Emploi, mobilités, énergies… : Les Pyrénées prennent leur destin en main

Les Pyrénées en beauté. Photo : Olivier SCHLAMA

En pleine crise du covid-19, « la montagne rencontre les envies de notre époque… » : les acteurs du massif des Pyrénées, à travers le Comité de massif, s’apprêtent à valider le 28 janvier une stratégie de développement audacieuse. Ses quelque 500 000 habitants sont à la croisée des chemins…

C’est l’heure des Pyrénées. La montagne – et les confinements l’ont révélé – coche toutes les cases : de grands espaces, de l’oxygène, une vie moins trépidante, plus saine, proche de la nature ; des circuits courts… « La montagne rencontre les envies de notre époque », formule John Palacin. Conseiller régional, il préside le Comité de massif des Pyrénées : un outil qui fait débattre « tous les acteurs » de cette zone géographique si particulière (1). Car la montagne a ses spécificités, d’ailleurs reconnues par deux lois de 2005 et 2016. C’est pour cela que l’État a doté chacun des cinq massifs métropolitains – Pyrénées, Alpes, Jura, Vosges, Massif Central – d’un Comité de massif pour accompagner des actions de développement et protéger l’environnement.

Parler d’une même voix pour choisir une voie commune

Font Romeu. Ph. O.SC.

Mais la vie en montagne rencontre des difficultés. Réchauffement climatique accéléré, biodiversité menacée, économie fragilisée, éloignement géographique des bassins d’emploi, vieillissement de la population… Sous la houlette du préfet de Région, ce comité, composé de 69 membres (politiques, associations, chambres consulaires, etc.) planche à l’avenir du massif. Il se réunira le 28 janvier prochain  pour savoir comment répondre à ces forts enjeux et pour valider une stratégie commune. Pour établir des orientations qui déboucheront ensuite sur des projets de développement in situ, le Comité de massif a demandé à l’Insee Occitanie le portrait statistique des Pyrénées. Et il est très instructif (lire ci-dessous).

Neige, raquette, montagne, Pyrénées. Photo : Olivier Schlama

Tous ces acteurs de la montagne parleront ainsi d’une même voix pour choisir une voie commune. « Nous abordons plusieurs thèmes forts, souligne John Palacin. Les mobilités par exemple. Avec le vieillissement de la population et le faible taux d’emploi des jeunes, il faut arriver à encourager la création d’un maillage de plusieurs types de transports, vélo, train, bus… Pour connecter les populations des Pyrénées. » Ce document, baptisé note d’enjeu montre « la direction que l’ensemble des acteurs de la montagne, des élus en passant par les associations, les guides, etc., veulent prendre. » Et générer par la suite des investissement de l’Etat, la Région Occitanie – qui a déjà créé d’autres outils : le Parlement de la Montagne et un important budget participatif – voire l’Europe, comme ce fut le cas pour la rénovation des refuges de haute montagne, par exemple.

Il faut stabiliser les emplois en polyactivité pour qu’ils deviennent des emplois pérennes. C’est ainsi que l’on maintient des familles en montagne »

John Palacin, président du Comité de massif

Parmi les thèmes centraux retenus : l’emploi, bien sûr. « Il y a la question des saisonniers confrontés au morcellement de leurs emplois dans l’année », développe John Palacin. Pas facile pour un saisonnier qui l’été travaille dans un resto ou des thermes et l’hiver en station. Ou un agriculteur qui fait aussi restaurateur. « De façon générale, il faut stabiliser les emplois en polyactivité pour qu’ils deviennent des emplois pérennes. C’est ainsi que l’on maintient des familles en montagne », défend John Palacin.

L’État a déjà réservé une enveloppe de quelque 54 M€. Et la Région Occitanie pourrait mettre de son côté la même somme »

Delphine Mercadier-Moure, commissaire du Comité de massif des Pyrénées

Il y a aussi la transition énergétique qui « a généré pas mal de débats, comme pour l’hydroélectricité, confie encore le conseiller régional. Certaines associations de défense de l’environnement considèrent que les cours d’eau sont assez largement équipés et plaident pour d’autres modes de production énergétique. Mais que penser du développement ou non de la géothermie ou de l’éolien…? » Tout ceci fait écho à la politique proactive du conseil régional d’Occitanie, territoire à énergie positive, qui a aussi lancé un plan montagne.

La question des stations de quatre saisons

Le tourisme est important dans les Pyrénées, même quand les remontées mécaniques sont à l’arrêt… Ph. O.SC.

Toute cette réflexion trouvera, à n’en pas douter, des développements concrets. Selon Delphine Mercadier-Moure, commissaire du Comité de massif des Pyrénées, « L’État a déjà réservé une enveloppe de quelque 54 M€. Et la Région Occitanie pourrait mettre de son côté la même somme. » C’est donc avec un budget d’au moins 110 M€ que l’on peut commercer à aborder de nombreux points névralgiques. Exemples : la question de la transformation des stations de ski en stations quatre saisons ; de monter des opérations d’éducation à l’environnement, etc. « On s’est aperçus, lors des précédents confinements, que la montagne était un refuge pour les citadins ; que voulait s’y développer le télétravail… Il faut donc aussi aborder la question des tiers-lieux (dont Dis-Leur vous a déjà parlé, ici, Ndlr) et accompagner les communes vers ce genre de projet numérique. De façon générale, nous pouvons apporter notre concours en matière d’ingénierie », précise Delphine Mercadier-Moure. De matière grise. Cette stratégie pourrait ensuite trouver sa place dans le futur programme montagne de l’agence nationale de cohésion des territoires (ANCT). Avec des tout-premiers résultats concrets « en 2021 et 2022 ».

