Emploi : L’Aveyron recrute des centaines de CDI !

Le 13 octobre, explique Jean-François Galliard, je monte à Paris avec 18 entreprises qui, en réalité, ne proposeront pas 200 CDI mais... 240 CDI ! Et ce sont des postes dans des secteurs variés."  Cela va de la PME à la très grosse boîte mondiale comme RAGT, le Crédit Agricole, un investisseur chinois, etc. Le matin, c'est un job dating et l'après-midi un forum de l'emploi. Photos : Conseil départemental de l'Aveyron.

Macron conseille de « traverser la rue » pour trouver du travail. L’Aveyron propose à plus de 200 personnes – dans un premier temps – de traverser la France « pour changer de travail et changer de vie », comme l’explique Jean-François Galliard, président du conseil départemental qui a monté une opération unique en France le 13 octobre à Paris, façon job dating et forum de l’emploi : L’Aveyron Recrute à Paris. Plus largement, dans ce département, un millier d’emplois sont à pourvoir immédiatement.

Le roquefort. Le viaduc de Millau. Le musée Soulages, à Rodez. L’aligot. Le Larzac. Michel Bras. L’Aubrac. Le couteau Laguiole. Une nature époustouflante. Une concentration record de plus beaux villages de France. Un air pur à faire tourner la tête. L’Aveyron, ce sont des images fortes. A l’opposé de son taux de chômage, faible. Ce n’est pas un tapis de pétales de roses pour ceux qui veulent s’y installer. Ni une couche de ronces, non plus. C’est un département de caractère. Qui lance une opération inédite et expérimentale : L’Aveyron recrute à Paris. L’événement, prolongement physique d’une plate-forme existant depuis trois ans, se déroule le 13 octobre à Paris (1) mais « si un Montpelliérain se trouve dans la capitale ce jour-là, on l’accueille !« , souligne Alexandre Cayrac, qui pilote l’opération au nom du conseil départemental. L’idée de ce département à l’environnement extraordinaire : booster son paysage économique.

Les chefs d’entreprises me disent tous qu’ils recherchent désespérement du personnel. Et les collectivités, elles, cherchent toutes à attirer de la population. Ces deux mondes ne se parlent pas… »

Jean-François Galliard, président UDI du conseil départemental de l’Aveyron.

Les Aveyronnais installés à Paris sont nombreux, notamment les limonadiers qui y possèdent nombre de brasseries. Pas les Parisiens en Aveyron qui a pourtant gagné, petite victoire remarquable, 0,1% de population entre 2007 et 2012 (Insee), grâce à de nouveaux arrivants. Mais c’est insuffisant. « J’ai été élu il y a 20 mois président du conseil départemental, confie Jean-François Galliard. Et quand je discute avec les chefs d’entreprises, ils me disent tous qu’ils recherchent désespérement du personnel. Et les collectivités, elles, cherchent toutes à attirer de la population. Or, ces deux mondes ne se parlent pas ou se parlent peu. De plus, notre taux de chômage de 6 %, ce qui est quasiment structurel, lié au turn over naturel. »

On a pensé monter cette opération pour recruter, comme le Québec a l’habitude de le faire en France. Nous sommes des facilitateurs. »

Le président UDI de l’Aveyron poursuit : « On a pensé monter cette opération pour recruter, comme le Québec a l’habitude de le faire en France. Nous sommes des facilitateurs. » Le sous-titre de l’Aveyron Recrute est explicite : Changer de travail, changer de vie. Le 13 octobre, ajoute Jean-François Galliard, je monte à Paris avec 18 entreprises qui, en réalité, ne proposeront pas 200 CDI mais… 240 CDI ! Et ce sont des postes dans des secteurs variés. »  Cela va de la PME à la très grosse boîte mondiale comme RAGT, le Crédit Agricole, un investisseur chinois, etc. « Le matin, c’est un job dating et l’après-midi un forum de l’emploi. Seront aussi présents la chambre de commerce et la chambre des métiers… Cet événement n’est pas juste un coup ; je veux l’inscrire sur la durée. »

L’Aubrac et tous nos paysages magnifiques n’y suffisent pas. Il faut prendre la main des gens intéressés pour s’installer chez nous… »

Le Viaduc de Millau. Photo : conseil départemental de l’Aveyron.

La raison principale de ce décalage, selon Jean-François Galliard, réside dans une évolution des mentalités : « Ces belles images de l’Aveyron ne font plus la différence. « Il y a un frein psychologique fort pour franchir le pas. Souvent, le candidat au départ se dit : « On va s’embêter là bas… » Eh bien, je pense que l’Aubrac et tous nos paysages magnifiques n’y suffisent pas. Il faut prendre la main des gens intéressés pour s’installer chez nous… »

Justement, prendre la main des candidats, ce n’est pas chose aisée. Alexandre Cayrac explique le marketing audacieux appliqué à cette opération, sans doute unique en France : « Notre priorité, c’est le parler vrai auprès des potentiels candidats à l’installation. » Le tapis de roses peut comporter quelques épines mais on peut éviter de se piquer avec.

Un millier de postes sont à pouvoir immédiatement dans le département de l’Aveyron

L’Aveyron tente une nouvelle approche. « Le déclic s’est produit quand on s’est aperçus que quasiment systématiquement les candidats à l’emploi préféraient Toulouse ou Montpellier… » Alexandre Cayrac a évalué à un « millier le nombre de postes à pouvoir immédiatement en Aveyron. Nous disposons d’une plate-forme dédiée dont l’objectif est d’être complémentaire de Pôle Emploi ».

