saison automnale où l’animal quitte massivement l’étang pour rejoindre la Méditerranée. Avec 20 millions d’euros de chiffre d’affaires estimé, c’est la première ressource halieutique des petits métiers de la côte languedocienne !

Mais la vision de dizaines de pêcheurs amateurs amassés sur les quais et les disputes homériques qui ne manquent pas d’éclater autour de ce qui ressemble à un bon filon est peut-être trompeuse. Il se pourrait que le stock ne soit pas forcément en diminution. Que, hormis cet épisode qui marque les esprits à chaque automne, le pêcheur gagne assez peu souvent face à ce poisson secret. Les prélèvements ne seraient pas forcément très importants.  Tout aussi paradoxal que ce soit, on n’en connaît pas l’état du stock. Ni si les daurades sont fidèles – ou pas – au biotope d’un seul étang en particulier, où elles se reproduisent, etc.

Vers un plan de gestion des petits métiers

Après les anathèmes qui se sont abattus sur la pêche au thon rouge dont le stock est reconstitué, les pouvoirs publics essaient d’en savoir davantage sur ce carnassier pour mieux prévenir. Ne pas bien connaître l’espèce limite la capacité des scientifiques à fournir un appui aux gestionnaires dans un contexte de plan de gestion des petits métiers de la pêche en Méditerranée. C’est le sens du nouveau programme d’étude de l’Ifremer à Palavas. Cette espèce, hermaphrodite, est-elle, comme le fut le thon rouge, surexploitée ? A l’instar de la plupart des espèces côtières, on n’en sait rien.

Une daurade royale marquée dans l’étang du Prévost, à Palavas-les-Flots (Hérault). Photo : Jerôme Bourjea, Ifremer.

« Cet été, nous avons marqué 88 daurades royales sauvages dans nos étangs littoraux, notamment dans l’étang du Prévost, 25 loups et 5 anguilles, explique Jérôme Bourjea, biologiste et responsable de l’étude. Un petit émetteur acoustique de moins de deux grammes a été inséré à l’intérieur du poisson, sous anesthésie générale ! « Nous essayons de mieux comprendre les déplacements de ces poissons au coeur des lagunes du littoral et d’étudier leur interaction avec les différents types d’habitats », les parcs conchylicoles notamment, car ces carnassiers dévorent volontiers les cheptels de moules… Les filières en mer, au large de Sète en ont fait largement les frais. On veut en savoir davantage sur leur fidélité ou pas à un étang ; est-ce qu’elles parcourent tous les étangs et lagunes ou pas ? Quand l’eau se refroidit, comme d’ici quelques jours, la daurade sortira de l’étang pour aller se reproduire en mer. Mais on ne sait pas où », détaille Jérome Bourjea. Comment vivent- elles dans les zones riches mais fragiles des lagunes et comment réagissent-elles aux changements environnementaux comme le vent, la température ?

Jérôme Bourjea : « La pression sur les captures ne serait pas si élevée »

Baptisé d’un hermétique nom, (SB-TAG), le projet de recherche vient de livrer ses toutes premières conclusions, certes à prendre avec prudence : « Après le marquage, on a fait savoir aux pêcheurs que s’ils remontaient une daurade marquée, qu’ils nous la ramènent. Or, seulement deux daurades et deux loups nous ont été effectivement ramenés. On aurait pu croire que ces pêcheurs ne jouaient pas le jeu. C’est faux. Car, selon nos dispositif de surveillance et d’écoute, la daurade est là et bien là en nombre dans les étangs ! Cela pourrait vouloir dire que la pression sur les captures n’est pas si élevée. Il faut toutefois attendre la fin de ce programme en novembre pour en être sûr. »

Autre programme à venir qui commence le 10 octobre prochain : « Nous allons ensuite étudier la qualité des ornements de la daurade royale, sa fameuse couronne jaune, qui prouve qu’elle n’est pas une dorade vulgaire, et ses reflets parfois orangers. On veut savoir si, comme on le suppose puisque c’est vrai pour d’autres animaux, la qualité du milieu influe directement sur la qualité de ses ornements. » Et peut-être sur la qualité de la chair de ce poisson au goût si fin.

Olivier SCHLAMA

  • Le projet SB-TAG1 vise à mieux comprendre le comportement spatial des daurades royales sauvages dans un environnement soumis à de multiples activités socio- économiques. Mené dans le cadre de l’UMR Marbec2, ce projet porté par l’Ifremer en partenariat avec l’IRD et l’ESAT3 Les Compagnons de Maguelone, est financé par l’Ifremer, le projet Celimer4 et le Groupement de Recherche International franco-canadien Rechaglo5.

Les Assises nationales de la pêche à Sète

Sète a été retenue pour organiser l’édition 2018 des Assises nationales de la pêche et des produits de la mer (APPM), à Sète les 14 et 15 juin prochains. Devenues le rendez-vous annuel et majeur des professionnels du secteur depuis 2010, c’est la première fois qu’elles se dérouleront sur le littoral méditerranéen.

L’annonce a été faite vendredi au cours de l’édition 2017 qui se tient actuellement à Quimper. Chaque année, les APPM réunissent l’ensemble des acteurs de la filière pêche (pêcheurs, mareyeurs, transformateurs, chercheurs…) qui se retrouvent afin d’aborder ensemble les enjeux et les problématiques actuelles de la filière, partager leurs expériences et apporter leur vision de l’avenir.

« Avec 220 km de rivages, le parc naturel marin du Golfe du lion (4 000 km²), 20 stations balnéaires, 70 ports de plaisance, 3 ports de commerce et 4 criées, la Région Occitanie est résolument tournée vers la mer. Dans cet écosystème, les activités de pêche et d’aquaculture y jouent un rôle majeur et leader en Méditerranée, souligne Carole Delga, la présidente. Je me réjouis donc que notre candidature à l’organisation des Assises ait été retenue. Après Paris, Lorient, Boulogne-sur-Mer, les Sables d’Olonne et Quimper, nous aurons le plaisir d’accueillir l’édition 2018 à Sète les 14 et 15 juin. Je rencontrerai le Comité régional des pêches le 17 novembre à Port-la-Nouvelle et je donnerai des premières informations sur la tenue de ces Assises nationales. »

Opération de mise en viviers de daurades sauvages

Lors de ces assises à Quimper, la Région Occitanie a reçu le prix coup de cœur innovation, dans la catégorie Concepts & Restauration, pour le projet Valdora.
André Lubrano, conseiller régional et président du Cépralmar (Centre d’étude pour la promotion des activités lagunaires et maritimes), a détaillé cette innovation devant plus de 600 participants : « A l’initiative de trois pêcheurs locaux et soutenus par le Cépralmar, nous proposons une opération de mise en viviers de daurades sauvages de l’étang de Thau au mois d’octobre quand celles-ci rejoignent la mer. Cela va permettre de lutter contre l’effondrement des prix en élargissant la période de vente et offrira ainsi aux pêcheurs professionnels la possibilité de mieux valoriser leurs prises ».