Golf d’Agde précurseur : L’eau recyclée, ça coule de source

Notre technologie à base d'un procédé micro-membranaires, est issue d'une de nos filiales aux USA est devenue un best-seller que nous utilisons ou que nous allons utiliser dans cinq stations dont celles de Béziers et de Sète. Nous avons des demandes d'autres exploitants de golfs, d'agriculteurs, etc.", dit le spécialiste de Suez, Jean-Pierre Hangouet.

La station d’épuration d’Agde, gérée par Suez, va lui permettre d’être la première à fournir de l’eau usée traitée au golf de la commune depuis la nouvelle réglementation. Et ce, après… sept ans de luttes administratives. Résultat, 40 000 euros économisés, deux embauches. Gilles d’Ettore, le maire, veut aller plus loin et réutiliser cette eau longtemps considérée comme inutilisable. La Grande-Motte suivra en 2021. Le spécialiste montpelliérain, Nicolas Condom, salue les projets tout en étant nuancé sur la généralisation de la réutilisation d’eaux traitées.

Alors que la sécheresse coupe même l’eau des douches de plage, le golf d’Agde, lui, s’arrose indéfiniment depuis début juillet. Rien de choquant quand on sait que « notre golf fonctionne désormais, de nuit, avec de l’eau traitée de notre station d’épuration ». Gilles d’Ettore, le maire d’Agde peut s’enorgueillir de cette réussite qui sera expliquée au public ce 13 septembre à l’occasion des Journées de l’innovation Suez démontrant que l’on peut économiser la précieuse ressource en la recyclant. Avec une eau dite « de qualité de baignade », car le fleuve Hérault débouchant sur deux plages de la station touristique, « il ne fallait pas risquer une fermeture pour cause de contamination bactériologique l’été », précise le maire, Gilles d’Ettore.

Nous économisons 40 000 euros et 200 000 mètres cubes d’eau, qui ne seront pas prélevés dans la ressource… »

Gilles d’Ettore, maire d’Agde.
Gilles d’Ettore. Photo : DR.

L’eau recyclée ? Un trésor caché ! « C’est un golf précurseur au niveau national, avec un système d’aspersion et de membranes pour filtrer l’eau. Résultat : nous économisons 200 000 mètres cubes d’eau qui ne seront donc pas prélevés dans la ressource. Alors, c’est bien normal que le préfet de l’Hérault interdise de faire couler les douches de plage, à cause de la sécheresse, mais elles ne représentent, elles, que 4 000 mètres cubes. Nous cela nous a permis d’économiser 40 000 euros avec lesquels j’ai pu recruter trois agents d’entretien. L’écologie n’est pas forcément punitive, ce n’est pas forcément taxer les gens. Il faut une volonté politique », explique Gilles d’Ettore.

« Il y a eu d’autres golfs qui ont été irrigués à l’eau recyclée mais c’était à titre expérimental. Le nôtre est le premier à avoir eu l’autorisation définitive« , souligne Claude Goudard, le directeur. « Nous allons refaire le système d’irrigation par tranche. Six des 27 trous ont déjà été équipés. Le golf sera totalement arrosé en eau retraitée en 2020. Les clients sont satisfaits de cette idée. » Même des Japonais se sont rendus sur place pour voir comment marche l’installation. Et surtout son business model.

Sécheresse et stress hydrique

Jean-Pierre Hangouet. Ph.DR.

Expert de chez Suez, Jean-Pierre Angouet rappelle l’utilité d’une telle technique « lors notamment de sécheresses appuyées comme cette année où tout est soumis au stress hydrique. Nous avons choisi une collectivité visionnaire avec qui nous avons bien travaillé. Notre technologie à base d’un procédé micro-membranaires, est issue d’une de nos filiales aux USA est devenue un best-seller que nous utilisons ou que nous allons utiliser dans cinq stations dont celles de Béziers et de Sète. Nous avons des demandes d’autres exploitants de golfs, d’agriculteurs, etc. » Suez généralise dans le même temps la chasse aux fuites d’eau, grâce au repérage automatisé des fuites, la télé-relève, etc., arrive même à faire davantage d’économies « jusqu’à 90 % ! « C’est autant qui ne se perd pas dans la nature », confie encore Jean-Pierre Angouet.

Sept ans pour décrocher les autorisations…

Le maire d’Agde appuie : « Il nous a fallu sept ans pour arriver à avoir les autorisations nécessaires ! En France, c’est quasi-impossible : seuls deux golfs en Alsace et donc au Cap d’Agde sont arrosés ainsi. C’est cela la vraie écologie ! On devrait pouvoir faire de même avec les espaces verts communaux. Partout ! En France, on réutilise sans doute moins de 0,1 % de nos eaux usées, alors que 90 % d’entre elles sont traitées. Pendant ce temps, en Israël, on réutilise 60 % de l’eau traitée et 40 % en Suède. »

Gilles d’Ettore en convient : « Alors, c’est vrai : les conditions sont optimales. Notre station d’épuration n’est pas loin, à 3 kilomètres du golf, et high tech, utilisant une canalisation existante et une technologie désormais éprouvée dite membranaire portée par Suez où le pourcentage de filtration est incroyable, ne laissant même pas passer les composés des pilules contraceptives contenus dans les urines des femmes – et qui font changer le sexe des poissons… » Combien lui a coûté ce golf à l’eau recyclée ? Peu d’argent au final à la commune : « En comptant, les travaux et la canalisation, il  a fallu investir 5 millions d’euros. Mais nous avons bénéficié d’un montant d’aide exceptionnel de 80 % grâce à l’Agence de l’eau qui n’a plus désormais suffisamment d’argent, souligne Gilles d’Ettore. « L’État a pris dans le budget de ces Agences de l’eau pour financer les Agences régionales de la biodiversité », dénonce-t-il. « Alors que les défis sont innombrables, à commencer par l’agriculture et la viticulture qui ont soif ! » 

Nous avons aussi un gros projet d’aquaculture pour lutter contre les importations de poissons chinois nourris aux farines brésiliennes… »

Photo : DR.