Toutes sortes d’emplois sont accessibles en quelques clics. Dans le BTP et la construction, l’informatique, la maintenance, etc. « On a pas mal de projets industriels et de grosses entreprises comme SAM (Société aveyronnaise de métallurgie) ou la SNAM (recyclage de batteries), Inforsud (informatique, le Crédit Agricole, JPM Carrosserie (bennes de camion), mais aussi la société Verdier, l’un des cinq plus gros voyagistes français…

Job dating à Paris avec 50 recruteurs

Le musée Soulages. Photo : CD Aveyron.

Pour la journée du 13 octobre, on attend foule. « Le samedi matin du 13 octobre s’organise un job dating avec 50 recruteurs disposés dans 25 espaces, précise Alexandre Cayrac. Cela se fait en temps réel. Si le recruteur et le candidat en sont d’accord, le recrutement peut se conclure dans la foulée. L’après-midi est ouverte à tous ceux qui se sont pré-inscrits. Si le candidat obtient une réponse positive à une offre, il se rend alors au rendez-vous. »

Pour Alexandre Cayrac, les raisons de cette pénurie de main d’oeuvre sont à rechercher d’abord du côté d’une problématique nationale : « Il y a une inadéquation entre les offres et la demande d’emploi. Certains chefs d’entreprise recherchent aussi des moutons à cinq pattes ; et notre rôle est de leur expliquer que certains profils recherchés sont trop complexes et trop précis. Qu’il faut davantage considérer le futur collaborateur comme un client… »

Notre objectif est d’attirer de nouveaux Aveyronnais mais en les écoutant, en leur tenant un discours de vérité sur qu’est ou n’est pas l’Aveyron. L’Aveyron, ce n’est plus ou pas partout, ce territoire romanesque « hors du temps »

Alexandre Cayrac, pilote du dispositif

De son côté, le Département de l’Aveyron prend les choses à bras le corps. « La vraie question pour nous, c’est, en plus de certaines pratiques de recrutement qui ne sont plus adaptées, de rendre notre territoire attractif, détaille Alexandre Cayrac. C’est en partant de ce constat que nous avons mis sur pieds un vrai projet d’accompagnement des futurs arrivants. On a pris conscience que, dans une volonté de changer de vie, de déménager, il y a toujours un côté anxiogène. Notre objectif est d’attirer de nouveaux Aveyronnais mais en les écoutant, en leur tenant un discours de vérité sur qu’est ou n’est pas l’Aveyron. » L’Aveyron, ce n’est plus, ou pas partout, ce territoire romanesque « hors du temps ».

On tient un discours de vérité ; l’Aveyron, ce n’est plus, ou pas partout, ce territoire romanesque hors du temps »

Si l’on ne prend pas en considération la sociabilisation des néo-Aveyronnais, la greffe peut ne pas prendre et « tout le monde peut être déçu ». « Il faut aussi s’occuper de la recherche d’emploi du conjoint ; se soucier de leur installation, de leur difficultés du quotidien, de la garde des enfants, par exemple, et de leur donner des clefs de compréhension de la société aveyronnaise pour réussir leur intégration : « Quand on arrive dans un village, pour vaincre l’isolement, il faut se présenter au maire et ainsi tout devient plus facile. »

Budget de 500 000 euros en 2018

Pour faire fonctionner ce service dédié, le Conseil départemental d’Aveyron dispose d’une enveloppe de 500 000 euros pour 2018, dont 100 000 euros pour l’opération l’Aveyron Recrute.

Le département attire aussi les médecins

Le conseil départemental n’en est pas à son coup d’essai. Depuis plusieurs années, ce service investit son ingénierie pour attirer des médecins. Contrairement à de nombreux territoires ruraux, la stratégie ne repose pas sur des primes à l’installation. « A part une aide au logement pour les médecins en stage, on ne leur donne pas d’argent. En revanche, on essaie de leur trouver à chaque fois un bon maître de stage et quand ils repartent finir leurs études, on les suit de toutes les manières possibles, à travers les réseaux sociaux, s’il le faut. On garde contact et on fait tout pour leur faire apprécier l’Aveyron. » Et ça marche : « Désormais, il y a autant de médecins qui s’installent chez nous que de départs à la retraite… »

Olivier SCHLAMA

  • (1) L’Aveyron Recrute se déroule rue de l’Aubrac, à Paris, dans les Salons de l’Aveyron, le 13 octobre.
  • Dans un article daté du 29 septembre 2018, titré « Les employeurs cherchent parfois le mouton à cinq pattes », le Monde explique que, « derrière le débat sur le chômage, la persistance d’emplois non pourvus révèle une réalité plus complexe. Délégué général de la République en marche, Christophe Castaner évoque 300 000 emplois non pourvus. Tiré d’une étude de Pôle Emploi de décembre 2017, ce chiffre ne représente pas le nombre de recrutements ayant échoué faute de gens prêts à travailler. Sur ces 300 000, 97 000 offres ont été annulées par les recruteurs eux-mêmes – ils n’ont pas remporté un appel d’offres, par exemple -, 53 000 concernaient des offres toujours en cours. Et si 150 000 recrutements ont été abandonnés faute de candidats, c’est surtout  faute de profils adéquats. Enfin, les offres d’emploi n’ayant fait l’objet d’aucune candidature sont rarissimes : 19 500 cas, soit 0,6 % du total. »