Occitanie : Les familles « solos » de plus en plus pauvres

Le 2 juin 2018. Un Sétois interpelle Christophe Castaner, à l'époque secrétaire d'Etat chargé des relations abec le Parlement, ce samedi-là matin : "Le matin, de vrais Français font les poubelles devant moi... Et les gosses...? Comment allez-vous améliorer la situation  ?" Castaner répond après avoir accusé le coup : "C'est la question. Il y a un phénomène d'aggravation de la pauvreté. Et, en particulier, chez les mineurs. Car on a de plus en plus de mères isolées, sans revenus. C'est insupportable. Nous présenterons bientôt un grand plan contre la pauvreté." Photo : Olivier SCHLAMA

Un an après le lancement du mouvement des Gilets jaunes qui ont mis ce sujet en exergue sur les ronds points, les chiffres parlent d’eux-mêmes : en Occitanie, au 3e rang national, une famille sur quatre ne comprend qu’un seul parent. Et un enfant sur quatre vit avec un seul parent (le plus souvent sa mère). Le plan pauvreté dévoilé il y a un an a fait pschitt selon les organisations caritatives. Et que 35 d’entre-elles viennent d’écrire à Macron.

C’est un chiffre-alarme : on compte deux millions de familles françaises qui sont aujourd’hui monoparentales, c’est-à-dire avec un parent seul – une femme, le plus souvent – pour élever un ou plusieurs enfants de moins de 25 ans. Un chiffre en constante augmentation au fil des ans au gré de la hausse concomitante des séparations et des divorces et l’arrivée du Pacs a peut-être également été une source de fragilité en cas de séparation. Dans les années 1960, la monoparentalité était à 55 % la conséquence du décès de l’un des deux conjoints.

En Occitanie, une famille sur quatre ne comprend qu’un seul parent (contre une sur sept vingt-cinq ans auparavant), le plus souvent une femme. La région se situe au troisième rang des régions où la part des familles monoparentales est la plus importante, derrière Provence-Alpes-Côte d’Azur (28 %) et la Corse (27 %) », affirme l’Insee qui ajoute que, « malgré une importante redistribution, un tiers des familles monoparentales restent pauvres ».

Les familles solos restent pauvres malgré les prestations sociales

Emmaüs. Photo : Pierre Faure

Elles restent pauvres, bien qu’elles bénéficient d’une importante redistribution (prestations sociales, notamment allocations logement, minima sociaux), un tiers d’entre elles vivent encore sous le seuil de pauvreté, assure l’Institut de la statistique d’Occitanie. Dans la région, 321 640 enfants vivent avec un seul parent, soit près d’un enfant sur quatre contre un enfant sur huit en 1990. Les monoparents ont un peu moins d’enfants en moyenne que les couples et leurs enfants sont plus âgés, en moyenne 12,2 ans contre 10,2 ans.

Le mouvement des Gilets jaunes a particulièrement mis en avant cette situation : les familles « solos » sont une bonne partie de la France qui s’éreinte. C’est aussi le sens de la dernière enquête de l’Observatoire des inégalités. Même Macron dans son allocation d’il y a presque un an n’y a rien fait. Le Président avait évoqué avec presque des trémolos dans la voix « la colère de la mère de famille célibataire, veuve ou divorcée, qui ne vit même plus, qui n’a pas les moyens de faire garder ses enfants et d’améliorer ses fins de mois. »Depuis, les choses n’ont pas cesser d’empirer.

C’est dans ce contexte que 35 associations nationale ont écrit une lettre ouverte le 7 novembre au président Macron.

Huit monoparents sur dix sont des femmes

Le 2 juin 2018. Un Sétois interpelle Christophe Castaner, à l’époque secrétaire d’Etat chargé des relations abec le Parlement, ce samedi-là matin : « Le matin, de vrais Français font les poubelles devant moi… Et les gosses…? Comment allez-vous améliorer la situation  ? » Castaner répond après avoir accusé le coup : « C’est la question. Il y a un phénomène d’aggravation de la pauvreté. Et, en particulier, chez les mineurs. Car on a de plus en plus de mères isolées, sans revenus. C’est insupportable. Nous présenterons bientôt un grand plan contre la pauvreté. » Justement, les grands spécialistes de la pauvreté, à l’instar du président national d’Emmaus, considèrent que ce plan dévoilé il y a un an « n’est pas à la hauteur des enjeux. Et que « pour supprimer les aides aux pauvres, là ça va vite… »
En 2015, a calculé l’Insee, 202 340 familles monoparentales résident en Occitanie. Comme en France métropolitaine, les monoparents sont huit fois sur dix des femmes. Faisant remarquer qu’il y a « une proportion de familles monoparentales élevée en zones urbaines, mais aussi dans l’arrière-pays méditerranéen ». Pourtant, ces mères de famille qui doivent tout assumer bénéficient d’attentions importantes des pouvoirs publics, notamment de la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté lancée en 2018. Et qui a notamment débouché sur des mesures concrètes visant par exemple à éradiquer les impayés de pensions alimentaires en renforçant les prérogatives de l’Agence de recouvrement des impayés de pensions alimentaires. Cela va même jusqu’à la possibilité de prélever directement à la source sur les revenus de l’ex-conjoint. C’est sans doute encore trop tôt pour en voir des effets positifs.

Les mères isolées sont deux fois plus souvent au chômage que les mères en couple

Le revenu initial médian des familles monoparentales est inférieur de 7 700 euros. Et la moitié des familles monoparentales de la région vivent avec un revenu initial inférieur à 13 530 euros par an. Ce revenu initial intègre les pensions alimentaires que seul un parent isolé sur… cinq perçoit pour un montant annuel moyen de 3 620 euros, soit 14 % du revenu initial des bénéficiaires.« D’autres mesures ont pour objectif d’aider les parents isolés à trouver plus facilement un emploi, notamment en favorisant la garde d’enfants par l’augmentation du nombre de places en crèche. D’ailleurs, les crèches à vocation d’insertion professionnelle privilégient l’accueil des enfants de familles monoparentales et au chômage », indique encore l’Insee.

Les mères isolées sont deux fois plus souvent au chômage que les mères en couple (21 % contre 11 %). Et lorsqu’elles travaillent, elles occupent plus souvent des emplois précaires (14 % contre 10 %). Elles sont aussi relativement plus nombreuses à occuper des postes peu qualifiés ou dans des secteurs peu rémunérateurs (aide à domicile, gardiennage, entretien, etc.) Ce qui les rapproche automatiquement des villes.

Ce n’est pas tout. Les familles monoparentales sont davantage présentes dans les principales agglomérations et davantage sur le littoral là où il y a davantage de logements sociaux auxquels elles peuvent prétendre « La part des familles monoparentales est ainsi particulièrement forte dans les bassins de vie de Perpignan, Narbonne et Béziers. Mais elle est également élevée dans certains espaces ruraux, comme dans l’arrière-pays méditerranéen et dans le sud de l’Ariège », précise l’Insee. Car, avec un seul revenu, pas facile de se loger. Peu sont propriétaires (un tiers). En Occitanie, « deux familles monoparentales sur dix résident dans l’habitat social, pour moins d’un couple sur dix avec enfants ».

Olivier SCHLAMA

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