Sète : Castaner, porte-parole du macronisme, fait du… Macron

Un Sétois interpelle Christophe Castaner ce samedi matin : "Le matin, de vrais Français font les poubelles devant moi... Et les gosses...? Comment allez-vous améliorer la situation  ?" Castaner répond après avoir accusé le coup : "C'est la question. Il y a un phénomène d'aggravation de la pauvreté. Et, en particulier, chez les mineurs. Car on a de plus en plus de mères isolées, sans revenus. C'est insupportable. Nous présenterons bientôt un grand plan contre la pauvreté." Photos : Olivier SCHLAMA

Place de la mairie, à Sète, Christophe Castaner, émissaire de Macron, a répondu, lors d’un stand up, ce samedi matin aux questions des Sétois sympatisants d’En Marche qui composaient l’essentiel de son faible auditoire. Un exercice toutefois nouveau et intéressant qui prend le pouls de la population auprès de laquelle il veut rester « Au contact ».

« Je suis du Luberon mais attention du nord du Luberon, pas du Luberon riche… » Ah l’étiquette de gouvernement dit des riches qui lui colle comme un sparadrap… Ou : « Avec moi, pas de langue de bois… » Durant deux bonnes heures, ce samedi matin, sur la place du Poufre, celle de la mairie de Sète, Christophe Castaner, chemise blanche décontratée et baskets assorties, s’est employé à faire oeuvre de pédagogie. A déconstruire les soi-disant idées reçues ; à décrypter la façon dont le gouvernement s’emploie, dans tous les domaines, à s’affranchir de ce qu’il appelle les vieux paradigmes et à lutter contre les vieux démons qui bloquent la société française. En installant une discussion « informelle », baptisée « Au contact ». Qui tenait davantage de la réunion publique en plein air, au regard des nombreux sympathisants LREM présents dans l’assistance. « L’idée n’est pas de faire de longs discours, a dit, devant quelque 150 personnes, le délégué général d’En Marche et secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement. L’idée, c’est de prendre le temps d’échanger et si je ne sais pas je vous le dirais. On prendra vos coordonnées et je vous répondrais après. La langue de bois n’est pas dans mon caractère. »

Christophe Castaner ne s’est pas risqué à arpenter les Halles de l’île Singulière, à se voir opposer une quelconque hostilité à propos de la révision à la baisse envisagée des aide sociales, ou à devoir expliquer qui il est. A deux ans des municipales. Et un an après avoir réalisé un faible score de 17 % au premier tour – sur Sète – à la présidentielle de 2017.  « Cette façon de s’adresser aux Français, c’est un nouveau format ; ce n’est pas facile réagissait Yolaine Vignaud, référente pour l’Hérault d’En Marche. C’est Christophe Castaner lui-même qui a choisi Sète sur proposition du député Christophe Euzet, une ville moyenne, suffisamment loin de Montpellier et des relations difficiles avec son maire, Philippe Saurel. Sète qui a élu un député LREM face à un socialiste, Sébastien Denaja, l’un des ex-visiteurs du soir de François Hollande durant le précédent quinquennat.

L’ISF ? Tous les pays l’ont aboli sauf deux en Europe parce que ce n’est pas un bon impôt… On a pris l’habitude dans ce pays de taxer la prise de risque et de favoriser la rente. Vous investissiez dans l’immobilier vous en étiez en partie épargnés. A l’inverse, si vous investissez dans l’entreprise, là on vous taxait. Cela dit, on va l’évaluer. »

Christophe Castaner

Le même porte-parole du gouvernement espère désormais opposer à Saurel un candidat de la majorité à la mairie de Montpellier. Comme un certain Patrick Vignal, ex-PS devenu En Marche ? Un symbole un an après avoir ringardisé le parti de l’ex-gouvernement. Quelle sera l’attitude de LREM à Sète, justement ? Il est semble-t-il urgent d’attendre. Conjectures et tractations vont bon train. Patrick Vignal l’avoue : « François Commeinhes est macron-compatible. Je l’ai aidé pour l’action sur son centre-ville. Il est intelligent. Humaniste. Il n’est pas dans l’outrance, lui. Il a une vraie philosophie. Il ne tape sur personne et par les temps qui courent – le terrorisme, les black blocs, etc. – on a besoin de gens comme lui : apaisés. Il n’a qu’un défaut : il est LR (il s’en est mis en retrait, en réalité, NDLR)… »

