Hautes-Pyrénées : Gavarnie, l’incroyable saga d’une famille de champions de ski de vitesse

Bastien, Fanny, Jimmy aux côtés de Bruno : la famille de champions Montès "pour faire perdurer la formidable aventure humaine démarrée il y a 35 ans..." Photo : DR.

(Avec vidéos). À l’origine de la discipline il y a 35 ans, la famille Montès et le club alpin de la station de Gavarnie, le plus petit de France, qui est l’un des plus grands pourvoyeurs de champions de ski de vitesse ! Ils organisent, du 20 au 24 janvier, dans la station qui fête ses 50 ans, trois épreuves de Coupe du monde, également en hommage à l’un des fondateurs de ce ski impressionnant.

« Chaque journée, pour ne pas dire chaque heure et chaque minute, possède sa propre fatalité. » La sentence est de Jim Harrison. L’incroyable famille Montes, sur lui, renchérit. Chaque génération a ses champions. De ski de vitesse. Où l’on dépasse les 230 km/h sur deux planches ! Des trompe-la-mort ! Une discipline qu’ils ont quasiment inventée et pour laquelle ils organisent, via le club de ski local placé sous la houlette de la Fédération française de ski, la Coupe du monde, chez eux, à Gavarnie (Hautes-Pyrénées), du 20 au 24 janvier prochains ! Théoriquement, ce sera à huis clos, « mais la montagne reste accessible à tous et les spectateurs pourront donc venir admirer les meilleurs mondiaux qui s’affronteront… », dit Bastien Montès, membre de l’Équipe de France. Le record, lui, s’établit à 254 km/h (1). Tout bonnement incroyable.

Trente cinq ans ans plus tard, la même passion…

La petite station de ski, Gavarnie, brille au firmament : elle est déjà classée à l’Unesco. Et les meilleurs skieurs mondiaux en ski de vitesse vont s’y retrouver pour participer à trois épreuves de Coupe du Monde. Pourquoi à Gavarnie ? Il y a 35 ans, les frères Montes, fous de glisse y créent une piste de vitesse et lance cette épreuve à Gavarnie pour la première fois. Depuis, les plus grands descendeurs découvrent les Pyrénées grâce à cette piste. Et la belle histoire continue car les fils Montes, Bastien et Jimmy sont aujourd’hui au top mondial et la nouvelle génération est bien là avec neuf pyrénéens sur seize membres de l’équipe de France actuelle, dont deux de la famille Montès !

C’est l’un des plus petits clubs de France et on sort des champions, jusqu’au titre suprême : le Globe de Cristal. Ici, c’est le berceau du ski de vitesse, de l’Equipe de France »

Bruno Montès
Photo Mickaël Louit.

Bruno Montès remonte le temps. « Il y a 35 ans, c’était l’époque d’une l’émergence de nouveaux sports, comme la planche à voile, le snow board, etc. Le ski de vitesse en faisait partie, explique Bruno Montès. On avait organisé avec mon frère, Jean-Lou, la première épreuve du genre sur un défi relevé par 26 skieurs et deux skieuses. Le club de ski de Gavarnie, c’est à peine 30 licenciés dont la moitié en ski de vitesse. C’est l’un des plus petits clubs de France et on sort des champions, jusqu’au titre suprême : le Globe de Cristal. Ici, c’est le berceau du ski de vitesse, de l’Equipe de France », dit-il avec fierté.

« C’est en la mémoire de mon frère que nous organisons cette Coupe du Monde et marquer les 50 ans de la station de Gavarnie »

Cet ancien prof d’EPS de 60 ans et moniteur de ski est un excellent « touche-à-tout ». « J’ai eu cette idée, un jour, avec mon frère. On vu depuis le sommet qu’il y avait la place pour une piste de vitesse. C’est parti d’un pari fou. J’ai perdu mon frère, qui fut entraineur de l’Équipe de France de ski de vitesse, il y a cinq ans d’un cancer en quelques jours. Il avait 59 ans. C’est en sa mémoire que nous organisons cette Coupe du Monde. Et c’est aussi pour marquer l’anniversaire de la station de Gavarnie qui fête ses 50 ans. »

« C’est un shoot d’adrénaline. C’est vraiment à partir de 200 km/h que l’on se sent vraiment exister… »

Bruno et Bastien Montès. Photo : Pierre Meyer.

« C’est un shoot d’adrénaline. C’est vraiment à partir de 200 km/h que l’on se sent vraiment exister… » Bastien Montès, le neveu de Bruno, est avec son frère, Jimmy, le pilier de l’Équipe de France. Il est même détenteur du fameux Globe de Cristal qui récompense le skieur qui a remporté le plus d’étapes de la Coupe du Monde. C’est donc le Numéro 1 mondial de la discipline. « Sur les six membres de l’Équipe de France A, 5 sont de Gavarnie », dit-il sans forfanterie. Son père, Jean-Lou, fut entraineur national lors des JO d’Albertville en Savoie en 1992. « Notre piste fait environ 700 mètres de long mais elle est surtout très abrupte. Pour cette fois on n’utilisera pas le haut de la piste. Mais on sait qu’elle a un potentiel pour atteindre les 200 km/h. » Le record en ski de vitesse est, lui, de 251 km/h.

La vidéo de Mickaël Louit (ci-dessus) est impressionnante. « À partir de 230 km/h, c’est la gestion de la peur qui fait la différence. Le mental. » Bastien est déjà tombé mais « j’en ai fait une force », conjure-t-il. « C’est une discipline très physique. On est en mode survie tout au long de la descente. À la moindre bosse, on peut décoller de plusieurs mètres… » Le matériel et les accessoires jouent aussi leur part. « La qualité du ski joue évidemment, comme le casque profilé et les ailerons et autres appendices que nous testons en soufflerie. » La France fait partie du top mondial de la discipline aux côtés de la Suède, l’Italie et l’Autriche. La France est une nation qui a remporté la Coupe du Monde trois années de suite. « C’est une discipline semi-professionnelle. Personnellement, je m’en sors parce que je gère des restaurants et que je suis en disponibilité l’hiver du conseil départemental des Hautes-Pyrénées », confie Bastien Montès.

Quels est le secret de cette saga ? Depuis des décennies les gamins sont habitués à participer à notamment un challenge jeunes. Quelque 150 d’entre-eux s’y retrouvent régulièrement sur cette piste devenue mythique. La passion et un « caractère » bien trempé à nul autre pareil font le reste. « Nous sommes des bigoudens, des Pyrénéens… On aime faire plaisir… », résume Bruno Montès.

Olivier SCHLAMA & Vidéo : Bastien Montès

  • (1) 254 km/h ! Le record du monde s’établit à 254 km/h. C’est l’Italien Ivan Origone qui le détient depuis 2016. « J’étais blessé au genou à ce moment-là, dit Bastien Montès. Mon record personnel est à 251 km/h, en 2017. C’est la marque la plus rapide depuis mais, malheureusement, dit-il, les conditions n’étaient pas réunies pour aller chercher le record… » 

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