Théâtre, manga, peintures, langues vivantes… C’est l’un de ces rares lieux hybrides qui font société, comme l’explique Nicolas Lebourg, président de l’association Partage de Co. Jérôme Vilacèque, l’hôte de ce laboratoire culturel, explique comment cette coproduction avec des artistes et intervenants peut être un beau projet.
Rue Jules-Vernes, à Perpignan, le Nautilus nous embarque vers un nouveau territoire en lançant une flopée d’ateliers hebdomadaires. Au nombre de 55, ils sont ouverts à tout un chacun. Le Nautilus, c’est un lieu, un tiers-lieu, différent implanté dans la capitale catalane. On s’y pressait jusque-là pour un concert parfois alternatif, un spectacle, des résidences d’artistes. Désormais, dès le 5 octobre, ses salles s’animeront de propositions encadrées d’une vingtaine de professionnels, artistes et autres intervenants de nombreuses disciplines. selon quatre grands thèmes : créer, apprendre jouer, bouger.
théâtre d’improvisation, préparation aux écoles d’arts créatifs, peinture, BD, manga…

“C’est un lieu hybride entre une société purement commerciale et une oeuvre sociale gratuite, c’est entre les deux. On a besoin d’un modèle économique et en même temps on propose des activités d’intérêt général”, définit Jérôme Vilacèque, propriétaire de ce tiers-lieu qui évoque in fine une volonté de “gouvernance collective”. Les ateliers, payants, qu’il lance cette année sont multiples ; théâtre d’improvisation, préparation aux écoles d’arts créatifs, peinture, BD, manga, modelage et poterie et calligraphie orientale et calligraphie et peinture chinoise, écriture littéraire, catalan. Il y a aussi du théâtre, du rap, yoga, pilate, self défense féminine, arabe littéraire, chinois, italien, informatique, IA !
Incubateur d’agitation culturelle, de vie associative
Président de l’association Partage de Co (issue de l’expression des jeunes sur le partage de connexion sur le net), présidant aux destinées du Nautilus (portes ouvertes, rue Jules-Verne ce dimanche, de 11 heures à 17 heures), Nicolas Lebourg explique que ce tiers-lieu suscite un intérêt croissant parce qu’à Perpignan “c’est quelque chose qui n’a jamais existé ici. C’est une espèce d’incubateur d’agitation culturelle, de vie associative, d’esprit qui vise à fédérer un maximum d’associations pour leur donner les moyens de s’exprimer”.
On nous explique à longueur de temps que la société française est fragmentée, qu’elle va mal, on va justement avec ça créer du lien”
Nicolas Lebourg
Ce chercheur en sciences politiques complète : “C’est fondamental aujourd’hui, y compris vis-à-vis des difficultés du monde associatif.” Une façon de mieux vivre ensemble. “C’est à la fois une zone d’agitation et d’expérimentation culturelles – il y a eu sur ce site énormément de concerts avec des groupes très pointus, un peu underground – et il y a vraiment cette volonté d’aider cette vie associative à se faire. Cette saison, il y aura 55 ateliers ! Si on s’intéresse à quelque chose, à peu près dans tous les domaines, il y aura sur place des ressources pour vous satisfaire.”

De la politique, au sens noble du terme. “C’est vouloir changer modestement la vie au pas de sa porte”, comme le font les tiers-lieux en général, comme Dis-Leur vous l’avait expliqué ICI. Si tu veux faire de la peinture, dit encore Nicolas Lebourg, c’est possible et pour pas cher, par exemple ; de musique pointue, c’est aussi possible pas trop cher non plus avec une musique que tu n’entends pas à la radio… On nous explique à longueur de temps que la société française est fragmentée, qu’elle va mal, on va justement avec ça créer du lien.”
Des tiers-lieux souvent culturels
Ni théâtre, ni MJC mais tiers-lieu. Comme au P’tit Denfert, à Sète, habité par la qualité de ses créations, ces espaces hybrides, qui élaborent des solutions collectives, ont leurs fidèles, de plus en plus nombreux. On en comptait 388 en Occitanie et 3 500 dans l’Hexagone, soit un millier de plus en deux ans ! Dont la plus grande partie proposent une programmation culturelle.
“Dépasser une consommation passive et devenir acteur de sa vie”

