Toulouse/Montpellier : « Des ambitions encourageantes » contre la pollution automobile

Le tramway de Montpellier. "L'une des pistes sur laquelle nous mettons l'accent c'est le développement des transports collectifs comme la création d'un service de RER métropolitain, une sorte de TER très cadencé comme en région parisienne pour relier la ville centre et les villes alentours. Nous mettons aussi l'accent sur le développement des infrastructures pour le vélo en ville", selon le Réseau action climat. Photo : DR.

Parmi les douze plus grandes agglomérations françaises auscultées par le Réseau action climat avec l’Unicef et Greenpeace, Toulouse et Montpellier ont des ambitions « positives ». Parmi les améliorations à apporter, il faudrait baisser la place de la voiture en ville. Ailleurs, en France, les grandes villes, notamment celles tenues par des maires écolos, se distinguent souvent positivement.

S’il s’agissait de la mention sur un bulletin scolaire, le professeur d’histoire qu’est Michaël Delafosse aurait sans doute un : « C’est bien. À confirmer… » Depuis son arrivée comme maire de Montpellier, 7e ville de France, en juin dernier, le socialiste Michaël Delafosse a entrepris « des choses positives et des alternatives intéressantes pour lutter contre la pollution automobile mais là où le bât blesse c’est sur la réduction de la place de la voiture dans la ville : la nouvelle majorité poursuit les projets routiers d’envergure comme le Lien (Liaison intercantonale d’évitement nord) ; ce qui accentue les flux et donc la pollution », explique Valentin Desfontaines du Réseau action climat (RAC), une fédération d’ONG très influente au niveau français et international et qui a décidé de publier un palmarès sur les ambitions des nouveaux exécutifs dans les douze plus grandes agglomérations françaises.

« Les deux capitales d’Occitanie ont des positions assez similaires sur ce sujet… »

Le 6 juin 2018, des masques anti-pollution sur le visage des Trois Grâces : ce 5 juin, journée mondiale de l’environnement, deux militants d’EELV ( Coralie Mantion et Christian Dupraz) avaient escaladé la statue des Trois Grâces, à Montpellier, pour leur mettre des masques anti-pollution.

Ce classement s’est construit avec l’Unicef et Greenpeace alors que les maires et présidents de ces zones urbaines concernées ne l’ont pas encore eu en mains. La Rac a pour élaborer ce palmarès procédé à l’examen approfondi des programmes des candidats aux municipales de MontpellierToulouse, Lille, Grenoble, Bordeaux, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Paris, Rennes et Strasbourg. Un palmarès d’autant plus intéressant que de plusieurs maires de ces grandes villes ou présidents de leur agglomération sont issus du parti écologiste EELV, comme Grenoble, Bordeaux, Lyon ou Marseille.

Zones à faibles émissions, 30 km/h, aides à l’achat de véhicules peu polluants, quelle place pour le vélo…

Dans ce palmarès que nous avons pu consulter, le Réseau action climat porte le même jugement sur les copies de Montpellier et de Toulouse, 7e et 4e ville de France. « Les deux capitales d’Occitanie ont des positions assez similaires sur ce sujet », confirme Valentin Desfontaines, du Rac. Ce dernier ajoute avoir pour chacune de ces 12 agglomérations les quatre mêmes thèmes comme : y a-t-il une ambition de créer une zone à faibles émissions visant la sortie du Diesel en 2025 puis en 2030 ? Va-t-on vers la généralisation de la baisse de la vitesse en ville à 30 km/h en abandonnant tout nouveau projet de nouvelle infrastructure routière ?

Vignette Critair. DR.

Troisième thème : Y aura-t-il des aides pour tous pour louer ou acheter des véhicules à très faibles émissions ou, à défaut, le report vers d’autres moyens de transports plus écologiques que le véhicule individuel ? Enfin, en matière de politique en faveur du vélo, la demande du Rac est que la collectivité investisse au moins 25 € par habitant. Avec la mise en oeuvre de « tous les leviers d’un système vélo performant (apprentissage, service de location diversifié, stationnements sécurisés, ateliers de réparation, intermodalité avec d’autres moyens de transport). »

À la lumière de ces programmes, le Rac évalue donc « la dynamique de Montpellier en matière de développement des transports collectifs et actifs globalement encourageante. Elle devrait également bénéficier aux enfants puisqu’il est prévu d’aménager des rues scolaires de façon temporaire ou pérenne. Toutefois, le retard pris sur la réduction de la place de la voiture risque de s’accentuer avec la réalisation de plusieurs nouveaux projets routiers. Enfin, si Montpellier travaille actuellement sur la mise en place d’une zone à faibles émissions, un calendrier de sortie progressive du Diesel puis de l’essence n’est pour le moment pas envisagé ».

Toulouse : des points positifs mais…

La future station CHU du futur téléphérique de Toulouse. Photo : Groupement POMA / Architectes-urbanistes : SEQUENCES / Images : Les Yeux Carrés.

De la même manière, « plusieurs éléments encourageants sont à noter à
Toulouse : généralisation de la baisse des vitesses à 30 km/h, augmentation du budget en faveur du vélo, développement des transports en commun. Néanmoins, la dynamique globale est freinée par l’absence d’une politique de réduction de l’emprise de la voiture. Plusieurs projets d’extension de capacité routière sont en effet soutenus par la municipalité : contournement Ouest et construction d’un nouvel échangeur à la Cité de l’Espace. L’instauration prochaine d’une zone à faibles émissions concernant à la fois les véhicules professionnels et particuliers mérite d’être soulignée même si aucun calendrier de sortie progressive du Diesel puis de l’essence n’a pour le moment été envisagé. La santé des enfants reste aussi insuffisamment prise en compte avec une absence de propositions concernant les rues scolaires ».

