Culture : A Sète, l’été, sous le sable, une déferlante de festivals

Le théâtre de la Mer, un lieu magique. Sète, terre promise de festivals... Une preuve de plus ? Pour la déjà troisième édition de cinéma du Sun Sète Festival, du 7 au 12 juillet, le cinéaste Abdellatif Kechiche, déjà multi-courronné, pour la Graine et le Mulet entre autres, tourné à Sète, présentera en avant-première nationale le Canto Due, deuxième opus de Mektoub My Love. Photo : Pierre Nocca.

Fiesta Sète, Jazz à Sète, Sun Sète Festival, La Route du Large, Fernande, Demi-Festival, Images singulières… Dix-sept événements ! « Un foisonnement », a qualifié le maire François Commeinhes. Avec même une scène flottante et deux nouveaux cette année : Sète Invite et Sous les Rochers, la plage (rock), l’Ile Singulière est l’une des villes les plus festivalières de France », dit le chercheur au CNRS Emmanuel Négrier.

Mocassins, Converse, bottines en cuir, escarpins, baskets… A Sète, il en est des festivals comme des chaussures. Celles, si différentes des directeurs des festivals Sétois de la saison 2018, présents au Club de la Presse ce vendredi, montraient bien la diversité des personnalités et des propositions culturelles. Rien que durant l’été et principalement en un lieu à nul autre pareil : le Théâtre de la Mer, balcon immarcescible sur la Méditerranée, accueille une douzaine de rencontres, festivals, et autres joyeusetés musicales de haut vol. Un record en France. Et donc en Occitanie. « Si Sète n’est pas la championne ès festivals de l’été, elle est la seconde ou troisième en France », affirme Emmanuel Négrier, directeur de recherches au CNRS à Montpellier et auteur d’une étude de référence sur le sujet. Pas moins de dix-sept événements !

Rien que cette année, il a dû falloir faire phosphorer quelque ingénieur en organisation d’agenda pour caser deux nouveaux événements à découvrir d’urgence, le premier se tient le 21 juillet. Ce sera la première édition du festival Sète Invite, dont le principe est de produire un… festival français. Une mise en abyme ! Boréalis sera le premier invité. Ensuite, ce sera du bon vieux rock qui s’invitera du 26 au 28 juillet. Son nom ? Joli : Sous les Rochers, la plage. Avec Trust, les Wampas (de Montpellier qui ont mis Evangelisti, le champion de joutes, sur une pochette d’album) et même le meilleur groupe de rock au monde (si, si !), les Liminanas (de Perpignan), que Dis-Leur vous a fait découvrir. On se croirait presque revenu au temps, les années 1970, de l’immortel Heartbreak Hôtel…

« En 2017, on avait déjà battu des records avec plus de 235 000 spectateurs payants ; soit 15 000 de plus qu’en 2016. Je crains que 2018 batte encore des records »

François Commeinhes, le maire

Sète, terre promise de festivals… Une preuve de plus ? Pour la déjà troisième édition de cinéma du Sun Sète Festival, du 7 au 12 juillet, le cinéaste Abdellatif Kechiche, déjà multi-couronné, pour la Graine et le Mulet entre autres, tourné à Sète, présentera en avant-première nationale le Canto Due, deuxième opus de Mektoub My Love. Claude Lelouche sera présent.

Scène flottante !

« En 2017, on avait déjà battu des records avec plus de 235 000 spectateurs payants ; soit 15 000 de plus qu’en 2016. Je crains que 2018 batte encore des records », a dit François Commeinhes, le maire. Et quel que soit le style ça marche ! Sète, terre de tournages avec l’indépassable Romy Schneider dans César et Rosalie, Agnès Varda et son film la Pointe-Courte, le réalisateur Henri Colpi et, plus récemment, les séries à succès Candice Renoir et Demain Nous Appartient, certes. Mais « même les petits festivals comme le Demi-festival -avec concert d’ouverture le 8 août du Sétois Demi-Portion sur une scène flottante sur le canal Royal ! – ou Sun Set Festival progresse année après année », pointe François Commeinhes.

« Le principe est d’investir des petits délaissés de voirie, des murs ou des sols, explique-t-on, et de les remplir avec des sortes de petites briques colorées. C’est très original et percutant. »

« On répond à une attente », certifie le maire de Sète. Qui, dans sa liste de dix-sept événements estivaux, il comprend BD à la Plage ou encore les Automnales… Pour les festivals plus anciens, comme Jazz à Sète, ou Images Singulières (du photo-journalisme, hommage cette année aux événements de Mai-1968) qui fête ses dix ans, le Worldwide Festival (musique électro sur la plage) là aussi pas de lassitude. De la même façon, les arts urbains, les arts contemporains seront à l’honneur avec le K-Live au cours duquel on assistera à une performance étonnante d’un artiste : « Le principe est d’investir des petits délaissés de voirie, des murs ou des sols, explique-t-on, et de les remplir avec des sortes de petites briques colorées. C’est très original et percutant. » L’élue Christelle Espinasse n’a pas oublié le traditionnel festival de chansons 100 % françaises Quand je pense à Fernande avec un concert du Gardois Julien Doré « déjà complet », Dominik A et Camille qui le seront bientôt. Évoquant le street art, François Commeinhes a eu ce mot : « Tout le monde veut sa façade graffée par un artiste. On se bat pour sélectionner… »

