Olivier Martinelli : Le Roi des Krols, 1re saga d’héroïc fantasy, entre famille et religion

Olivier Martinelli à la Nouvelle librairie sétoise le 14 septembre 2017. Photo : Hélène MORSLY.

Pour une première, un coup de maître : le dernier livre d’Olivier Martinelli, l’écrivain sétois, le tome 1 du Roi des Krols, le livre des Purs, est très bien accueilli. Pour deux raisons : au-delà du genre, nouveau pour lui de l’héroïc fantasy, il fait appel à la notion forte de la filiation et dénonce en filigrane l’obscurantisme religieux.

On salive d’avance avant chaque nouveau « Martinelli ». Et on salive après l’avoir lu. C’est que l’écrivain sétois sait nous prendre par la main, et nous faire découvrir un nouveau monde. Nous y faire pénétrer et rencontrer ses héros comme s’ils avaient toujours existé.

Déjà lauréat de plusieurs prix littéraires, c’est un écrivain « initiatique », dont Dis-Leur vous a souvent parlé. Cette fois, le nouveau monde, c’est Le Roi des Krols (1). On pense – pour les plus vieux – à Conan le Barbare, au Seigneur des Anneaux – pour les moins vieux – mais le nouveau roman de celui que l’on a surnommé écrivain rock pour sa large production de romans noirs en phase avec la musique s’est cette fois lancé dans l’héroïc fantasy. L’écriture y est moins contrainte. Mais sa fresque s’est s’étirée en gardant en haleine tout au long des 308 pages. Il y a peu de points communs avec ses anciens romans. Mais il en revendique un : « C’est à nouveau un roman initiatique. Dans chacun, il y a un adolescent qui va se transformer au fil des événements. C’est ce qui va se passer avec le héros du livre, Daan, et par extension à son frère et sa soeur… »

On va comprendre tout au long du tome 1 que le livre des Purs, qui est une sorte de bible, de coran qui dicte cette religion qui est suivie de manière différente par les deux peuples »

O.SC.

Olivier Martinelli fait le pitch : « Le livre raconte l’histoire d’un affrontement entre deux ennemis séculaires les Krols et les Palocks. Les Krols ont trois clans de guerriers protecteurs : les Belecks, les Vélins et les Fradins qui occupent chacun une petite île. Les Palocks, eux, vivent dans une grande île qui recèle de smystères que l’on découvrira dans le tome 2. On va comprendre tout au long du tome 1 que le livre des Purs, qui est une sorte de bible, de coran qui dicte cette religion qui est suivie de manière différente par les deux peuples. Ce livre a été subtilisé par les Bellecks il y a très longtemps et les Pallocks sont à la recherche de ce livre à l’origine d’un grand pouvoir. Et ils veulent kidnapper les vierges Krols parce que pour régénérer le sang Pallock, ils ont besoin de génétrices différentes. » À noter que le livre « est illustré par Marc Simonetti, illustrateur des Game of Thrones et de la Cité des Mille planètes de Luc Besson, entre autres… »

« L’Illiade et l’Odyssée d’Homère est, pour moi, est le premier roman de fantasy »

Comment a-t-il procédé ? « Je n’ai aucune culture de ce genre littéraire. La seule référence que j’avais avant de commencer, c’est L’Illiade et l’Odyssée d’Homère qui, pour moi, est le premier roman de fantasy. C’est mon inspiration première. Ensuite, j’ai une culture cinématographique : la trilogie de Peter Jackson le Seigneur des Anneaux, évidemment. Le l’ai lue une dizaine de fois avec mes enfants. Mais je me suis interdit de lire des bouquins de fantaisy, en pensant que ne pas en lire donnerait un peu de fraîcheur au mien. Ma seule contrainte était de ne pas reproduire des choses que je connaissais déjà. Inventer des monstres sans ressortir des Orques, par exemple… »

Un « gros travail d’imagination » qui commence avec une première phrase aux apparences anodines : « J’ai tué mes premiers Palocks à 17 ans… » mais qui oblige de fait à ouvrir la porte d’un autre univers…

Olivier Martinelli ajoute : « Le plus difficile n’a pas été d’écrire. L’écriture a été plutôt facile pour moi. La difficulté ça a été de faire travailler mon imagination. De me creuser la cervelle. Mon fils qui me relisait et qui a lu beaucoup de bouquins de fantaisy me disait, par exemple : attention ! ce nom existe dans Game of Thrones. Il fallait que je change des noms, qu’ils soient originaux… Il fallait que je trouve des créatures et des situations originales… Ces histoires d’îles, j’en avait jamais rencontrées… » Certains Sétois trouveront peut-être pas mal d’analogies avec… Sète qui est une île et le combat entre divers clans est l’une de ses facettes… « Je n’avais pas vraiment ça en tête ! », rigole-t-il.

