Alès : Ils inventent le « kill bill » du ticket de caisse

Hervé Hugon et Élodie Zaoui Photo : ©Abdeslam by Meltingphot

Un couple d’Alésiens a mis au point, avec l’incubateur de l’école des Mines d’Alès, une solution globale à toutes les enseignes et gratuite pour les clients pour dématérialiser la preuve d’achat. Sous forme d’une application à télécharger. Pour le commerçant, finis les tracas d’échanges.

Ils s’appellent Hervé Hugon et Élodie Zaoui. Le couple a créé une start up, Clean bill, qui aurait pu s’appeller Kill Bill… Car ils ont mis au point une solution dématérialisée gratuite pour le ticket de caisse du client qui va donc totalement disparaître. Avec le soutien de l’incubateur de l’école des Mines d’Alès (Gard), ville où Hervé Hugon gère le magasin Courir et où sera testée cette idée. Qui devrait faire florès car l’Assemblée nationale pourrait adopter la fin du ticket papier pour les petites sommes. Un amendement a été proposé dans ce sens, notamment par Patricia Mirallès, députée Larem de l’Hérault. L’objectif de cette mesure est de réduire l’utilisation automatiquement abusive de papier. Chaque année, un hypermarché produit 849 km de tickets de caisse. Mais l’envoyer par mail n’est pas forcément plus écologique. Cette méthode consomme moins d’eau, mais produit davantage de gaz à effet de serre qu’un ticket imprimé.

Tout part de ce que le ticket de caisse peut générer de casse-tête : les gens l’oublient, le mettent au fond du sac, le jettent deux secondes après l’impression… Et quand ils en ont besoin, ils ne le retrouvent plus. »

Hervé Hugon

« Tout part, dit-il, de ce que le ticket de caisse peut générer de casse-tête : les gens l’oublient, le mettent au fond du sac, le jettent deux secondes après l’impression… Et quand ils en ont besoin – pour établir une facture après un cambriolage, par exemple – ils ne le retrouvent plus. » Régulièrement confrontés au problème des tickets de caisse et factures égarés ou illisibles, ils ont conçu un outil pratique pour tous.

Moins cher que le ticket en papier pour le commerçant

Avec l’aide de Jean-Claude Devos, chef de projet et ex-architecte système de chez IBM, ils ont opté pour une solution de dématérialisation 100 % softvare, plus facile à déployer, accessible partout dans le monde et plus ergonomique qu’une option hardware. Pour le client, il se présente sous forme d’une application à télécharger sur son smartphone. Pour le commerçant, comme un périphérique avec un abonnement de 25 euros par mois, « ce qui est moins cher que les 400 euros en moyenne dépensés chaque année par un commerçant qui édite en moyenne 30 à 40 tickets par jour… », argue Hervé Hugon.

Il en explique le fonctionnement : « Arrivé devant la caisse d’un commerçant partenaire, le client présente devant le scanner son smartphone où aura été préalablement chargée notre application. » Et hop, le ticket virtuel se range dans l’appli, en réalité dans le cloud : sur des serveurs d’Amazon. Mieux : « Elle le fait automatiquement, par enseigne et par date : si bien que lorsque l’on en a besoin, il suffit d’ouvrir l’appli et de rechercher sa preuve d’achat. Nous avons déjà répertorié 800 enseignes, plutôt de taille humaine. » En attendant ces accords commerciaux qui ne devraient pas tarder et des résultats du test grandeur nature à Alès on peut d’ores et déjà se servir de l’application, notamment en prenant des photos de ses tickets de caisse actuels qui se rangeront eux aussi sans difficulté.

Compatible avec toutes les enseignes

Ce n’est pas la seule solution de dématérialisation existante. la FNAC, Apple, etc. envoient déjà votre ticket de caisse virtuel par mail. Mais ce n’est pas une solution globale pratique pour le client. « Notre application, considérée comme un périphérique de caisse, est compatible avec tous les commerçants » et, avantage pour le client, il n’aura qu’un seul porte-cartes virtuel dans son smartphone. Ingénieux, surtout que la loi va obliger à cette dématérialisation et que le gouvernement envisage même la suppression de l’impression systématique des tickets de caisse pour les achats en dessous de 10 euros dès le 1er février.

Qu’a-t-il à y gagner, le commerçant, au delà d’un coût inférieur au ticket de caisse ? « Notre solution analyse très finement les habitudes de la clientèle : le panier moyen, le taux de « contactabilité », etc. C’est un autre biais pour en connaître davantage sur le client et donc d’avoir plus de chance de le fidéliser, surtout celui allergique aux cartes de fidélité et au ticket de caisse. »

C’est un même outil pour tout gérer. Cerise sur le gâteau, on peut l’utiliser pour ses frais professionnels. »

Christine Cerruti, de l’incubateur des Mines d’Alès

A l’incubateur régional de l’école des Mines d’Alès, Christine Cerruti ne tarit pas d’éloge sur ce projet qu’elle a accompagné. « Nous avons accompagné Clean Bill à la fois au niveau technologique et au niveau économique, confie-t-elle. C’est une solution ingénieuse qui part d’une expérience forte de terrain. Aujourd’hui, pour acheter un smartphone, des habits de sport dans une grande enseigne, etc., on a déjà une solution dématérialisée mais c’est souvent un mail que l’on ne lit pas où que l’on ne garde pas à un endroit où l’on puisse facilement le retrouver. Même pour juste échanger un vêtement, c’est très facile. La solution de ce couple est unique car elle est globale : elle s’adresse à toutes les enseignes à la fois. C’est un même outil pour tout gérer. Cerise sur le gâteau, on peut l’utiliser pour ses frais professionnels. »

Olivier SCHLAMA

  • (1) Clean Bill sera disponible début janvier 2020 pour la version Androïd et pour celle d’Apple.

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