Voix Vives veut faire entendre sa différence. La créatrice de ce festival de poésie, Maité Vallès-Bled, par ailleurs conservatrice du musée Paul-Valéry, a insisté sur le fait qu’il est « faux de dire que la poésie est élitiste comme la culture occidentale nous le transmet. En Orient, le poète a un statut. » Et à Sète un public : « En 2017, 68 000 personnes, des publics très différents, y ont assisté. Les poètes s’inscrivent dans l’actualité du monde et des ressentis », a formulé Maité Vallès-Bled. Sapho chantera Barbara. Et une autre Barbara, Hendricks, donnera un récital devant 500 privilégiés à la Décanale Saint-Louis. Une première qui promet d’être envoûtante. Le festival Cap au Large qui permet à des handicapés de faire du bateau grâce à leur école de voile solidaire n’a pas encore bouclé sa tête d’affiche. « Ce sera chose faite le 4 juin », indique Vincent Damourette, rappelant que l’association est dans de graves difficultés financières. « Mais on ne va rien lâcher et rester dans l’esprit de Mai-1968. »

Un euro investi, c’est 4 euros de retombées économiques directes. Et si l’on compte les restaurants, les magasins de vêtements etc., c’est 5 euros. C’est bénéfique mais il va falloir faire des choix… »

François Commeinhes

Pour la mise en place de ces festivals et de la politique culturelle en général, Sète dépense « 8 millions d’euros par an soit 10 % de son budget de fonctionnement ». Le jeu en vaut la chandelle : « Un euro investi, c’est 4 euros de retombées économiques directes, argue le premier magistrat. Et si l’on compte les restaurants, les magasins de vêtements etc., c’est 5 euros. C’est bénéfique mais il va falloir faire des choix à l’avenir. » Gilles Favier (Images Singulières) a pris cette image : « Il faut proposer de la culture ; si ça rapporte tant mieux. Il ne faut pas penser à ce que ça rapporte. C’est la cerise sur le gâteau… » Le directeur d’Images Singulières ne « pouvait pas passer à côté de Mai-1968 ». Dès le 8 mai, son festival de photos, qui s’inscrit entre ceux d’Arles et de Perpignan (Visa pour l’Image), offre une rétrospective de Mai-1968 vu par les photographes de France-Soir qui ont tout suivi des événements. Elles témoignent d’une violence qu’on a un peu oubliée. A l’époque, le quotidien était proche du pouvoir et ces photos ont été censurées. C‘est une vraie alternative : il n’existe en réalité que peu de fonds iconographiques de cette période… »

Le Théâtre de la Mer est un endroit exceptionnel que tous les artistes s’arrachent. Il n’y a que deux autres endroits au monde aussi magiques, l’un à Malaga, en Espagne, l’autre à Taormina, en Sicile. Et la plupart des musiciens préfèrent Sète ! »

Emmanuel Négrier du CNRS

« Sète, c’est le cas emblématique de la festivalisation de la culture », décrypte Emmanuel Négrier, du CNRS. Cela vient d’abord du fait que le Théâtre de la Mer est un endroit exceptionnel que tous les artistes s’arrachent. Il n’y a que deux autres endroits au monde aussi magiques, l’un à Malaga, en Espagne, l’autre à Taormina, en Sicile. Et la plupart des musiciens préfèrent Sète ! » Quant à la stratégie municipale de s’appuyer sur un nombre conséquent de festivals et une telle dynamique culturelle, Emmanuel Négrier ajoute : « Ces festivals attire aussi les bobos. Et quand vous demandez à Gilles Peterson directeur du Worldwide Festival, pourquoi il vient à Sète, il vous répond : parce que c’est Sète ! »

Magique théâtre de la Mer. Photos : Pierre Nocca

Quant aux retombées, son analyse est plus subtile. « Si l’on prend un autre exemple, celui des Eurokéennes de Belfort qui a 9 millions d’euros de budget, 1 euro d’aide publique rapporte là bas 19 euros de retombées. C’est un chiffre d’autant plus important que désormais la part d’aide publique a chuté. Ce que je veux dire c‘est que pour bien calculer les retombées il faut ôter les 30 % de Sétois ou les 40 % d’Héraultais qui viennent à ces festivals. Pour autant, ce n’est pas idiot de la part de François Commeinhes de créer un tel écosystème. De plus ça valorise un territoire pas forcément valorisé jusque-là sur le plan économique, avec des filières en crise et une population qui, historiquement, n’est pas riche. Arles, Montpellier évidemment, et Perpignan en son temps, sont autant de villes qui ont parié sur la culture comme axe de développement de leur territoire. »

Olivier SCHLAMA

« Depuis deux ans, l’attractivité est de plus en plus forte à Sète, a souligné le maire, citant deux séries phare, dont Demain nous appartient qui attire 4 millions de téléspectateurs chaque soir devant leur TV… »

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ET ENFIN LES LIMINANAS !