L’essentiel des eaux usées sortant des plus de 20 000 stations d’épuration françaises finissent dans les rivières ou dans la mer. Certes, à part quelques expériences autorisées isolées (agriculture, golfs…), les freins se sont multipliés jusqu’à l’interdiction. C’est grâce à une nouvelle réglementation, de 2014, plus souple, que l’on a vu fleurir des dizaines de projets en France, dont le premier à fonctionner est celui du Cap d’Agde.

Ce n’est pas tout. Gille d’Ettore, qui se définit comme un « écolo-gaulliste » confie poursuivre dans cette voie. Il porte maintenant, confie-t-il, « un gros projet d’aquaculture pour lutter contre les importations de poissons chinois nourris aux farines brésiliennes ». Gilles d’Ettore veut aussi faire monter la part de photovoltaïque dans sa commune, à travers deux champs dédiés, de sorte que l’on « pourra alimenter 3 000 à 4 000 personnes sur une population de 28 000 habitants ».

Olivier SCHLAMA

« Cette eau traitée qui n’est pas rejetée peut aussi manquer aux cours d’eau… »

L’analyse de Nicolas Condom d’Écofilae, spécialiste dans ce domaine, basée à Montpellier.

Président d’Écofilae, un bureau d’études montpelliérain spécialisé dans la « greentech » et aide à la réalisation de projets basés sur le recyclage d’eaux usées, Nicolas Condom dit : « Il existe déjà dix-huit golfs en France alimentés par une ressource d’eau traitée. La particularité de celui du Cap d’Agde, c’est d’être le premier à voir le jour après la nouvelle réglementation de 2014. L’autre singularité, c’est qu’étant proche de la Méditerranée, c’était une eau douce qu’il était stupide de rejeter dans la Méditerranée. En ce sens, le golf d’Agde est un beau projet. »

La Grande-Motte aussi

Le spécialiste ajoute : « Prochainement, le golf de la Grande-Motte sera, lui aussi, raccordé à sa station d’épuration et sera aussi irrigué avec de l’eau usée traitée. Nous travaillons, à Écofilae, à l’idée d’utiliser les eaux usées traitées comme une ressource. De façon générale, c’est une bonne idée pour les golfs, plutôt qu’en effet recourir à des prélèvements d’eau supplémentaires, y compris d’eau potable. »

Le maire de la Grande-Motte, Stéphan Rossignol, confirme : « Nous avons décidé ce projet pour le golf municipal des raisons environnementales. Les économies viendront dans un second temps. Il va nécessiter la construction d’un bassin « tampon » de 1 000 mètres cubes ; d’y tester le pourcentage restant de salinité ; la construction d’une canalisation de 2 500 mètres, d’un traitement par ultraviolets, etc. Au total, précise le maire, le projet coûtera 3 millions d’euros HT, subventionnés à 50 % par l’Ademe. Et nous envisageons par la site d’étendre cette réutilisation d’eaux usées traitées pour nettoyer les voiries et arroser nos espaces verts. »

Et d’ajouter : « La Grande-Motte c’est 1,450 000 mètres cubes d’eau potable consommée chaque année et 970 000 mètres cubes d’eaux brutes acheminées par la compagnie nîmoise BRL. « Ce projet de réutilisation des eaux usées traitées – qui, aujourd’hui, sont déversées dans le canal du Rhône à Sète – permettra de diminuer le recours aux eaux brutes de BRL » 

De l’eau qui manquerait

Nicolas Condom est plus nuancé s’agissant d’une généralisation de l’utilisation de cette eau traitée. Cette eau que l’on utilise aujourd’hui pour certains golfs ne sera pas forcément utilisable pour d’autres usages, comme l’arrosage des ronds points fleuris, dit-il en substance. « D’abord, techniquement, il y a des obstacles à surmonter ». Et puis ce n’est pas forcément une bonne idée en soi : à l’heure de la sécheresse généralisée et du réchauffement climatique, l’eau que rejettent actuellement les stations d’épuration dans nos rivières et nos cours d’eau leur manquerait. « On considère, par exemple, que l’apport de la station d’épuration d’Achères dans les Yvelines, la plus importante d’île de France, correspond à un tiers du débit de la Seine », abonde Nicolas Condom.

Évaluer les usages

Nicolas Condom. Ph. DR.

Et d’ajouter : « Si cette eau traitée venait à irriguer un champ de maïs autour de la station, par exemple, ce ne serait dommageable pour l’environnement. Nous développons justement des méthodes pour évaluer quels usages peut-on faire de l’eau usée… Irriguer des golfs, ce n’est pas un projet d’avenir. Contrairement au fait de « recharger » des rivières. Entre autres projets, notamment dans la région, en Vendée, nous travaillons à un projet où la station d’épuration est considérée comme une ressource. Et nous étudions la rentabilité de ses possibles usages. »

O.SC.

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