Ventus et Ventalon, deux gypaétons âgés de 89 et 88 jours, ont été relâchés dans cette nature protégée. Un tout premier lâcher avait eu lieu il y a un mois : Valat et Viatge qui se portent bien. Ils font tous partie d’un programme de réintroduction européen. Président de la LPO, Allain Bougrain-Dubourg confie : “Ces lâchers incarnent la réussite d’un engagement improbable.”
Une escadrille ! Deux nouveaux gypaètes barbus ont été lâchés sur le massif de l’Aigoual. Ce relâcher a eu lieu après un premier lâcher de deux gypaètons au Roc du Salidou, à Dourbies, il y a un mois, le 13 mai dernier, dans le Parc national des Cévennes. Deux autres oiseaux de cette espèces ont été livrés à leur liberté le 9 juin entre les falaises gardoises de l’Aigoual. Baptisés Ventus et Ventalon, ces poussins portent à quatre le nombre de gypaètons libérés cette année. Pour célébrer ces lâchers, un événement est organisé le 27 juin à Dourbies.
Président de la LPO, Allain Bougrain-Dubourg confie : “Ces lâchers incarnent la réussite d’un engagement improbable : la protection des grands rapaces qui ont été malmenés, empoisonnés, torturés et abattus. Et, aujourd’hui, alors qu’il restait une poignée de gypaètes barbus dans les Pyrénées, nous avons recensé 85 couples répartis en France. Et nous espérons réaliser un couloir aérien entre les Pyrénées, les Cévennes et les Alpes ; de sorte que l’on retrouvera ces oiseaux dans toute cette zone sans qu’il y ait de ruptures.” Allain Bougrain-Dubourg souligne que ces vautours qui se nourrissent d’os, “illustrent la réussite d’une cohabitation heureuse entre naturalistes et éleveurs. Alors que souvent les relations sont tendues, là au contraire. Et économiquement c’est intéressant pour les éleveurs. Chacun y trouve son compte. On en revient aux fondamentaux de la nature”.
Bagués, des plumes décolorées pour les reconnaître…

En provenance du centre animalier de Pairi Daiza, en Belgique, et du Puy du Fou, les deux poussins – un mâle et une femelle (sexe en attente de confirmation pour cette dernière) –, âgés de 89 et 88 jours et baptisés Ventus et Ventalon, ont été déposés sur une vire rocheuse protégée dans les falaises du Roc du Salidou, sur la commune de Dourbies, dans le Parc national. La vire abritait jusqu’alors un mâle et une femelle, Valat et Viatge, lâchés le 13 mai dernier et dont l’envol était imminent. “C’est une question de jours pour la femelle”, confie-t-on au parc.
Comme pour les autres oiseaux, Ventus et Ventalon ont été bagués pour permettre leur identification sur des sites d’alimentation, et certaines de leurs plumes ont été décolorées afin de les identifier en vol. Ils ont également été équipés de balises GPS afin d’assurer leur suivi après leur envol, qui n’interviendra que dans environ un mois.
Dans le cadre d’un programme européen
En attendant, une équipe attentive surveille les nouveaux arrivés et leur évolution au quotidien. Depuis cette année, le Roc du Salidou, propriété du conseil départemental du Gard et classé espace naturel sensible (ENS), accueille de jeunes gypaètes barbus dans le cadre du programme européen de réintroduction de cette espèce dans le sud du Massif central. Jusqu’alors, les gypaètons étaient libérés alternativement en Lozère et en Aveyron.
Le 13 mai, il y a un peu plus d’un mois, c’était la première fois qu’un lâcher de gypaètes barbus avait été réalisé dans le massif de l’Aigoual. Ce site s’ajoute à ceux de Lozère et d’Aveyron où des lâchers ont lieu alternativement depuis 14 ans dans le cadre de programmes européens de conservation Life (Gypconnect et GYP’ACT).
Depuis 2012, ce sont ainsi 47 jeunes gypaètes barbus qui ont été réintroduits dans les Grands Causses. Depuis 2015, les programmes européens Life Gypconnect et Gyp’ACT permettent de mener ces opérations qui ont pour objectif de renforcer la population française de gypaètes barbus, grâce à des lâchers réalisés dans la Drôme et le sud du Massif central et de favoriser les mouvements d’oiseaux entre les Alpes et les Pyrénées.
Multiples menaces à leur survie

Poison, ligne électriques, activités humaines, insuffisance de ressources alimentaires (cadavres d’ongulés sauvages, comme les mouflons, par exemple) et perte de leurs habitats sont des menaces importantes à leur survie. Comme les survols aériens. Au niveau mondial, le gypaète barbu, surnommé le “casseur d’os”, en raison de sa manière de briser les os d’animaux morts dont ils se nourrissent, est inscrit sur la liste rouge mondiale de l’UICN ; l’espèce a été classée “vulnérable”, sur la liste rouge européenne de l’UICN (évaluation 2015).
En France, elle est en “danger” et, enfin en “danger critique” en Languedoc-Roussillon. En 2019 en France, il y avait 43 couples territoriaux dans les Pyrénées, 5 couples en Corse, et 18 dans les Alpes. Soit un total de 66 couples. Deux programmes de réintroduction dans le Vercors et dans les Grands Causses été mis en place en 2010 et 2012 pour relier les populations alpines et Pyrénéennes.
Une journée avec les gypaètes
Afin de célébrer ces quatre lâchers et de sensibiliser les habitants de l’Aigoual à la présence de ces grands rapaces sur leur territoire, la LPO, le Parc national, le conseil départemental du Gard et la commune de Dourbies organisent l’événement Une journée avec les gypaètes, qui se déroulera le samedi 27 juin, de 9 h 30 à 19 h, à Dourbies. Au programme : observations des oiseaux, rencontres avec des spécialistes, balade découverte animée, projections de films et jeu de piste.
Espèce protégée, le vautour fait partie d’un programme de réintroduction en France et notamment dans le cadre d’un partenariat entre la LPO, le Parc national des Cévennes et le Parc naturel régional des Grands Causses. Depuis 2012, ce sont ainsi 47 jeunes gypaètes qui ont été libérés dans les Grands Causses !
Olivier SCHLAMA