Alors que le roman noir demande un style travaillé, nerveux, proche du langage parlé, pour cet ouvrage Olivier Martinelli s’est davantage affranchi des codes littéraires. Il s’est autorisé davantage de « liberté », comme l’emploi du passé simple. Il a aussi réalisé un « gros travail d’imagination » qui commence avec une première phrase aux apparences anodines : « J’ai tué mes premiers Palocks à 17 ans… » mais qui oblige de fait à ouvrir la porte d’un autre univers.

Admiration, interrogation, inscription dans l’histoire d’une filiation

Au-delà du plaisir de lire, deux thèmes sous-jacents se détachent de son nouvel opus : la question, importante, de la filiation et celle de la religion. Deux sujets en phase avec la société. Pour une première, c’est un coup de maître.

La famille, la filiation, la paternité « sont très importantes » pour l’écrivain-prof de maths Olivier Martinelli qui a donné le nom de son aîné, Dan, au personnage principal. N’a-t-il pas répondu favorablement au défi de son fils de se lancer dans un style qui lui était totalement méconnu ? Une saga dont il a écrit le premier chapitre le temps d’une classe de neige. N’utilise-t-il pas le clan, la famille comme supports permanents à ses histoires ? Les univers qu’il crée ne sont-ils pas tissés de liens irréfragables. Dans le livre, le héros, jeune, dit : « (…) Je me rendais compte que mon père avait veillé sur moi tout le temps, à sa manière à lui… De loin… Sans que je m’en aperçoive. – Tu as tué combien d’ennemis, père ? – Pas assez. Moi, j’en ai tué trois. Je sais, fils, je sais… – Père, tu es charpentier… Pourquoi tout le monde t’obéit ? Même le chef… » Il y a tout dans ce passage : admiration, interrogation, inscription dans l’histoire d’une filiation.

Le fils veut aussi savoir comment était ce père ; je pense que l’on se pose tous ces questions-là à propos de son propre père, de ses parents »

Olivier Martinelli commente : « La filiation, c’est quelque chose que l’on ne peut pas te retirer. Du coup, tu dois te débrouiller avec ça, en bien ou en mal. Quand j’invente des personnages, j’aime bien qu’ils se transforment. Le Grand Kal, un peu taiseux, assez sombre, n’a pas toujours été comme ça… Des événements l’ont transformé… Le fils veut aussi savoir comment était ce père ; je pense que l’on se pose tous ces questions-là à propos de son propre père, de ses parents », définit Olivier Martinelli. Qu’est-ce qu’un bon père, selon lui ? « (sourires). Ah ça c’est la grande question ! Cela dépend des générations. Les bons pères de maintenant jouent avec leurs enfants alors que le mien ne jouait pas souvent avec moi mais ça a été le meilleur des pères. Il m’a toujours apporté de l’attention, de l’intérêt et de la curiosité… »

En filigrane, c’est vrai, il y a une dénonciation de l’obscurantisme qui va s’approfondir dans le tome 2. C’est une question qui me hante »

Au-delà de la fresque et de la famille, il y a un second thème, la religion, au coeur du livre. De quelque chose de supérieur qui unit ou désunit les hommes. « L’écriture de ce roman s’est étalée en sept ans. En filigrane, c’est vrai, il y a une dénonciation de l’obscurantisme qui va s’approfondir dans le tome 2. C’est une question qui me hante. Surtout quand je vois dans quel monde mes enfants vont grandir… Je vais peut-être me faire des ennemis mais ce n’est pas grave. Il faut être courageux dans cette situation-là. Pour revenir au livre, quand on compare les deux usages d’une même religion, on se rend compte qu’ils sont vraiment différents. Depuis le début, j’ai en tête le livre des Purs qui va livrer une grande surprise à la fin… Ce qui est admirable chez le Grand Kal même s’il est assez sombre et violent c’est quand même son refus des dogmes ; il est assez révolutionnaire dans son comportement puisqu’il renie les dieux à un moment. » Ce qui peut donner lieu à une autre religion. « Oui, ça peut donner lieu à des suites auxquelles je réfléchis beaucoup… » De quoi à nouveau saliver.

Olivier SCHLAMA

(1) Le Roi des Krols (tome 1), le Livre des Purs, éditions Leha ICI. Le tome 2 est attendu en avril.
Olivier Martinelli est lauréat du Prix Livre au Coeur pour Mes nuits apaches (attribué par une communauté de médiathèques des Cévennes. Le prix devait être remis le 20 novembre mais confinement oblige, il sera remis en début d’année 2021.

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