Retraités : Continuer à travailler pour arrondir les fins de mois, mais pas que…

En Occitanie, 13 100 personnes âgées de 65 à 74 ans sont retraitées et poursuivent néanmoins une activité professionnelle. Ce phénomène tend à se développer mais reste limité précise l’Insee. Par ailleurs, 13 500 personnes âgées de 65 à 74 ans n’ont toujours pas pris leur retraite et continuent à exercer leur métier…

Parmi ces retraités conservant une activité professionnelle, Alice Tanays de l’Insee distingue trois profils : « Des salariés peu diplômés pour la moitié, des non-salariés pour un quart et des diplômés du supérieur, cadres et professions intellectuelles supérieures ou professions libérales, pour le quart restant. »

« Cette diversité de situations témoigne de motivations variées : recherche d’un complément de revenus, difficulté à trouver un repreneur pour une entreprise, ou encore valorisation d’une expérience professionnelle et maintien d’une
certaine utilité sociale », souligne-t-elle.

En 2018, une perte de 2 % de pouvoir d’achat

Source DREES et INSEE

La proportion des retraités qui travaillent est en augmentation constante depuis une dizaine d’années. Aujourd’hui il y a 500 000 retraités du privé qui travaillent. L’augmentation a notamment commencé lorsque la législation a permis d’autoriser le cumul retraite-emploi. « Pourtant, souligne l’institut de la statistique, la France est l’un des rares pays où le niveau de vie moyen des retraités est supérieur à celui de l’ensemble de la population. En 2015, il s’élevait à 24 540 euros par an, soit un montant supérieur de 4,7 % à celui de l’ensemble des habitants. »

Pourtant, le récent mouvement des Gilets jaunes a mis en lumière les difficultés que rencontrent certains retraités à faire face aux dépenses courantes. Selon l’Insee : « Sur les dix premiers mois de 2018, alors que le pouvoir d’achat des ménages en emploi progressait légèrement de 0,2 %, celui des ménages de retraités diminuait de 2 % en moyenne, en raison notamment de plusieurs mesures sociales et fiscales défavorables aux retraités. »

Départs à la retraite, massifs à partir de 60 ans

Si les premiers départs en retraite commencent à apparaître entre 50 ans et 55 ans
dans le cadre de départs progressifs, de carrières longues ou de régimes spéciaux
(militaires, policiers…), les départs massifs débutent à partir de 60 ans et montent en puissance jusqu’à 65 ans.

Source INSEE

En Occitanie, comme en moyenne dans les autres régions métropolitaines hors Île-de-France, la part des retraités passe ainsi de 4 % chez les personnes âgées de 55 ans à 33 % à 60 ans, 89 % à 65 ans et atteint le palier de 95 % à partir de 75 ans. En 2015, dans la région, « 858 900 personnes âgées de 55 à 74 ans se sont déclarées retraitées lorsqu’on les a interrogées dans le cadre du recensement de la population. Mais parmi elles, 25 500 sont également actives, car elles continuent à travailler ou recherchent un emploi », précise l’Insee.

La part de ces retraités actifs parmi l’ensemble des retraités est identique en Occitanie à celle observée en France métropolitaine (3,0 %). Le cumul activité-retraite est plus fréquent chez les jeunes retraités de moins de 65 ans où il concerne 4,5 % d’entre eux en Occitanie, soit 12 400 personnes. Entre 65 ans et 74 ans, la part des retraités actifs est de 2,3 %, soit 13 100 seniors.

Un phénomène qui se développe fortement

Continuer de travailler au-delà de 65 ans… Photo D.-R.

Bien qu’encore relativement rares, ces situations de cumul activité-retraite après 65 ans, soit au-delà de l’âge légal de départ à la retraite, se développent fortement depuis quelques années : le nombre de retraités âgés de 65 ans à 74 ans qui ont un emploi ou en recherche un, a pratiquement doublé entre 2010 et 2015 (+ 72 % en Occitanie et + 83 % en France métropolitaine) :

Des contraintes financières expliquent souvent le cumul activité-retraite après
65 ans, notamment pour payer les poursuites d’études des enfants encore au foyer. Pourtant, la raison financière ne semble pas être la seule justifiant d’exercer une
activité tout en étant retraité. En effet, les diplômés du supérieur, qui bénéficient
certainement de meilleures pensions, sont bien plus nombreux parmi les retraités actifs (32 % contre 20 % des retraités inactifs), de même que les non-salariés, en particulier les professions libérales.

A contrario, les non-diplômés, les salariés (hors cadres) cumulent moins souvent retraite et activité. « La pénibilité du travail pour certaines de ces professions, notamment d’employés ou ouvriers, qui peut induire une moins bonne santé peut compliquer une poursuite de l’activité au-delà d’un certain âge », précise l’Insee.