Marseille part de loin mais s’inscrit dans une dynamique positive

Barbara Pompili. La ministre de la Transition écologique a annoncé la prolongation du coup de pouce de 50 €. DR.

Les ambitions des maires écolos des grandes villes de l’Hexagone sont, par ailleurs, elles aussi remarquables, juge le rapport du Rac. C’est le cas à Bordeaux soulignant un « programme ambitieux en faveur du vélo et des baisses de vitesse de circulation… » À Grenoble, la lune de miel entre son maire, Eric Piolle, possible candidat à l’Elysée en 2022, s’éternise. Le Rac soulignant que « Grenoble est la seule ville à s’être engagée à pietonniser l’ensemble des écoles élémentaires et maternelles (…) La zone à faibles émissions est déjà en place pour les poids lourds et les utilitaires légers (…) avec un objectif de sortie progressive du Diesel et de l’essence d’ici 2030… »

Le nouveau président du Grand Lyon, Bruno Bernard, lui aussi écolo, se voit également décerner des bons points avec une « dynamique globalement positive (…) L’abandon du projet autoroutier de l’Anneau des Sciences et la généralisation de la baisse de vitesse à 30 km/h devraient permettre de réduire l’emprise de la voiture. » Idem pour la prise en compte de la santé des enfants ou le développement du vélo. Marseille, elle, part de loin en la matière. Il y a beaucoup à faire mais les ambitions de la nouvelle maire, Michèle Rubirola (EELV), ont éveillé l’intérêt des spécialistes du Rac, remarquant là aussi une « dynamique positive avec la baisse de la vitesse à 30 km/h ou l’arrêt des travaux du Boulevard Urbain Sud ». Paris est aussi aux yeux du réseau action climat la capitale dans la lutte contre la pollution de l’air, même s’il y a des améliorations à apporter.

Il faut développer des transports collectifs comme une sorte de TER très cadencé comme en région parisienne ; nous mettons aussi l’accent sur le développement des infrastructures pour le vélo »

Valentin Desfontaines. Le responsable mobilités au RAC
Valentin Desfontaines. DR.

Que faudrait-il faire pour davantage lutter contre la pollution due aux voitures ? « L’une des pistes sur laquelle nous mettons l’accent c’est le développement des transports collectifs comme la création d’un service de RER métropolitain, une sorte de TER très cadencé comme en région parisienne pour relier la ville centre et les villes alentours. Nous mettons aussi l’accent sur le développement des infrastructures pour le vélo en ville », ajoute Valentin Desfontaines. Le responsable mobilités au RAC précise : « Attention, nous ne sous sommes intéressés qu’aux ambitions de ces nouveaux exécutifs. C’est un tout premier constat. Ce n’est en aucun cas le jugement de leurs actions mais juste leurs nouvelles orientations à poursuivre. Nous regarderons, dans notre suivi, les reculs ou, nous l’espérons, les améliorations. »

Le Rac se dit « consciente qu’une partie des décisions attendues en matière de lute contre la pollution de l’air liée au transport routier ne relève pas uniquement des maires des villes-centre mais sera débattue à l’échelon métropolitain. Néanmoins, la ville-centre endosse généralement une responsabilité particulière (…) »

Olivier SCHLAMA

Métropole de Toulouse : « La réduction de la place de la voiture est engagée… »

François Chollet, vice-président de la Métropole chargé de l’écologie, du développement durable et de la transition écologique enregistre les bons points donnés par le Réseau action climat et apporte des éléments sur les points à améliorer.

Sur les point sinon négatifs mais à améliorer, l’élu n’est pas d’accord avec la vision du Rac sur la place encore trop importante de la voiture en ville : « La réduction de la place de la voiture est largement engagée, dit François Chollet. Nous sommes en train de généraliser la zone 30 km/h dans toute la ville et dans l’hyper-centre, nous installons une zone 20 km/h, ce qui signifie que la voiture n’y est plus prioritaire. C’est les piétons qui le sont. »

« Nous n’avons que des projets ponctuels visant justement à fluidifier la circulation automobile et donc faire baisser la pollution ! »

François Chollet, vice-président de la Métropole de Toulouse chargé de la Transition écologique. Ph. Bernard Aïach.

François Chollet ajoute qu’il y a « une vraie politique en faveur du vélo par exemple avec cette aide qui va jusqu’à 600 € d’aide que ce soit pour acheter un vélo neuf ou d’ovcasion avec ou sans assistance électrique, simple, ou cargo, etc. Et ce pour les habitants des 37 communes de la métropole. Nous venons de le voter le 15 octobre et, déjà, c’est un vrai succès. » Il poursuit : « Presque toutes les pistes cyclables que nous avons installées pendant le premier confinement sont pérennisées. »

Les critiques du réseau action climat sur les grandes infrastructures routières, notamment le contournement Ouest et construction d’un nouvel échangeur à la Cité de l’Espace ? « Nous n’avons que des projets ponctuels visant justement à fluidifier la circulation automobile et donc faire baisser la pollution ! » Contrairement à ce qu’affirme le Rac, « nous sommes en train de mettre en place une zone à faibles émissions. Elle sera votée le 17 décembre en conseil métropoplitain pour une application au cours du premier semestre 2021″, confie le vice-président de la Métropole toulousaine, ajoutant : « La lutte contre la pollution n’est pas une question d’étiquette politique mais de conviction. »

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