Romanité : Narbo Via, plus qu’un musée, un voyage dans le temps

Fresque au Génie et détail de la Fresque au génie, provenant du triclinium de la maison à portique du Cos de la Lombarde (IIe siècle) . photo©Arnaud SPäNI

En faisant (re)découvrir la cité antique de Narbo Martius et la vitalité de la recherche sur ce territoire, l’ambition de la Région Occitanie est de proposer un lieu de référence majeur sur la culture romaine dans le Sud de la France, complétant ainsi l’important réseau qui passe par le musée de la Romanité à Nîmes, le Pont du Gard et le musée Arles Antique... Sans oublier la Via Domitia !

« Narbo Via, par la qualité de ses collections et par le projet qu’il porte, est une fierté régionale qui va accroître la visibilité, l’attractivité et le rayonnement de notre destination », souligne Carole Delga (Présidente de l’EPCC Narbo Via, Présidente de la Région Occitanie Pyrénées – Méditerranée).

« Stimuler la curiosité des visteurs »

Le musée ouvrira ses portes en décembre 2020… Photo ©Nigel YOUNG

Conçu par l’architecte Norman Foster et construit par la Région Occitanie (*), Narbo Via présentera, sur plus de 3000 m² d’espaces d’exposition, une collection exceptionnelle de plus de 6000 pièces dont près de 800 fragments de monuments funéraires exposés dans un immense mur modulable.

Véritable colonne vertébrale du bâtiment, un mur monumental composé de 760 blocs de pierre, issus pour la plupart des  nécropoles romaines de la ville antique, ouvre le parcours des collections. Réserve ouverte et modulable, grâce à un dispositif automatisé inédit dans un musée, ce mur lapidaire permet de restituer aux visiteurs la mémoire et la monumentalité de la ville romaine.

Les œuvres du parcours de visite permettront d’explorer la cité de Narbo Martius sous tous ses aspects : son organisation sociale, son urbanisme, ses maisons et décors (avec des fresques issues du Clos de la Lombarde, plus belle collection de peintures gallo-romaines hors d’Italie), sa vie économique et portuaire.

De nombreux dispositifs de médiation auront pour objectif de « stimuler la curiosité des visiteurs, avec notamment des restitutions en trois dimensions. » Le musée sera, par ailleurs, un véritable lieu de recherche consacré à l’archéologie antique. Il constituera aussi un authentique lieu de vie, avec un auditorium, des ateliers, un restaurant, une boutique et des jardins.

Redécouvrir l’époque « prospère et fascinante » de La Narbonnaise

Les sites archéologiques de l’Horreum, en cœur de ville, et d’Amphoralis à Sallèles
d’Aude, feront également partie de l’établissement public de coopération culturelle Narbo Via. Inauguration de ce nouveau site ? Sans doute en février 2021, mais tout dépendra bien sur de la situation sanitaire à cette date…

Bas-relief au navire avec une femme … une oeuvre à découvrir au musée narbonnais… Image de la prospérité commerciale du port de Narbo Via. Photo © Arnaud SPäNI

Un peu d’Histoire : En 125 avant J-C., les Romains s’emparent du sud de la Gaule et créent une vaste et riche province, La Narbonnaise, qui s’étend des Alpes aux Pyrénées et dont Narbo Martius (aujourd’hui Narbonne) sera la capitale.

C’est à cette époque qu’est construite la célèbre Via Domitia (Voie Domitienne)
reliant Rome à l’Espagne et traversant l’Occitanie. Laconquête de la Gaule s’achève en 51 avant J-C. par la reddition du peuple des cadurques, lors du siège de l’oppidum d’Uxellodunum, situé dans le Lot. La colonisation romaine durera plusieurs siècles et transmettra à la postérité d’innombrables vestiges de cette époque prospère et fascinante.

De l’emblématique Pont du Gard à la luxueuse villa de Montmaurin, de Nîmes, la  Rome française au fabuleux trésor d’Eauze… L’Occitanie est au coeur de ce grand voyage dans le temps. dont Dis-Leur ! vous a déjà conté bien des épisodes (lire notre article)…

Deux bandes dessinées pour découvrir Narbo Martius

Et pour faire mieux connaissance avec la cité de Narbo Martius, deux bandes dessinées récentes. D’abord Quadratura de Chantal Alibert (scénario) et Jean-Claude Golvin (dessin) : Pourquoi des égyptiens adorateurs du dieu Seth ont-ils commandité l’enlèvement de Tulia, la fille de Pyrame, à Narbo-Martius ? Caius, commerçant de cette cité, et son ami Lucius, pourront-ils sauver cette jeune adepte du culte d’Isis ?