De son côté, le directeur, Jérôme Vilacèque exprime : “Ce lieu hybride correspond à ma façon de voir les choses. J’ai grandi avec un père exploitant agricole, hors du cadre de l’agriculture traditionnelle : il élevait du gibier. Ma mère était infirmière libérale. Deux professions qui ont du sens. Je fonctionne depuis 30 ans sur l’accompagnement à la création artistique. Ce lieu est un laboratoire pour que des gens présentent leur travail, qu’il y ait de la créativité. Il y a une volonté de dépasser une consommation passive et devenir acteur de sa vie.”
“En réflexion pour trouver notre modèle économique”
Ancienne discothèque emblématique de Perpignan, le Nautilus, qui s’étale sur deux espaces, un rez-de-chaussée, avec une salle isolée phoniquement, une scène équipée, et un premier étage, entame sa 2e saison, sans doute la plus importante. La première saison, le tiers-lieu de 400 m2 a reçu 15 000 personnes, plus de 180 formations musicales et rien qu’en mai 47 concerts.
Pour la seconde saison, la commission de sécurité n’a pas validé l’ouverture pour des manquements. Et le Nautilus a dû fermer durant six mois, arrêté municipal oblige. La saison dernière a été celle de la “réflexion et de trouver notre modèle économique”, explique Jérôme Vilacèque. “J’ai acheté ce lieu avec une jauge de 200 personnes. Je suis par ailleurs à la tête d’une entreprise spécialisée dans les tracts et les affiches pour des structures culturelles locales ; j’ai créé un magazine culturel, le Petit Agenda. Cela a été la garantie auprès des banques pour acheter le Nautilus il y a quatre ans, 240 000 € dont 100 000 € de travaux.”
“On peut organiser un événement au pied levé dans ce lieu très fonctionnel”

Économiquement, avec quelques aides publiques bienvenues pour lancer le projet, il peut tenir la route : “Le lieu est très fonctionnel ; on est sur une jauge à 200 personnes et on peut au pied levé organiser un événement en une journée. Nous accueillons déjà énormément d’artistes internationaux qui sont dans une tournée européenne (60 la première année). On peut en héberger en AirBnB. On s’adresse aussi aux artistes locaux sans juger de leur travail.” Il ajoute : “Nous travaillons aussi sur les échanges régionaux : des artistes de Perpignan accueillent leurs homologues de Montpellier, Toulouse ou Barcelone et Gerone. Et ces derniers accueillent aussi nos artistes de Perpignan. Ce sont des échanges régionaux.”
“On est allés voir des porteurs de projets qui ont du sens en leur proposant de les accueillir”
Jérôme Vilacèque poursuit : “On était mal partis ; on avait répondu à un appel à projets tiers-lieu culturel du conseil départemental. Tout était au vert ; on avait un financement de l’Airdie, France active… Au final au département ils ont reculé (même si on bénéficie aujourd’hui d’une aide de 3 000 € après la visite de la présidente) en disant que l’association n’est pas propriétaire des murs mais le porteur du projet, moi. Qu’il y avait conflit d’intérêt. Et ça a capoté sur ce problème administratif. On a donc ouvert sans trésorerie ni financement. On s’est lors positionné sur de la coproduction : on est allés voir des porteurs de projets qui ont du sens en leur proposant de les accueillir : que des groupes de musiques actuelles, pas de reprises. On leur a dit que l’on coproduisait en prenant les entrées, un pourcentage, un forfait de location…”
Et, enfin : “J’avais déjà une vision précise de ce que je voulais faire il y a cinq ans. On avait d’abord investi une ancienne cave coopérative dans une commune proche pour un premier projet. On a monté un événement et ensuite cette mairie s’était approprié le projet…”
Olivier SCHLAMA
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