Pyrénées : « Notre massif a de gros atouts pour attirer les touristes »

Pic du Midi Terrasse Photo : ®HPTE Paul Compère

De grands espaces protégés, lacs, rivières, de l’eau à profusion, des sites exceptionnels, des parcs naturels, des stations thermales, une riche biodiversité… Et si le touriste avide de grands espaces et de nature redécouvrait ce massif, sublime mais finalement méconnu, qui court sur six département et deux régions ? Un spécialiste du tourisme apporte un bémol.

Il a un prénom anglais mais c’est un ardent défenseur de son terroir : les Pyrénées. Quelles soient ariégeoises, catalanes, haut-garonaises, atlantiques, audoises. Le plaidoyer est multiple ! Conseiller régional, John Palacin, élu du Comminges, est pressenti pour prendre la tête de la future agence des Pyrénées, en janvier 2021, qui fusionnera plusieurs structures dont la centenaire Confédération pyrénéenne du tourisme. La vénérable association rayonne déjà sur plusieurs régions administratives et départements. De quoi harmoniser davantage toutes les initiatives sur cette cordillère, de l’aménagement économique aux terres agricoles sans oublier le tourisme : c’est sa mission. Une fusion pour que « cette région soit encore mieux reconnue et qu’elle puisse investir ses énergies dans son image de marque », plaide-t-il.

La mer reste, certes, la destination préférée des Français à 39 % (41 % en avril) mais la moyenne montagne gagne 9 points à 28 % (contre 19 en avril) et est suivi par la montagne (16 % vs 15 % en avril). Il faut noter que 15 % ne savent pas encore quelle destination ils vont privilégier »

Trottinette Hautacam Sherpa – PGI P. Meyer

Cela fait donc un moment que dans les Pyrénées on a compris le potentiel de ce terroir unique. La crise du covid-19 a montré qu’il fallait un pilotage agile et sur une « échelle pertinente » et que cette nature a de généreux atouts. Un récent sondage à mettre à l’actif des VVF, réalisé auprès de 5 800 personnes, du 22 au 28 mai, fait justement ressortir une « envie de partir très forte et un budget moyen de 500 € à 1000 € pour 76 % des Français. Si les aides (CAF, CE …) sont primordiales pour permettre à 10 % de Français de partir en vacances qui, sans elles, en seraient privés, 74 % se déclarent prêts à partir même sans aide. » Sachant que 93 % des Français interrogés disent préférer passer leurs vacances d’été en France. La mer reste, certes, « la destination préférée des Français à 39 % (41 % en avril) mais la moyenne montagne gagne 9 points à 28 % (contre 19 en avril) et est suivi par la montagne (16 % vs 15 % en avril). Il faut noter que 15 % ne savent pas encore quelle destination ils vont privilégier ». 

2 500 lacs, 23 stations thermales, 160 cols, trois sentiers de grande randonnée, un parc national, deux parcs naturels régionaux, 17 réserves naturelles…

Cauterets-Pont d’Espagne-hpte©laurens

Quarante stations de montagne, 2 500 lacs, 23 stations thermales, 160 cols, trois sentiers de grande randonnée, un parc national, deux parcs naturels régionaux, 17 réserves naturelles, une mosaïque de climats… Sublimes et souvent méconnues. Tout le monde connaît, moins les ont foulées. C’est dans ce contexte que les Pyrénées espèrent tirer leur épingle du jeu. Dès cet été.

« Les Pyrénées, c’est certes une carte postale, rappelle John Palacin. Mais c’est aussi un terroir. Une façon de vivre. Beaucoup d’espace, ce qui dans cette gestion de l’épidémie est primordial. Des activités sportives à foison. C’est aussi la montagne habitée. Le thermalisme et le bien être. » Une quarantaine de stations et de spas parcourent le massif. Ce que l’on appelle « l’expérience Pyrénées ». « C’est bien au-delà ! » relance John Palacin. « Nous avons ici réunis des trésors que d’autres n’ont pas : quand vous faites un peu de sport, de trail, de VTT ou autre, quand vous parlez à un sportif en Arizona il sait où se trouvent les Pyrénées… » Ces montagnes ont même enfanté un terme, le « pyrénéeisme », inventé en 1898 par Henri Béraldi dans son ouvrage Cent ans aux Pyrénées, une approche intellectuelle tendant à marier le sportif au sensible… L’expérience physique se conjugue avec l’expérience émotionnelle.