Et l’autre, signée Jean Vernat (scé.) et Gilbert Benedicto (dessin), Narbo Martius, la cité disparue… : « Bâtie sur une terrasse pour être soustraite aux eaux de l’Atax (Aude), soumises elles-mêmes aux brusqueries du climat méditerranéen, la ville a néanmoins su jouer de cette artère fluviale pour organiser un commerce maritime fructueux (…) et connaître alors une prospérité économique sans pareille en même temps q’une vaste autorité politique… jusqu’à l’ensablement de ceux-ci sous l’afflux de dépôts alluvionnaires… »

Philippe MOURET

(*) La réalisation du bâtiment est portée par l’agence internationale Foster+Partners, associée au studio Adrien Gardère pour la muséographie et à l’architecte d’opération nîmois Jean Capia. L’architecture du lieu allie simplicité et innovation. Les différentes façades du bâtiment sont, en effet, construites selon une technique inspirée du béton Sirewall, inédite en France. Constitué de couches horizontales, obtenues à partir de terres locales, ce béton rappelle la stratigraphie en archéologie, faisant ainsi du musée un trait d’union entre le passé et le présent. La structure épurée et profondément moderne du bâtiment est, par ailleurs, synonyme de modularité des espaces, d’économie de fonctionnement, assurant au site une durabilité optimale.

Sites et monuments d’Occitanie

Les arènes de Nîmes, vues du ciel… Photo © Ville de NIMES

Les romains, en colonisant la Gaule, ont profondément influencé les urbanisations existantes ou ont fondé des villes calquées sur un modèle unique : des rues à angle droit avec 2 axes principaux (le cardo maximus et le decumanus maximus se croisant au niveau d’une place centrale, le forum, bordé de temples), des thermes pour l’hygiène et le bien-être, un théâtre, des arènes (amphithéâtre) pour les loisirs, des sanctuaires, des remparts et, en périphérie, une/des nécropole(s)…

Aujourd’hui les vestiges peuvent être spectaculaires comme à Nîmes ou plus discrets et révélés à la faveur de fouilles, de constructions d’immeubles ou de parkings souterrains. Souvent, les monuments antiques ont été démantelés et leurs pierres réutilisées dans la construction d’autres bâtiments plus récents. Ils servaient alors de carrières.

A cette époque, les populations des principales villes de la région étaient estimées à quelques dizaines de milliers d’habitants tout au plus : Narbonne (Narbo Martius) 35.000 habitants, Nîmes (Nemausus)25.000 habitants, Toulouse (Tolosa) 20.000 habitants, Cahors (Divona cadurcorum) 15.000 habitants, Béziers (Baeterrae), Rodez (Segodunum) de 10 à 15.000 habitants, Saint-Bertrand-de-Comminges (Lugdunum Convenarum) entre 5 et 10.000 habitants.

Retrouver les grands sites antiques d’Occitanie dans notre article.

On vous en a parlé dans Dis-Leur !

Arles, la cité « voisine » à découvrir en BD :

L’association 100Bulles est une micro-édition qui a pour ambition de valoriser le travail de Laurent Sieurac (qui a travaillé sur de nombreux albums chez Soleil : La geste des chevaliers Dragon T6, Les princes d’Arclan, L’assassin RoyalVikings, Les racines de l’ordre noir, Erik le Roue). L’auteur développe pour 100Bulles une série sur l’antiquité Romaine, co-écrite avec un archéologue du Musée Départemental de l’Arles Antique, Alain Genot.

Une image impressionante de la série de bande dessinée « Arelate » par Alain Genot et Laurent Seuriac chez 100 Bulles.

L’action se situe en partie à Arles au premier siècle de notre ère et suit le destin d’un jeune citoyen endetté, colérique et joueur. Sa femme étant enceinte, il n’a d’autre recours que de vendre sa citoyenneté pour devenir gladiateur. A partir ce cette trame de départ les deux auteurs explorent la société romaine, loin des poncifs du genre (ici pas d’Empereur ni de légions conquérantes) afin de restituer au mieux cette période de l’antiquité.

Ils se basent, notamment, sur les plus récentes découvertes archéologiques mais également sur le travail de reconstitution de la troupe Acta (Installée à Beaucaire, dans le Gard et animée par Brice Lopez, spécialiste des combats de gladiature).

La série est articulée sous forme de triptyque abordant des thématique forte dans chaque cycle : Cycle 1 (T1 à 3) : Citoyenneté Romaine et gladiature, Cycle 2 (T4 à 6) Commerce du vin, spéculation immobilière et trafic de fausse monnaie. Cycle 3 (T7…) : Cité de Glanum, Commerce du blé dans l’empire….

Chaque album de 64 pages contient au minimum 46 pages de BD (le tome 7 fera 51 pages de BD) et est complété par un carnet pédagogique rédigé par Mr Genot ainsi que par d’autres archéologues notamment ceux de l’INRAP  ‘Institut national de recherches archéologiques préventives)

Actuellement le tome 7 est proposé en financement participatif sur les plateformes Ulule et KissKissBAnkBank… Une belle idée de cadeau pour Noël, non !?

Ph.-M.