Culture : 48 M€ investis, 3 M€ par an : “L’avenir du domaine héraultais de Bayssan compromis”

Domaine de Bayssan. Ph. CRC Occitanie

(Article modifié à 12h30 avec la réponse de Kléber Mesquida). La chambre régionale des compte juge sévèrement la gestion de cet outil culturel du département qui dans le même temps coupe dans les autres dépenses culturelles du territoire. “Un audit est en cours pour actualiser cette stratégie à la lumière des aménagements actuels et du contexte financier”, a répondu le président Mesquida.

Un rapport au vitriol. D’un côté, un équipement culturel départemental ambitieux, le domaine de Bayssan, qui a été rénové dès 2021 pour 48 M€ qui, selon la chambre régionale des comptes est peu fréquenté, qui a du mal à rayonner au-delà de Béziers ; de l’autre, un budget culturel amputé de 26 %, fragilisant tout l’écosystème culturel du département de l’Hérault. Subissant une crise budgétaire de plus de 100 M€, cette collectivité a supprimé ou réduit ses subvention à la culture auprès des théâtres, scènes, festivals… Le budget départemental de la culture étant ainsi passé de 12,4 M€ à 9,1 M€.

Médiathèque, parc arboré, espaces de réunion…

La CRC qui contrôle le bon usage de l’argent public a proprement épinglé la gestion par le département de cet outil basé près de Béziers et dont la vocation affichée “est de promouvoir une culture accessible à tous. Hérault Culture propose, sur le domaine départemental de Bayssan, une offre artistique portant sur les disciplines du théâtre, de la musique, de la danse et du cirque. Le domaine accueille aussi la médiathèque départementale de l’ouest héraultais, un restaurant, une résidence d’artistes, des espaces de réunions ou de spectacles, et dispose d’un parc arboré et d’une vaste aire de jeux.

Le Domaine départemental de Bayssan, qui couvre environ 55 hectares, composé d’un parc arboré autour d’un patrimoine bâti historique et de sa chapelle désacralisée. Acquis par le département en 1986, il accueille différentes installations départementales.

48 M€ investis entre 2019 et 2025

Le département y a engagé d’importants travaux achevés en 2021 (1) : construction d’un amphithéâtre, d’un théâtre, d’un restaurant attenant et la réhabilitation des bâtiments historiques. Une seconde phase concernant des infrastructures de loisirs a été suspendue en partie pour raison budgétaire. “La collectivité a consacré près de 48 M€ d’investissement au Domaine de Bayssan entre 2019 et 2025, et ses dépenses de fonctionnement pèsent sur les finances du département pour près de 3 M€ par an”, expliquent les magistrats financiers.

“Un outil culturel sous employé au rayonnement limité”

Des magistrats qui constatent dans leur rapport  : “Hormis l’année 2021 marquée par les inaugurations des nouvelles infrastructures, l’activité artistique est faible et en baisse. La fréquentation annuelle reste en deçà des 20 000 spectateurs et le nombre de représentations a progressivement diminué. Si les ratios d’activité font état de taux de remplissage honorables au regard des plafonds définis, la fréquentation n’est pas à la hauteur des ambitions malgré une tarification accessible et un site agrandi et modernisé. Bien que quelques partenariats aient été noués avec d’autres établissements, l’attractivité est limitée par la concurrence. Enfin, des évènements comme les symposiums de marbre, au-delà des irrégularités relevées, sont emblématiques d’un manque de clarté sur les objectifs attendus.

“Le modèle économique du Domaine de Bayssan apparaît compromis s’il n’évolue pas”

Conclusion de ce rapport, “un avenir compromis si le modèle économique n’évolue pas”, tranche la CRC. Les magistrats ajoutent : “Malgré une diminution de la subvention, le résultat de l’établissement reste à l’équilibre, mais c’est essentiellement en raison de réserves financières accumulées pendant la crise sanitaire. Si des efforts sont aujourd’hui consentis pour maîtriser les dépenses, ils portent surtout sur les coûts artistiques, c’est-à-dire les dépenses afférentes à la raison d’être de l’établissement, alors même que leur part était déjà relativement limitée dans le budget global. Avec des charges fixes lourdes, une offre artistique en baisse et une fréquentation faible, le modèle économique du Domaine de Bayssan apparaît compromis s’il n’évolue pas.”

