Économie : Start-up, fonctionnaires… Quand les banques se dépensent

Les banques traditionnelles comptent bien prendre le train de la nouvelle économie, notamment celle des start-up en pleine croissance. Photo : Dominique QUET, Maxppp.

La Banque populaire du Sud a inauguré mardi 26 septembre, à Montpellier, une agence destinée plus particulièrement aux fonctionnaires. En mai, la même banque coopérative, centenaire, avait déjà ouvert une agence dédiée aux startupeurs, proximité de la dynamique Frenchtech oblige, dans la capitale languedocienne, etc. La philosophie : conseiller au plus près des « créateurs de valeurs ». Mais cette façon d’affronter la crise, que de nombreuses banques mettent en place, est de ne pas rater  le train de la nouvelle économie. De faire un pari sur l’avenir. Professeur de finance à Montpellier, Eric Stéfany décode le phénomène qui touche de plus en plus de banques.

Changement d’établissement simplifié, frais bancaires diminués… De nouvelles dispositions plus favorables au consommateur sont entrées en vigueur en février 2017, issues de la loi Macron pour la croissance, accélérant la volatilité de la clientèle qui a de moins en moins d’affect pour « sa » banque. Et n’hésite pas à en changer. Dans le même temps, les banques privées se spécialisent de plus en plus dans un secteur hyper-concurrentiel où tout le monde veut se démarquer. Et grignotent des parts de marché au secteur traditionnel. Il y a par exemple des établissements qui conseillent les sportifs de haut niveau, des entrepreneurs de cinéma et même des diamantaires ! Sans oublier les jeunes pousses de la finance qui fleurissent, occupant tous les métiers, peu à peu, des banques traditionnelles. Malmené, le réseau bancaire traditionnel a été prompt à réagir. Un exemple parmi d’autres : la Banque populaire du Sud.

« L’ère des opérations de caisse est révolue »

A un maillage géographique traditionnel serré, la BP Sud lui substitue de plus en plus une autre proximité, par segment économique. Ainsi, pour se rapprocher des start-up, la banque a ouvert en mai l’agence Sud Innovation au Parc Euréka, à Montpellier. « Les gens viennent de moins en moins en agence pour des opérations courantes. L’ère des opérations de caisse est révolue. Mais ils sont d’accord pour venir si on leur offre un conseil personnalisé et s’ils y trouvent une expertise », commente François Talard. Le directeur du réseau BP Sud ajoute : « Nos agences seront moins nombreuses mais nous offrons une palettes de compétences », ajoute-t-il. « Nous avons une approche segmentée de nos clients et notamment ceux à potentiel de valeur. Plusieurs de ces segments peuvent justifier l’ouverture d’agences dédiées. » Celle réservée aux startupeurs a ainsi permis de recruter, affirme-t-il, de « nouveaux clients et à donner un nouveau souffle à l’équipe qui s’en occupait avant la création de ce lieu », confie François Talard.

François Talard, responsable du réseau Banque populaire du Sud. Photo : DR.

Car, l’équipe de la Banque populaire du Sud dédiée aux entreprises innovantes, hébergée depuis janvier 2015 au sein de l’agence Montpellier Entreprises de Saint-Aunès, dispose désormais depuis quatre mois de sa propre agence physique au Pôle Eureka à Montpellier, en face de Cap Omega. Inaugurée prochainement le 5 octobre, elle comprend centre de ressources et d’échanges pour les nouveaux entrepreneurs, salle de conférence de 20 places avec tableau numérique à disposition des startuppeurs, espace de coworking équipé en wifi, salon, salle de réunion.

« Dans un premier temps, pour répondre au besoin de croissance rapide des start-up, l’agence Sud Innovation les met en relation avec l’ensemble des intervenants capables de les faire avancer. Ce réseau de partenaires comprend les plateformes d’initiative, les structures d’amorçage, la banque publique d’investissement (BPI). La Banque populaire du Sud intervient notamment au comité d’expert du Business & Innovation Centre de Montpellier Méditerranée Métropole, ainsi qu’aux Comités d’investissement de Créalia (plate-forme spécialisée dans le financement des start-up, Ndlr) et de la Soridec (un fonds d’investissement, Ndlr) », souligne-t-on à la BP Sud qui annonce avoir en gestion  180 start-up (l’un des plus gros portefeuilles de France) et avoir financé ces jeunes pousses-là pour 14 millions d’euros sur 24 mois, via le dispositif Innov + avec la garantie du Fonds européen à l’investissement.

« Nous aidons les startupeurs à être clairvoyants dans la conduite de leur projet. A continuer ou parfois ne pas continuer. Ce qui rejoint nos valeurs. »

Le système bancaire évolue pour se rapprocher des « créateur de valeur ». Photo : Dominique QUET, Maxppp.