Toute cette réflexion pourrait alimenter ce que John Palacin appelle de ses voeux : le livre blanc des Pyrénées. En clair, comment va-t-on habiter, demain, ce massif ? Quelle est la vision commune pour bien partager cet espace ? « Il faudra aussi soutenir les agriculteurs et ceux qui se lancent dans la valorisation des produits du terroir et du patrimoine. À ce sujet, nous avons l’idée de créer une fête de la Montagne : elle se tiendrait partout dans les Pyrénées le même jour. » Les Pyrénées, une fête !

Olivier SCHLAMA

Économie : trois piliers pour 500 000 habitants

Agriculture, ESS et tourisme sont les trois secteurs très présents.

Entre piémont et montagne, Atlantique et Méditerranée, le massif des Pyrénées ne possède pas de grand pôle urbain ni d’autoroute le traversant de part en part. On le sait depuis des temps immémoriaux. Comme l’on constate, avec l’Insee Occitanie, que « les axes majeurs relient la constellation de petites villes qui bordent le piémont d’est en ouest aux grands pôles urbains voisins. Ainsi de nombreux habitants accèdent facilement à l’offre d’emplois et d’équipements localisée hors du massif, qui complète celle du territoire. Grâce à des sites variés et fortement attractifs, le tourisme est particulièrement prégnant dans l’économie pyrénéenne. »

L’agriculture ? « Avec 7 % des emplois, reste très présente avec par exemple une centaine de coopératives agricole et le premier cheptel du massif avec 400 000 brebis laitières. L’économie sociale et solidaire (15 %) l’est aussi. cette dernière, pilier historique de l’économie productive et identitaire, résiste au développement du tertiaire. La seconde, forte de son tissu associatif, participe au bien-être social et sanitaire de la population, de plus en plus âgée, notamment à l’est du territoire ».

Un quart des actifs travaillent hors du massif

L’Insee Occitanie vient de dresser le portrait robot réactualisé avec les toutes dernières données statistiques. « C’est une photographie précise de ce massif », explique Alice Tanay. Chef de projet à l’Insee Occitanie, elle précise « qu’un quart des actifs travaillent hors du massif des Pyrénées, soit 42 600 personnes (2) » et que le tourisme n’est pas roupie de sansonnet qui représente 10 % des emplois (17 000) sur 177 000 actifs et une population de 500 000 âmes !

Les Hautes-Pyrénées. Les Pyrénées (+ 4 %) préférées au littoral (- 6 %). La campagne et ses grands espaces plébiscités. Et un tourisme rural qui s’est vu pousser des ailes (+ 8 %) durant l’été 2020. Photos : Olivier SCHLAMA

On y compte des stations de haute montagne, du thermalisme, etc. D’une grande biodiversité (3), le massif des Pyrénées est « composé d’espaces touristiques variés, fortement attractifs, et bien desservis par les axes de communication ». Lourdes, qui accueille des pèlerins du monde entier, est la deuxième ville hôtelière de France après Paris, en nombre de chambres, certes en très grande difficulté et bénéficiant d’un plan de relance à part entière de l’État et de la Région Occitanie.

Argelès : 10 % de la capacité d’hébergement touristique !

Sur le littoral, par exemple, Argelès-sur-Mer est la première station en nombre de campings et d’emplacements offerts. Grâce aussi à ses nombreuses résidences secondaires, elle contribue à elle seule à 10 % de la capacité d’hébergement touristique du massif ! L’Insee pointe aussi des fragilités spécifiques : 17 % des habitants vivent en-dessous du seuil de pauvreté et 29 % des jeunes ne sont ni étudiants ni salariés (22 % en moyenne en France métropolitaine).

Une population y est de plus en plus âgée : la moitié des habitants du massif ont 50 ans ou plus. La population est ainsi bien plus âgée qu’en France métropolitaine où l’âge médian est de 41 ans. Pire, sur les cinq dernières années, « les décès augmentent alors que les naissances diminuent régulièrement : le déficit du solde naturel se renforce. Dans le même temps, l’écart entre le nombre de nouveaux arrivants et le nombre de personnes qui quittent le territoire se resserre et l’excédent migratoire, qui se réduit, ne suffit pas à combler le déficit des naissances sur les décès. Entre 2011 et 2016, le massif des Pyrénées perd des habitants ». Et le niveau de vie médian annuel est de 19 160 € dans le massif des Pyrénées contre 20 810 € en France métropolitaine.

O.SC.

(1) Le périmètre géographique du Massif des Pyrénées couvre 1 183 communes, réparties sur six départements, dont cinq en Occitanie (Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne, Ariège, Aude et Pyrénées-Orientales) et un en Nouvelle Aquitaine (Pyrénées-Atlantiques).
(2) Dans le nord du massif, l’agglomération de Pau accueille ainsi 4 000 actifs résidant sur le territoire et celles de Tarbes et Pamiers 3 000 chacune. Même l’agglomération de Toulouse, pourtant plus éloignée, est le lieu de travail de 3 000 actifs également. Sur les extrémités est et ouest, les actifs quittant le massif pour se rendre au travail sont plus nombreux, en lien avec l’absence de pôles d’emploi importants. Près de 6 000 actifs, résidant dans le massif, se rendent chaque jour dans chacune des agglomérations de Bayonne et de Perpignan.
(3) Environnement. Avec une large partie du territoire classé au titre des directives Natura 2000 Oiseaux et habitats, elles abritent trois parcs naturels régionaux, un parc national, plus de 75 000 hectares sous statut de protection forte, dont 15 réserves naturelles (10 nationales et 5 régionales), une réserve nationale de chasse et de faune sauvage (la réserve d’Orlu) et les 45 000 hectares de la zone cœur de massif du Parc national.

Les Pyrénées, c’est dans Dis-Leur !