Pendant ce temps, Castaner castagne sans cocorico, en faisant du Macron sur la place du Poufre. En plein lapsus révélateur, une dame entre deux âges, s’est même adressé à lui en lui donnant du « Monsieur le président… » Quel que soit le domaine abordé, Christophe Castaner rivalise d’équilibrisme. Comme Macron. Le budget de la justice ? « C’est le plus faible de l’OCDE. Les magistrats font un travail formidable (…) Il faut leur donner des moyens nouveaux et, en même temps, simplifier leur vie. Il n’est pas normal, par exemple, que tout justiciable ne puisse pas suivre son dossier sur internet pour des contentieux minimes de 1 000 euros à 2 000 euros ; pareil, pour avoir fumé un pétard : c’est six à sept heures de paperasse pour un policier pour faire la procédure et six à sept heures de nouveau pour le procureur. Eh bien là nous disons : on ne dépénalise pas, parce ce n’est pas bien, mais nous donnons le pouvoir au policier de dresser un PV immédiatement. » L’ISF ? « Tous les pays l’ont aboli sauf deux en Europe parce que ce n’est pas un bon impôt… On a pris l’habitude dans ce pays de taxer la prise de risque et de favoriser la rente. Vous investissiez dans l’immobilier vous en étiez en partie épargnés. A l’inverse, si vous investissez dans l’entreprise, là on vous taxait. Cela dit, on va l’évaluer. Tout ce qu’annonce Macron est évalué. Si cet argent ne va pas à l’économie réelle, il faudra voir comment on corrigera ça… Tout ça fait polémique mais on assume. Dans le pays, on aime trouver des totems et se les opposer les uns aux autres… »

Le consommateur préfère payer un peu plus cher pour une alimentation de qualité…On a fait perdre l’habitude aux acheteurs d’acheter au juste prix et que l’on trouve normal  d’acheter de la viande à moins d’un euro le kilo. Ce n’est pas possible. Il est prévu des contrôles, des prix par filières et de méthodes non spéculatives. »

L’augmentation de la CSG de 1,7 % pour tous les revenus et pas seulement les retraités ? « Avec une hausse automatique des salaires privés pour 21 millions de personnes au 1er janvier ; ils auront une seconde hausse en octobre, claque Castaner. Un effort a été demandé à tous et une catégorie, 20 % des retraités, vont  y perdre un peu. Si vous avez 3 000 euros de retraite cela correspond à une participation financière de 50 euros par mois. On ne l’avait pas caché. Macron l’avait annoncé. »

Le matin, de vrais Français font les poubelles devant moi… Et les gosses…? Comment allez-vous améliorer la situation  ? »

Un Sétois

Le prix du poulet ? Aucune marge subtile ni empilement d’intermédiaires ne sont éludés par Christophe Castaner. Evoquant le « juste prix des choses », il dit : j’ai rencontré des producteurs. Avec seulement 10 centimes par poulet qui vaut entre 8 euros et 12 euros, ce n’est pas grand-chose mais c’est beaucoup pour lui : il augmente mécaniquement son chiffre d’affaires de 8 000 euros par an. De quoi vivre ou survivre. Et je pense que le consommateur préfère payer un peu plus cher pour une alimentation de qualité…On a fait perdre l’habitude aux acheteurs d’acheter au juste prix et que l’on trouve normal  d’acheter de la viande à moins d’un euro le kilo. Ce n’est pas possible. Il est prévu des contrôles, des prix par filières et de méthodes non spéculatives. »

Un homme lui dit alors : « Vous parlez bien, très bien. Je ne suis pas français-Français. La France est la 5e puissance mondiale. J’y suis arrivé en 1980 de Pologne. A l’époque, je n’ai jamais vu un Français faire les poubelles. Jamais. Là je dors devant la mairie. Le matin, de vrais Français font les poubelles devant moi… Et les gosses…? Comment allez-vous améliorer la situation  ? » Castaner répond après avoir accusé le coup : « C’est la question. Il y a un phénomène d’aggravation de la pauvreté. Et, en particulier, chez les mineurs. Car on a de plus en plus de mères isolées, sans revenus. C’est insupportable. En dix ans, le nombre d’allocataires du RSA a augmenté de 50 %. Nous présenterons bientôt un grand plan contre la pauvreté. »

Olivier SCHLAMA