Bande dessinée : Adrénaline dit tout sur le nouvel album d’Astérix

Une année anniversaire (le 60e) et la sortie d’un nouvel album tant attendu : 2019 est résolument l’année Astérix ! Tradition de l’alternance oblige, c’est au cœur du célèbre village gaulois que la nouvelle aventure d’Astérix et Obélix prend place. Après une escapade en Italie en 2017 avec Astérix et la Transitalique, retour en Armorique pour une rencontre qui va bouleverser le village ! La fille de Vercingétorix est le fruit de la quatrième collaboration entre le scénariste Jean-Yves Ferri et le dessinateur Didier Conrad. Le duo, toujours à pied d’œuvre pour imaginer de nouvelles aventures s’inscrit dans le fabuleux univers créé par René Goscinny et Albert Uderzo.

La voici donc, cette invitée mystère dont l’arrivée au village fait l’objet de toutes les conversations. Fille de… qui vous savez, Adrénaline est avant tout une jeune fille confrontée aux problématiques classiques de l’adolescence et le parfois douloureux passage à l’âge adulte, véritable thème de ce 38e album.

En effet, si son illustre paternel n’apparaît qu’à l’occasion d’une case dans toute la série, la jeune adolescente existe ô combien, et porte l’album comme sans doute aucun personnage féminin ne l’avait fait jusque-là dans la série. Elle est la force motrice qui par ses décisions conduit l’action de bout en bout, allant jusqu’à épuiser parfois Astérix et Obélix dont la mission consiste à la suivre !

En ce sens, elle est donc la première véritable aventurière de la série, l’histoire de cette 38e aventure reposant entièrement sur elle. Elle nous en dit un peu plus :

L’interview d’Adrénaline

Bonjour Adrénaline, je suis ravi de t’accueillir dans les aventures d’Astérix et d’…

A. : T’es qui, toi ? Gaulos ou romos ? T’étais à Alésia ? Méfie toi, j’aime pas
les traîtres …

… euh et d’Obélix. Peux-tu nous parler de ton parcours, d’où tu viens ?

A. : Vite fait alors. Mon papa était assez connu. Il s’appelait Vercingétorix. C’était une flèche, mon papa. Il me manque. C’est pas simple, tout le monde me parle de lui. D’ailleurs j’en ai ras l’amphore que tout le monde soit sur mon dos. Ca a commencé avec les copains de mon papa, les gros arvernes qui chochotent. Maintenant c’est tous ces Romains bas du casque qui me courent après… J’étais mieux quand j’étais planquée sur Lutèce. C’est chouette, Lutèce, un peu plus le trou que Nemessos (Clermont Ferrand) mais chouette quand même …

Tu sembles être une jeune fille formidable, mais avec un gros tempérament. J’imagine que tu es en train de traverser ce qu’on appelle communément une crise d’adolesc… ?

A. : Et ta soeur, c’est Cléopâtre ? Je veux qu’on me lâche les brogues, c’est tout. Faut
arrêter de me prendre pour un étendard. «Fille de Vercingétorix» Ils n’ont que ça à la bouche ! Ils ne pensent qu’à se taper dessus en me prenant pour prétexte,
ces barbares. Y’en a pas un qui m’aime vraiment. Si ca continue, je vais me faire
druidesse aux Carnutes ! …

Ne nous énervons pas ! Pourrais-tu maintenant te décrire à nos lect…

A. : Je suis pas style Falbala si tu veux savoir ! Conrad m’a plutôt dessinée gracile. Ferri voulait que je sois habillée dans le style gothique qui fait fureur à Lutèce. J’ai aussi un torque autour du cou, un collier assez tendance et qui plaît pas mal. Y’en a même qui voudraient me le prendre. Sinon le coloriste m’a roussi les cheveux. D’après moi un peu trop, mais bon, ca prouve mon tempérament de feu.

Avant de te laisser tranquille, est-ce que…

A. : Quand tu veux ……

Euh est-ce que tu peux nous raconter tes liens avec tes nouveaux amis du village gaulois ?

A. : J’en ai croisé des vraiment cools et d’autres vraiment trop relou. Y’a le petit à
moustaches jaunes et son pote au menhir qui sont pas méchants mais qui me collent un peu aux braies. Y’a les Romains que j’évite. Et aussi un malade qui me persécute. Les plus gentils c’est mes copains du village. Avec eux, c’est Byzance, ils me comprennent, on parle de tout. J’aime bien aussi les chansons engagées d’Assurancetourix, le barde …

À ce propos, pourrais-tu enlever ton casque deux minutes, ce n’est pas très poli d’écouter sa musique quand on parle aux gens ?

A. : C’est pas ma musique, c’est mon torque !

Des adolescents au coeur de l’aventure

Les Gaulois avaient déjà été confrontés à ce problème dès 1966, dans le 9e album de la série : Astérix et les Normands. Lorsqu’il avait fallu accueillir le jeune Goudurix, neveu du chef Abraracourcix… Que peut faire une adolescente esseulée dans un petit village Gaulois, à part « s’ennuyer à mourir » et surfer sur sa tablette en pierre ?

Dans un élan de grande bonté, les auteurs lui ont concocté une petite surprise : la création de tout un tas de copains ! Jusque-là dans l’ombre de leurs parents, les jeunes du village n’ont jamais occupé la place qu’ils méritaient dans la série. Justice leur soit rendue, grâce à l’imagination débordante de Jean-Yves Ferri et au coup de pinceau de Didier Conrad.