Trois catégories et des raisons différentes

Source INSEE

Parmi les retraités actifs âgés de 65 à 74 ans, le profil majoritaire (54 % d’entre eux) est celui du salarié non cadre, en contrat à durée indéterminée mais travaillant le plus souvent à temps partiel. Il comprend essentiellement des femmes (avec le phénomène des « mamies-nounous« ), des non-diplômés et des personnes seules. Au regard de ces caractéristiques, la principale raison au cumul emploi-retraite semble être d’ordre financier : complément de revenu ou de trimestres cotisés.

Viennent ensuite  (25 % des retraités actifs) les non-salariés hors profession libérale, plus souvent titulaire d’un diplôme de niveau intermédiaire et travaillant plutôt à temps complet, même si le temps partiel est là aussi majoritaire. Certains d’entre eux étant des chefs d’entreprise qui poursuivent leur activité faute de repreneur.

Le dernier profil correspond au retraité actif diplômé du supérieur. Principalement des cadres salariés (12 % des retraités actifs) et des professions libérales (9 %), plutôt des hommes, des personnes vivant en couple et travaillant à temps partiel. Pour ces retraités, les motivations sont le plus souvent extra-financières : poursuivre une activité à haut niveau d’expertise (médecins, enseignants, professions intellectuelles supérieures…) tout en valorisant une expérience professionnelle et en maintenant une certaine utilité sociale…

13 500 personnes travaillent encore entre 65 et 74 ans

Enfin, il faut noter que parmi les personnes âgées de 65 à 74 ans, certaines n’ont pas encore fait valoir leurs droits à la retraite et sont toujours actives. En Occitanie, cette situation concerne 13 500 personnes. Seules différences notables par rapport aux retraités actifs aux mêmes âges, les actifs non retraités sont quasi tous en emploi et travaillent bien plus souvent à temps complet que les actifs retraités (73 % contre 30 %).

Philippe MOURET

Les revenus des retraités :

En 2012, une étude de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) révélait que le montant moyen de la retraite (de droits directs et dérivés et des avantages accessoires) pour les personnes résidant en France était de 1 570 euros bruts mensuels (la pension brute demeure inférieur à 2000 € en 2019, selon une autre étude de la Drees). Les écarts régionaux sont très faibles, sauf pour l’Île-de-France et l’Outre-mer. Les retraités sont plus nombreux dans l’Ouest et dans le Sud de la France. La Nouvelle-Aquitaine et la Bretagne sont les deux régions où la part de retraités est la plus élevée (plus d’une personne sur quatre). Elles sont suivies de près par les régions Centre-Val de Loire, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie. Et comme dans le monde du travail, les écarts sont considérables entre les hommes et les femmes. Les retraités ayant les pensions les plus basses touchent en moyenne moins de 568 € bruts par mois.

Zoom sur les retraités les plus jeunes, ayant entre 55 ans et 64 ans

L’Insee complète ainsi sa communication : Les personnes de 55 à 64 ans connaissent des situations très diverses au regard de l’activité : on y trouve à la fois des pré-retaités et retraités, qui poursuivent ou non une activité professionnelle, et des actifs en emploi ou au chômage n’ayant pas encore fait valoir leurs droits à la retraite, parce qu’ils n’ont pas atteint l’âge légal ou qu’ils n’ont pas accumulé les annuités exigées ou souhaitées pour disposer d’une pension complète ou suffisante pour faire face à leurs besoins, ou tout simplement parce qu’ils souhaitent poursuivre leur activité.

Sous l’effet des mesures liées au recul des âges légaux de départ à la retraite intervenues depuis la réforme de 2010, la part des personnes de 55 à 64 ans retraitées diminue fortement entre 2010 et 2015, passant de 47 % à 37 % en Occitanie. Parmi ces 278 800 jeunes retraités en 2015, 9 800 occupent un emploi et 2 600 en recherchent un. Sans surprise, la part des chômeurs est ainsi plus importante parmi ces jeunes retraités actifs (21 %) que parmi leurs aînés de 65 à 74 ans (12 %). Le cumul activité-retraite semble pour eux davantage motivé par leur situation familiale.

En effet, on compte parmi les jeunes retraités actifs 4 % de familles monoparentales et 13 % de couples avec enfants, contre respectivement 2 % et 8 % chez leurs aînés. Ils sont moins fréquemment en contrat à durée indéterminée, avec 2,5 CDI pour 1 CDD contre 3,3 CDI pour 1 CDD chez les retraités actifs plus âgés, traduisant une plus grande précarité de leur situation.

Les profils professionnels sont également différenciés, avec davantage d’ouvriers et d’employés parmi les jeunes retraités actifs de 55 à 64 ans que chez les retraités actifs plus âgés. Des conditions de travail souvent plus pénibles au sein de ces professions peuvent expliquer qu’ils prolongent moins longtemps leur activité.