Occitanie : Le lagopède alpin et le grand tétras, oiseaux emblématiques, enfin protégés

Le Grand Tétras, race emblématique des Pyrénées est en danger... Photo © FNE

“Cette protection ouvre la voie à des plans nationaux ou européens d’action” qui ont prouvé leur efficacité avec le gypaète barbu ou la cigogne blanche par exemple, explique Cédric Marteau, DG de la LPO qui se félicite de ce classement.

Ce sont des espèces d’altitude. Oiseau de haute montagne (au-dessus de 2 000 mètres jusqu’aux sommets) et oiseau de hautes forêts (de 1 400 mètres à 2 000 mètres), le lagopède alpin et le grand tétras sont désormais deux espèces d’oiseaux protégés. C’est une “excellente nouvelle pour la biodiversité de montagne, le lagopède alpin et le grand tétras sont désormais classés sur la liste des espèces protégées par deux arrêtés publiés ce 8 septembre au Journal Officiel”, se réjouit la LPO. Qui salue cette décision offrant “un cadre juridique stable, indispensable au regard de l’état de conservation de ces deux oiseaux. La satisfaction est grande après des années de mobilisation des associations de protection de la nature”.

Fragmentation de leurs habitats, les dérangements liés aux activités humaines, le réchauffement climatique

Ces deux espèces sont dans un état de conservation jugé défavorable par les scientifiques. En cause, la réduction et la fragmentation de leurs habitats, les dérangements liés aux activités humaines, le réchauffement climatique…

Plans nationaux ou européens d’action

Cédric Marteau est directeur général de la LPO. Il dit : “Nous avons la chance en France d’avoir un cadre réglementaire précis qui définit des axes de priorité en fonction des populations. Et, en fonction de leur classement, cela ouvre des portes à des plans nationaux d’action (PNA) voire des plans européens d’action. Ces deux oiseaux sont éligibles aux PNA comme l’aigle, les vautours, le gypaète barbu ou le râle des genêts. C’est ainsi que l’on a pu rétablir les populations de loutres, de castors, etc. Le lynx aussi. La cigogne blanche est un bon exemple : dans les années 1970, il en restait 13 couples en France. Aujourd’hui, on dénombre plusieurs milliers de couples.”

Ces PNA ouvrent aussi la voie à des “concertations. Des cartographies précises signalant à tout le monde, à l’ONF, par exemple, aux stations de ski, etc., qu’il y a à tel endroit une population de grands tétras ou de lagopède ; il va falloir faire peut-être quelques aménagements. D’avoir des précautions d’usage. Cela ne veut pas dire que l’on y interdit l’activité.” Ces dispositifs peuvent aussi donner lieu à l’octroi de moyens supplémentaires, “des programmes nationaux et européens spécifiques (comme les programmes Life l’ont fait pour le gypaète barbu), du mécénat…”

Quand une espèce est protégée, il est interdit de détruire les nids de ces oiseaux, de les mutiler, de les tuer ou de les capturer. Ni même de les perturber conscienmment dans leur milieu naturel. De la même manière, interdiction de détruire, modifier ou dégrader leurs habitats naturels, l’une des principales causes de leur raréfaction.

“Un petit pas pour l’administration, un grand pas pour la protection de la nature !”

Lagopède alpin. Ph Pixabay

En avril 2026, cette proposition de classement avait été annoncée par le ministère de la Transition écologique. Lors de l’été 2026, deux consultations publiques ont récoltées des avis majoritairement favorables des citoyens (à plus de 80 %). Cette bonne nouvelle marque une étape importante dans la reconnaissance de l’urgence à protéger la biodiversité.

“C’est un petit pas pour l’administration et un grand pas pour la protection de la nature ! Toute notre reconnaissance va au ministère de la Transition écologique qui a agi avec efficacité cette année pour protéger durablement le Lagopède alpin et le Grand tétras”, réagit Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO.

On a globalement de moins en moins de neige. On est donc inquiet pour le lagopède alpin de pouvoir faire réellement quelque chose”

En Occitanie, le lagopède alpin des Pyrénées est essentiellement un oiseau de la haute chaîne, dans les secteurs rocheux et ouverts situés au-dessus de la limite forestière. “Son attrait, précise Cédric Marteau, ce sont les neiges éternelles. Dès qu’il neige, pour ne pas être une proie des aigles, notamment, il devient tout blanc. Or, on a globalement de moins en moins de neige. On est donc inquiet pour cette espèce de pouvoir faire réellement quelque chose.”

Ses zones les plus caractéristiques sont principalement les Hautes-Pyrénées, notamment dans le secteur du Néouvielle, haute vallée de Gèdre, Gavarnie, massif du Pic du Midi d’Ossau côté chaîne, hauts cirques et crêtes. “On en compte sans doute au moins 10 000 individus mais ceux-ci sont difficiles à compter. Et les populations sont en train de chuter”, ajoute-t-il.

Ariège, Aude, Pyrénées-Orientales

Mais aussi en Haute-Garonne dans les hauts massifs frontaliers, notamment autour du Luchonnais. Ou en Ariège, du côté de Mont-Valier, Couserans, Haute-Ariège, massif du Quérigut, Orlu et Donezan. Et, enfin, dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales dans des secteurs les plus élevés du Madres-Coronat, Capcir, Carlit et haute Cerdagne. Deux exemples sont particulièrement documentés en Ariège sont le massif de Laurenti-Quérigut et la vallée d’Orlu, où le lagopède est signalé dans les secteurs subalpins et alpins.

On ne compte que les mâles grand tétras et ils sont au nombre de quelque 3 500 dans les Pyrénées et à peine quelques dizaines d’individus dans les Alpes, Vosges, Jura, des populations en chute chaque année”

Image d’illustration. Photo RENATE de Pixabay.

En Occitanie, le grand tétras, lui, vit dans les grandes forêts pyrénéennes. Le grand tétras, ou coq de bruyère, occupe un habitat complètement différent : les vieilles forêts montagnardes et subalpines, relativement claires, avec une végétation au sol importante. Dans notre région son aire de répartition pyrénéenne s’étend de l’Ariège jusqu’aux Pyrénées-Orientales, avec une présence particulièrement intéressante dans les secteurs forestiers de l’est de la chaîne. “On ne compte que les mâles et ils sont au nombre de quelque 3 500 dans les Pyrénées et à peine quelques dizaines d’individus dans les Alpes, Vosges, Jura, des populations en chute chaque année”, complète Cédric Marteau.

La Dréal Occitanie indique que l’aire française pyrénéenne va de la vallée de la Soule jusqu’au Canigou et que les populations sont particulièrement connectées dans la moitié orientale, notamment Conflent, Cerdagne et certains cols ariégeois.

Olivier SCHLAMA

À lire également sur Dis-Leur !

Aigoual : Deux nouveaux gypaètes barbus relâchés dans le parc national des Cévennes

La LPO confirme le déclin : Nos jardins, ultimes refuges de nos oiseaux en hiver