« Nous leur offrons des outils financiers propres. Mais le plus important peut-être, renchérit François Talard, ce sont les conseil avisés qui y sont prodigués. Et nous les accompagnons. Nous les aidons à être clairvoyants dans la conduite de leur projet. A continuer ou parfois ne pas continuer. Ce qui rejoint nos valeurs. » Et prolonge leur expertise : la BP sud est membre du comité d’experts de la pépinière Cap Alpha dès 1987. « Première banque lançant l’innovation avec le prêt à la création d’entreprise (2000-2007), accompagne l’Airdie dès 2003, partenaire bancaire du Fonds Jeremie puis du dispositif Foster. Et fait partie des premiers soutiens bancaires à la candidature de la FrenchTech Montpellier. »

La BP Sud a également inauguré ce mardi 26 septembre une agence spécialement destinée aux fonctionnaires de la fonction publique nationale et territoriale, hors Education nationale dans le quartier Alco, à Montpellier. « C’est une partie importante de l’emploi dans la région », justifie François Talard. « Là aussi c’est une équipe spécialisée avec une palette de produits adaptés aux fonctionnaires, grâce à notre partenariat avec la Casden sur les taux de crédit, garantie de prêt, offre de prêt immobilier ou prêt à la consommation, etc. Dans certains cas, nos collaborateurs peuvent rencontrer les fonctionnaires chez eux. Pour l’instant, nous en avons qu’une seule. Mais nous voulons en ouvrir deux, à Perpignan et Nîmes, si possible en 2018.

De la même manière, nous avons une agence Campus à Montpellier et Perpignan et nous allons en ouvrir une à Nîmes, l’an prochain. Les agences Campus s’adressent plus volontiers aux fonctionnaires de l’Education nationale et aux étudiants. « C’est une façon moderne d’affirmer nos valeurs coopératives. Ces nouvelles agences en sont la traduction concrète. D’ailleurs, on ne s’interdit pas de créer d’autres agences sur d’autres segments », confie encore François Talard qui n’oublie pas de parler de ses e-agence (à distance) pour garder un maximum de clients qui ne vivent plus dans la région.

De son côté, Eric Stéphany fait la moue. Co-responsable du master Création d’entreprise innovante & management de projets innovants, entre autres, ce professeur de finance le dit sans hésiter face à cette segmentation qui touche de nombreuses banques : « Je suis dubitatif », dit-il. « Certes, il y a d’autres réseaux qui segmentent eux aussi leur offre, pour ne citer qu’un exemple : la Caisse d’épargne qui a ouvert, elle aussi, une agence spécialisée pour les start-up à Euromédecine, à Montpellier », souligne-t-il.

« Les banques traditionnelles ne veulent pas laisser passer le train d’une économie en pleine croissance »

Eric Stéphany, professeur de finance à Montpellier. Photo : DR.

Ensuite, sur le fond, « les banques traditionnelles ne veulent pas laisser passer le train d’une économie en pleine croissance exponentielle. » Car, depuis 2014, et la suppression du monopole des banques, les réseaux traditionnels de détail sont à la peine. Les plate-formes de crowndfunding, de financement participatif, a « donné le premier coup de semonce » envers les veilles dames de la finance aux particuliers.

« A cette époque, les banques sont très peu allées vers les start-up ». Elles se sont réveillées quand elles se sont aperçues du potentiel. « Et puis, les jeunes pousses ont d’autres voies pour se financer : les business angels, l’équity-crownfunding et les capitaux risqueurs (1). Cette façon de vouloir s’adresser aux start-up, ça ne colle pas, selon moi, à l’ADN du banquier. C’est une posture commerciale. Une volonté de capter une part de marché.  Car le client n’a pas d’affection particulière pour sa banque : s’il a besoin de fonds, il fait la tournée de banques pour voir celle ou celles qui lui conviennent.  Mais comme toutes les banques proposent les mêmes produits… » Quant aux conseils avisés que certaines proposent, Eric Stéphany dit : « Pourquoi pas ? Mais encore une fois, il y a d’autres acteurs plus spécifiques pour cela. Ces banques-là se disent : « Si des pépites sortent de chez moi, on en profitera. Mais, encore une fois, si les jeunes pousses ont de vrais besoins de financement, ce n’est vers les banques qu’elles se tourneront. » Ce spécialiste généralise son analyse : « cette démarche envers les start-up et d’autres segments de l’économie, est purement commerciale. »

Olivier SCHLAMA

  • Le business angel est un particulier qui investit au capital d’une entreprise innovante au stade du démarrage, période la plus risquée et met à disposition ses compétences, son expérience et ses réseaux et une partie de son temps pour l’accompagner.
  • L’équity crowndfunding, est le fait d’une entreprise ou d’un particulier qui investit dans un projet à condition d’avoir des parts dans la société ainsi financée.
  • Le capital-risque est le fait de sociétés et consiste à prendre des participations dans des entreprises qui n’ont pas encore trouvé de point d’équilibre.