Bande dessinée : La Retirada en quelques albums choisis

Le bandeau titre de la BD "Exil", l'un des meilleurs albums évoquant la Retirada...

Pour les lecteurs de bande dessinée, la guerre d’Espagne évoque forcément ces chefs d’oeuvre que sont Les Phalanges de l’Ordre noir (1979, Dargaud) de Christin et Bilal et le Paracuellos (1980, Fluide Glacial) de Carlos Gimenez. Et plus récemment, la série Mattéo (éd. Futuropolis), de Jean-Pierre Gibrat. ou la trilogie Max Fridman de Giardino (Glénat). Mais la liste est longue des BD consacrées à ce dramatique moment de l’Histoire. Et la Retirada y est largement contenue… Quelques pistes, non exhaustives :

En commençant par D’Ailleurs (2017, Vide Cocagne) d’Alain Munoz, qui retrace le périple des réfugiés espagnols à travers le récit d’Antonio, qui fut l’un de ces « oubliés » contraints de fuir leur terre natale pour la France. Mais qui, comme tant d’autres, n’a jamais pu considérer ce pays que comme un « refuge », une « cachette » et les Pyrénées comme « un talus derrière lesquels on se blottit pour que le grand méchant loup ne nous trouve pas… » Un de ces hommes qui, malgré le temps passé et une vie nouvelle, n’ont jamais cessé de se sentir d’Ailleurs…

Le témoignage de l’un de ces milliers de réfugiés. C’est aussi le prétexte choisi par Lapière et Torrents pour Le Convoi (2013, Dupuis). lorsque Angelita, qui vit à Montpellier en 1975, doit se rendre à Barcelone où sa mère est hospitalisée. Dans le train qui la mène vers Barcelone, elle découvre à travers les souvenirs de son beau-père la véritable histoire de ses parents et de leur exil à travers les Pyrénées, puis dans les camps des Pyrénées-Orientales…

Redécouvrir des récits familiaux

S’inspirant de l’histoire de la propre famille du dessinateur Eduard Torrents, Denis Lapière lève le voiles sur des pages sombres et mal connues de l’histoire européenne du XXe siècle. Quand destins individuels et histoire collective s’entrechoquent au sein d’une même famille… La perte, mais aussi les retrouvailles et la vie au-delà des drames.

Lire également Exil (2013, Vents d’Ouest) dont les auteurs, tous deux d’origine espagnole Henri Fabuel et Jean-Marie Minguez rendent un bel hommage à ces femmes et ces hommes qui fuyant les horreurs de la guerre, trouvèrent un nouveau calvaire dans l’exil. Vu à travers les souvenirs de Francisco qui vit à Perpignan et attend la venue de ses enfants un soir de Noël, lorsque la neige qui tombe le replonge dans des souvenirs douloureux…

Jean-Marie Minguez, auteur perpignanais, raconte là l’épopée de son grand-père et c’est donc une véritable aventure familiale qu’il dévoile, faisant ainsi naître bien des échos chez les descendants de ceux qui ont vécu la Retirada

Deux jeunes femmes en quête de réponses

L’ange de la Retirada (2010, 6 Pieds sous Terre) est un one-shot signé Serguei Dounovetz et Paco Roca (dont on peut également lire Le Phare) qui passe par les pensées et sensations de Victoria, une jeune fille de Béziers d’origine espagnole. Elle aime à s’isoler dans un grenier de l’immeuble, où elle imagine retrouver l’esprit de ceux d’autrefois. C’est notamment lors d’un pique-nique sur la plage d’Argelès-sur-Mer que ses pensées vont rejoindre celles des milliers d’exilés ayant vécu de si dramatiques événements sur le sable de cette même plage…

Récit en un seul volume, également avec Dolorès de Bruno Loth (2016, La Boite à Bulles) : Pourquoi la mère de Nathalie, pourtant sujette à des trous de mémoire, se met-elle à parler espagnol ? Et pourquoi souhaite-t-elle se faire appeler Dolorès ? Pour répondre à ces questions, Nathalie dé ide d’enquêter sur le passé de sa mère en Espagne… Marie-Dolorès aurait-elle été l’une de ces 70 000 enfants qui ont fui Franco et la guerre lors de la Retirada ?

La guerre d’Espagne, page après page

Si l’on veut élargir cette brève sélection à la guerre d’Espagne,on ne peut faire l’économie des albums signés Carlos Giménez. Né en 1941 à Madrid, il a composé une véritable autobiographie en bande dessinée avec Paracuellos (Alfred du meilleur album au Festival d’Angoulême 1981) véritable chef d’oeuvre patrimonial de la BD, puis Barrio et Les Professionnels… Sans oublier Les Temps Mauvais (2013, Fluide Glacial) sur la période de la Guerre civile.

Quelques albums récents à retenir : Insoumises de Javier Cosnava (2016, éd. du long Bec), le destin de trois femmes, trois amies trois combattantes entre 1934 et 1945… Jamais je n’aurai 20 ans, de Jaime Martin (2016, Dupuis) sur la vie d’Isabel, jeune couturière anarchiste et rebelle prise avec son amoureux dans la tourmente de la guerre d’Espagne… Sept Athlétes par David Morancho (2017, Delcourt) ou le destin de sportifs venus à Barcelone pour des compétitions visant à contrer les jeux Olympiques de Berlin et piégés par le débu de la Guerre civile… Et tout récemment sorti en librairie, le nouvel album d’André Juillard Double 7 (avec Yann, Dargaud, 2018).

Philippe MOURET