Annulations de concerts : Les orchestres ne veulent pas valser

L'orchestre Sortie de secours de Stéphane Biamont. Ph. DR.

Le dispositif de chômage partiel peu ou pas activé, des tournées annulées en cascade… Dans la région, quelque 150 groupes de musique sont à la peine. Un collectif, Festi-Bal, et une charte ont été créés. Ils se réunissent lundi en présence d’élus pour trouver une issue.

« Il est où le bonheur » : Eddy Benazeraf, chanteur du groupe SOS, n’aura que peu d’occasions de partager ce tube de Christophe Maé avec son public. Cet habitant de Béziers (Hérault) n’a à ce jour que « 13 dates confirmées, 21 bals sont annulés et il m’en faut 42 d’ici le 18 août pour garder mon statut d’intermittent du spectacle qui réclame que nous fassions au moins 507 heures de travail dans l’année… », explique-t-il. Et faire bouillir la marmite.

Un collectif, Festi-Bal, et une charte commune

Dans la région, au moins 150 groupes de musique professionnels qui ne sont pas à la fête. C’est la raison pour laquelle celui qui a commencé à chanter très tôt (Lolypop classé jadis au top 50) a créé, pour unifier sa profession en danger, un collectif, Festi-bals, et écrit une charte commune défendant un point de vue commun à tous ces professionnels. L’idée étant de défendre avec des arguments clairs artistes musiciens de bals et orchestres auprès des collectivités, comités des fêtes et associations qui les emploient occasionnellement. « Dans notre profession, peu de gens avaient le même discours ; et certains n’osaient rien faire  de peur de perdre le contrat de l’année suivante. » D’autres croient tout savoir…

Le chômage partiel ? Il a pu être activé parfois mais c’est rare. C’est au bon vouloir de certains comités des fêtes ou simplement parce qu’ils n’ont pas l’information. Ce sont des bénévoles qui ne sont pas forcément au courant de cette possibilité »

Eddy Benazeraf

Eddy Benazeraf, par ailleurs choriste d’artistes (Christophe Mae, Yannick Noah, la Sétoise Eve Angeli…)  précise : « L’orchestre, par la voix de son mandataire, fait signer à l’association, la collectivité ou le comité des fêtes qui organisent une soirée festive un contrat d’engagement. Ce qui peut s’apparenter à un CDD d’une soirée, de 12 heures de cachet. C’est ce contrat que nous voulons faire respecter. On nous parle d’année blanche et de reporter à 2021 mais on fait comment pour vivre ? Impossible. » Leporte-parole des orchestres précise : « Le chômage partiel ? Il a pu être activé parfois mais c’est rare. C’est au bon vouloir de certains comités des fêtes ou simplement parce qu’ils n’ont pas l’information. Ce sont des bénévoles qui ne sont pas forcément au courant de cette possibilité », précise Eddy Benazeraf.

Eddy Benazeraf avec Christophe Maé. Ph. DR.

Ces 150 orchestres vivent de leurs tournées quand ils le peuvent. Ils ont des charges parfois importantes, des crédits à payer (pour les lumières, les accessoires, le camion. Avec cette crise du covid-19, les artistes de bals sont en situation encore plus précaire car ils ne touchent donc pas le chômage partiel.

Reporter les fêtes ou payer l’intégralité du contrat

La lettre commune rédigée par les artistes demande aux organisateurs d’essayer de maintenir les fêtes ou, à défaut, de les reporter dans les six mois suivants. Si c’est impossible, les professionnels demandent à ceux qui annulent d’honorer leur contrat : « De payer l’intégralité de ce qu’ils doivent ». Ou, enfin, de mettre en place l’activité partielle et de reconduire les contrats pour la saison 2021. En sachant qu’a priori les collectivités ne pourraient pas faire jouer le dispositif de chômage partiel… « C’est un vrai métier ! Souvent, les comités des fêtes et les communes ne le savent pas, intervient Stéphane Biamont, chef d’orchestre-mandataire du groupe Sortie de secours créé en 1989. Il a aussi créé un site- réseau social de la profession, Pôle Spectacle. « Or nous ne sommes pas rien du point de vue économique : nous représentons au total 55 M€, davantage que les courses camarguaises, par exemple. »

Réunion au sommet ce lundi 15 juin

Eddy Benazeraf reprend : « Nous subissons beaucoup d’annulations unilatérales, et surtout précocement. On ne sait pourtant pas ce qu’il en sera de l’épidémie en juillet, août et septembre. Ces annulations sont en train de donner le coup de grâce à des acteurs artistiques déjà en situation précaire. » C’est dans ce contexte que les mandataires-chefs d’orchestre se réunissent ce lundi 15 juin à Lézignan-la-Cèbe en assemblée générale en présence de députés et du président des maires de l’Hérault, Christian Bilhac.

Le chômage partiel, s’il est appliqué, résoudra le problème des artistes mais pas celui du financement des orchestres… »

Christian Bilhac, président des maires de l’Hérault

Ce dernier, qui sera présent ce lundi, est optimiste : « Nous allons trouver un terrain d’entente. Déjà le président du département de l’Hérault a annoncé octroyer des aides pour tous ces orchestres pour combler les annulations dès lors que les contrats sont de moins de 10 000 euros. Nous allons sensibiliser le conseil régional qui a créé un fonds d’aide de 30 M€ pour la culture. »

Et puis il faudra résoudre une équation. « Je suis aussi optimiste car il y aura des manifestations qui vont finalement s’organiser. C’est certes lié au possible assouplissement à venir de la loi d »urgence sanitaire qui court jusqu’au 10 juillet ». Il ajoute : « Le chômage partiel, s’il est appliqué, résoudra le problème des artistes mais pas celui du financement des orchestres. J’ai l’exemple d’un orchestre qui dépense chaque année 25 000 € en costumes, matériels de scène etc. Jusqu’à maintenant, ces « frais de saison » étaient divisés par beaucoup de dates. Ils ne pourront plus l’être s’il en reste une poignée : cela fera trop cher pour chacun des comités des fêtes. »

Olivier SCHLAMA

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