Deux adolescents du village prennent dans ce nouvel album une place particulièrement importante : Selfix et Blinix, également des « fils de », à savoir les rejetons du forgeron Cétautomatix et du poissonnier Ordralfabétix et, éternels amis-ennemis du village, très portés sur la bagarre.

Ces deux jeunes sont comme tous les adolescents dignes de ce nom : ils contestent le « système » – basé ici sur la « potion qui rend obèse » -, et refusent catégoriquement de poursuivre la tradition familiale liée aux métiers de leurs parents respectifs : rien ne sert de forger pour être forgeron, ni même de poissonner pour devenir poissonnier, la jeunesse aspire désormais à faire ses propres choix !

Des choix qui vont profondément perturber l’un des piliers de la série : En effet, dans l’album précédent, Astérix et la Transitalique, Obélix s’était imposé comme le meneur de l’aventure. Dans La Fille de Vercingétorix, le rôle du livreur de menhir conserve son importance de taille (de menhir), mais il semble qu’Adrénaline lui ait complètement volé son statut de leader !

Le pauvre se voit totalement déboussolé par le mode de vie auquel aspirent les jeunes du village. Colérique, jaloux, parfois même de mauvaise foi. Il ne lui manquerait plus qu’une casquette vissée sur le côté pour incarner le parfait éternel adolescent du village, certes un peu plus âgé que les autres !

Bien sur, il y a aussi des Romains, des Gaulois, quelques baffes et un banquet final… On est bien dans un album d’Asterix, pour lequel les auteurs Jean-Yves Ferry et Didier Conrad (voir l’entretien ci-dessous) ont su rester fidèles à l’esprit de Goscinny et Uderzo, tout en imprégnant les albums de leur propre talent.

Pour cet album du 60e anniversaire, un tirage initial de 5 millions d’exemplaires (dont 2 millions en français) est prévu, en 15 autres langues, dont le basque et le catalan… Et depuis 60 ans, ce sont 380 millions d’albums qui ont été vendus !

Ph. M.

Sortie le jeudi 24 octobre 2019; aux éditions Albert René; 9,99 € pour l’édition classique.

Le mot des auteurs :

Pourquoi avoir choisi de mettre en avant un personnage féminin, et qui plus-est, une adolescente ?

JYF : Au départ, j’avais l’idée de ressortir le grand Vercingétorix lui-même de son tiroir. Le problème est que ça risquait de trop interférer avec l’Histoire, la vraie. Comment expliquer en effet que les Gaulois du village ne soient pas intervenus pour secourir leur chef historique ? Finalement j’ai pensé que ce dernier devait demeurer
ce qu’il est, c’est à dire un simple prologue mythique aux aventures d’Astérix. Du coup, j’ai préféré chercher du côté d’une fille qu’il aurait eue, ce qui est bien sûr totalement inventé ! Et le thème de l’album s’est mis à tourner autour de
l’adolescence… Ce thème n’avait plus été traité depuis le personnage du jeune Goudurix (Astérix et les Normands). J’ai pensé qu’aujourd’hui, on pourrait l’aborder
différemment.

DC : Nous avions envie de développer des personnages féminins et à l’exception de Zaza dans Le Cadeau de César, il n’y a pas eu d’adolescentes dans Astérix. Après 37 titres, il est toujours préférable de choisir des sujets et des types de personnages
peu abordés par les créateurs de la série si l’on veut trouver des idées nouvelles et apporter une certaine fraîcheur.

Parlez-nous du contexte historique dans lequel vous avez puisé pour l’écriture de cet album

JYF : L’action se situe quelques années après la défaite d’Alésia. L’idée était d’imaginer un réseau secret d’Arvernes restés fidèles à Vercingétorix. Bien évidemment, ils veillent (comme ils peuvent) sur la fille de leur chef regretté. Et sur son « torque », une sorte de collier honorifique qu’elle a reçu de son père en héritage. Comme toujours, j’essaie d’utiliser certains éléments historiques. Comme cette allusion au climat de division qui a entouré le siège d’Alésia, ou cette manière dont les Romains menaient leurs combats en mer. Astérix est une série pour rire mais l’humour marche d’autant mieux si le fond est plausible.

DC : Cela nous permettait également de croquer de nouveaux personnages hauts en couleurs, à savoir les Arvernes et leur accent si particulier !

Vous avez le même âge que vos personnages. Quelles ont été vos rapports avec le personnage d’Astérix depuis votre enfance ?

JYF : Oui j’ai le même âge qu’Astérix, je suis né en 59 après JC. Ça crée forcément des liens avec la série ! (rires) Alors, quand on m’a confié la responsabilité du scénario, j’ai mis mon casque et je me suis mis à fouiller dans les malles de Panoramix. Mais Astérix était le fruit de la rencontre entre Goscinny et Uderzo, deux personnalités bien spécifiques et inimitables. Je n’ai donc découvert aucune »recette »… À chaque nouvel album, nous essayons juste de conserver un certain esprit de la série, fait de ce mélange d’antique et d’actuel qui fait toujours rire. L’idée est de partir chaque fois dans une direction neuve, inspirée du monde d’aujourd’hui, qui, heureusement, nous fournit tous les jours, comme on sait, son lot de thèmes réjouissants !

DC : J’ai lu mon premier Astérix à l’âge de 8 ou 9 ans. J’aimais déjà beaucoup la BD et Astérix a été une révélation. Je suis toujours surpris d’avoir eu la chance d’être choisi pour continuer cette série unique dans l’histoire de la BD.

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