Europe : De la ferme à la table, nouveaux défis pour la Pac

La Politique agricole commune de l'Union européenne, au coeur du débat, vendredi soir à Murvièl-lès-Béziers. Photo D.-R.

Depuis sa création en 1962, la Pac (Politique agricole commune) a connu de nombreuses réformes. Face à l’évolution rapide du monde, les défis auxquels sont confrontés non seulement les agriculteurs, mais aussi notre société dans son ensemble se multiplient : changements climatiques, volatilité des prix, compétition commerciale mondiale, ou encore le Brexit…

Chaque jour, les agriculteurs doivent ainsi apprendre à travailler dans un environnement en pleine mutation. La réforme qui se prépare « peut fournir l’opportunité de faire émerger un fonctionnement simplifié de la Pac pour ses bénéficiaires, renforçant ainsi la résilience du secteur et le mieux vivre des agriculteurs », affirme-t-on à Bruxelles. Sans forcément convaincre les premiers concernés…

Consultation nationale, des questions demeurent

Le sujet est central en Occitanie Pyrénées-Méditerranée, la deuxième région agricole française (juste derrière la Nouvelle Aquitaine), avec près de 70 000 exploitations. une agriculture très diversifiée (viticulture, élevage, fruits et légumes, cultures certifiées agriculture biologique, etc). L’agriculture et l’agroalimentaire constituant le premier secteur économique de la région avec plus de 160 000 emplois. Et avec 24% de la surface agricole utile (SAU) bio française, l’Occitanie se positionne aussi comme la première région de l’hexagone en agriculture biologique.

Les débats de Bruxelles sont très surveilés en France… Photo D.-R.

Tous les 7 ans, l’Union européenne adopte un nouveau cadre budgétaire. C’est l’occasion de redéfinir les priorités et d’ajuster les grandes politiques communautaires, au premier rang desquelles la Politique agricole commune. Et les réformes qui seront mises en œuvre dans la programmation 2021-2027 se négocient dès à présent. Le temps est donc venu pour les 27 États membres et les différentes institutions de l’Union d’aboutir à un compromis qui se veut « équilibré et ambitieux. »

Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Didier Guillaume, a engagé dè sa nomination, à l’automne 2018, un premier cycle de consultation sur la future Pac avec l’ensemble des partenaires et des parties prenantes nationales. À l’issue de cette consultation et sur la base de ces échanges, la France s’est dotée d’une note de position générale sur la négociation de la PAC post-2020.

Un « fossé » entre déclarations et propositions

Il s’en dégage la volonté de la France d’une Pac « plus simple et plus compréhensible pour les agriculteurs et les citoyens », qui « accompagne la transformation des filières agricoles et alimentaires », qui porte une ambition environnementale en donnant au secteur agricole les moyens de réaliser sa transition agro-écologique » et protège ainsi « contre les risques climatiques, sanitaires et économiques. » Enfin, affirme-t-on à Paris, une Pac qui « assure le renouvellement des générations, la vitalité des zones rurales et protège les territoires les plus fragiles et les plus éloignés. »

Photo JJF

Mais, « le fossé entre les déclarations de principe et les propositions ne fait que se creuser et les agriculteurs en ont assez ! » affirme le syndicat agricole Coordination rurale (CR). Dans l’attente d’un accord définitif sur la Pac, le syndicat « espère que les nouveaux représentants issus de cette consultation électorale sauront redéfinir les termes du débat pour proposer une réforme plus cohérente et incisive. L’objectif étant de refaire de la Pac une politique ambitieuse basée sur les règles agronomiques assurant la souveraineté alimentaire au sein d’une Europe unie. »

Et Nicolas Jacquet (président de France grandes cultures, la branche céréalière de la CR) de dénoncer : « Du maïs français, tracé et issu d’une charte de production, est disponible sur le marché. Pourtant, cette année, 20 millions de tonnes de maïs ukrainien vont inonder le marché de l’Union européenne dont près d’un million de tonnes en France. Comment l’État français peut-il rester aussi impassible face à ces importations toxiques qui en plus cassent nos prix. »

Rendre obligatoire la « mention d’origine »

La tête de liste écologiste (EELV) à ces élections, Yannick Jadot, souhaite quant à lui « que 50 % du budget de la future Pac soit fléché vers l’agriculture paysanne et écologique… » A quoi la présidente de la FNSEA (premier syndicat agricole), Christiane Lambert, répond que la Pac comporte déjà « beaucoup d’éléments environnementaux » et d’« obligations pour les agriculteurs… » Dans La Tribune, elle a récemment rappelé que « les agriculteurs français attendent beaucoup de la réforme de la Pac. » Une réforme initialement prévue en 2020, mais qui pourrait être repoussée de plusieurs années…

La FNSEA soutient la mention obligatoire d’origine pour les produits alimentaires. Photo JJF.

La FNSEA soutient notamment l »initiative citoyenne européenne (Eat Original) qui demande à la Commission européenne de rendre la mention de l’origine obligatoire pour tous les produits alimentaires : « Les citoyens de l’UE ont le droit d’être protégés et d’avoir accès à des informations précises sur les aliments qu’ils décident d’acheter. Pour faire des choix éclairés, les consommateurs doivent savoir où les produits sont récoltés et transformés, connaître l’origine des ingrédients et bénéficier d’informations supplémentaires sur les méthodes de production et de traitement. »

Voilà déjà de quoi alimenter le débat de ce vendredi à l’hôtel de ville de Murviel-lès-Montpellier (salle Lamouroux, 18h30). En présence, outre Alain Barrau, de Sophie Thoyer, enseignante-chercheur, centre de recherche IRSTEA, co-animatrice du site CAPeye (lire notamment les analyses sur la Pac post-2020) et Francois Galabrun, directeur du Gal (Groupe d’action locale) Est-audois. Ainsi que les témoignages de porteurs de projets innovants en matière agricole. parce que c’est tout de même un sujet d’avenir et qu’il faut essayer d’y voir, d’abord, le verre à moitié plein !

Philippe MOURET

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