“Définir une stratégie”

Domaine de Bayssan. Ph. CRC Occitanie

Et en guise de conclusion : il faudrait, évoque la chambre, il faut “définir une stratégie visant à développer l’activité” et “améliorer la qualité de son information en comptabilisant les dépenses liées à son établissement culturel”. Car on comptait 21 800 spectateurs en 2021 contre 10 500 en 2025. Les représentations ? 228 il y a cinq ans contre 94 l’an dernier.

“Audit est en cours pour actualiser la stratégie à la lumière des aménagements actuels et du contexte financier”

Service de lecture, aires de jeux, blocs e marbre, dans ses deux réponses officielles à la CRC, le président du département de l’Hérault, Kléber Mesquida, n’a pas répondu sur le fond. S’agissant des recommandations de la chambre, il a annoncé que “la réflexion stratégique d’ensemble relative au fonctionnement du Domaine départemental de Bayssan a été conduite en 2021 avec un périmètre beaucoup plus large (aquarium, dôme, jardins…) Un audit est en cours pour actualiser cette stratégie à la lumière des aménagements actuels et du contexte financier de la collectivité départementale”.

Olivier SCHLAMA

(1) Depuis 2021, le Domaine départemental de Bayssan comprend désormais le théâtre couvert Michel Galabru (plus de 400 places assises ou près de 1 000 personnes en concert), l’amphithéâtre semi-couvert Claude Nougaro (1 444 places assises), avec des équipements scéniques associés haut de gamme, la Villa David pour l’accueil d’artistes en résidence, l’Espace Hervé Di Rosa pour les expositions temporaires, la chapelle Saint Félix du XIIe siècle dont l’utilisation est polyvalente, un bâtiment-chapiteau pour la restauration, le bar et la billetterie, un bâtiment d’accueil (dit “l’ancienne billetterie”), la Cour Georges Brassens qui permet d’accueillir des concerts, un jardin, une aire de jeux, un parcours sportif, des bureaux, des salles de réunions et un parc de stationnement.

La réponse de Kléber Mesquida

Contacté, Kléber Mesquida nous a répondu par communiqué dont nous reproduisons de larges extraits, réaffirmant que “la culture est une composante essentielle des solidarités humaines et territoriales. Elle nourrit le lien social et constitue un ferment de citoyenneté dans nos communes (…) L’ambition du Département est de briser les barrières géographiques et financières pour amener le spectacle vivant sur l’ensemble du territoire, et vers tous les publics, y compris les plus jeunes et les personnes éloignées de l’offre culturelle (…)”

Ainsi, énumère-t-il, “malgré la situation financière contrainte, l’animation du site se veut vivante et dynamique avec, en 2026,  60 spectacles programmés en 2026, 25 spectacles pour la saison culturelle, 3 festivals : Jazz à Bayssan : 7 concerts, des conférences et rencontres, Les Nuits de Bayssan : 21 concerts et spectacles, Hérault Hérault Patapon : 7 spectacles jeunes publics 160 journées d’évènements (Colloques, soirées d’entreprises, séminaires, formations), 2 936 scolaires accueillis dans les projets de médiation et les spectacles, une création Culture et Solidarité mise en scène par Blutack Théâtre rassemblant des collégiens, des personnes en situation de handicap, des personnes âgées, une école de musique

Kléber Mesquida s’inscrit en faux s’agissant, selon la CRC, qu’il n’y “aurait pas de projet et d’axes stratégiques”. Ajoutant : “C’est un lieu culturel pour les familles avec des propositions artistiques pour tous” ; que “des productions nationales et internationales accueillies depuis 2024.”

Dans sa longue réponse, le président Mesquida dit : “Le Département l’affirme, la culture pour tous demeure une volonté politique forte et ce sur l’ensemble du territoire. Un choix confirmé par l’équilibre des orientations budgétaires avec 4,4 M€ alloués à la Métropole de Montpellier pour le fonctionnement et les festivals du Domaine d’O. 545 000 € sont alloués aux lieux de diffusion et acteurs culturels dans le Département dont le Centre dramatique national des 13 Vents, la Scène Nationale de Sète, les Scènes conventionnées de la Cigalière, du Sillon, du Somnambule, de l’Albarède… 350 000 € pour le fonctionnement des écoles de musique de l’Hérault. 2 M€ pour le fonctionnement de la Scène de Bayssan. 200 000 € de projets culturels conduits par le Département vers les collégiens, les personnes en situation de handicap, les résidents en EHPAD, les MECS et le foyer de l’enfance. Un budget 2026 maintenu sur le département à hauteur de 8,8 M€.”