Nous proposons de grands espaces préservés où, même quand il y aura du monde, il n’y aura pas foule comme sur les plages bondées du littoral. Chez nous, on n’a pas besoin de compter les personnes au mètre carré. Même à Gavarnie, même au fameux lac de Gaube, à Cauterets »

Corinne Rixens, du comité départemental du tourisme des Hautes-Pyrénées

C’est justement ce que met en avant le Comité département du tourisme (CDT) des Hautes-Pyrénées. « Tous les sites sont sur les starting-block. Les professionnels font le dos rond et espèrent que ça va repartir », rapporte Corinne Rixens du CDT. Nous avons beaucoup de demandes de renseignement pour juillet-août. Les réservations ont commencé pour août. Nous pensons que l’on peut capter une clientèle qui d’habitude part à l’international et qui a des moyens. Des ménages avec de plus ou moins gros revenus qui redécouvrent l’Europe. » Le massif est perçu comme « un refuge », après 55 jours de confinement. « Nous proposons de grands espaces préservés où, même quand il y aura du monde, il n’y aura pas foule comme sur les plages bondées du littoral. Chez nous, on n’a pas besoin de compter les personnes au mètre carré. Même à Gavarnie, même au fameux lac de Gaube, à Cauterets. Et la moitié du territoire est préservé. »

« Bains de forêt », « balades d’émerveillement », bivouac en famille…

« Nous avons beaucoup d’eau. De lacs. De rivières. Il y a le choix ! Ce qui correspond de plus en plus à l’expérience montagne. Les gens ont envie de faire quelque chose de leurs vacances. » À tel point que le CDT s’est doté d’une agence de voyage, la Boutique des Pyrénées, qui explore les possibilités tous azimuts, y compris des propositions « sur-mesure ». Les centres balnéo et de bien être seront-ils demandés ? « Pas sûr que cet été ce soit très fréquenté, vu les contraintes sanitaires », avance Corinne Rixens. En revanche, on peut trouver dans ce catalogue des produits originaux comme des « bains de forêt » ; des « balades d’émerveillement » ; « désormais, nous avons des possibilités de proposer des produits où l’on marche très peu mais où l’on garde pour le touriste une capacité à l’émerveiller. Il y a des bivouac en familles, etc. » Ces propositions avaient « commencé à émergé » mais la crise les a réellement fait sortir du bois.

Tout a été anéanti. Ça repart doucement. Nous en sommes à environ 20 % de réservations pour cet été, le bien être santé naturellement est notre leitmotiv »

Jean-Henri Mir, président de la Confédération pyrénéenne du tourisme
Gavarnie-La courade-hpte©pierre meyer

Et le massif des Pyrénées en a besoin. « Tout s’est arrêté évidemment pendant deux mois et demi. Aucun événement sport, culturel, etc. Sauf le Tour de France reporté en septembre. Tout a été anéanti. Ça repart doucement. Nous en sommes à environ 20 % de réservations pour cet été », confie Jean-Henri Mir, président de la Confédération pyrénéenne du tourisme. La saison d’hiver écourtée avait déjà pâti d’un manque de neige.

« On estime la baisse du chiffre d’affaires des remontées mécaniques sur l’ensemble des stations de 10 % à 15 % par rapport à l’hiver précédent, même si la fréquentation, elle, n’a pas baissé. Ce qui veut dire que les gens viennent en montagne pour le ski mais pas seulement. Le tourisme des quatre saisons existe depuis longtemps. Cela a commencé par le thermalisme. Nous avons une pluri-activité significative. Les stations de ski ont souvent été des stations thermales. Les remontées mécaniques réalisent, bon an mal an, un chiffre d’affaires de 100 M€, le tourisme tout compris c’est environ 600 M€ par an, dont 300 M€ à 400 M€ pour le thermalisme qui va pouvoir rouvrir début juillet. Le bien-être santé naturellement est notre leitmotiv. »

Pour que les Pyrénées exploitent leur énorme potentiel, il faut une meilleure qualité de l’offre et principalement de l’hébergement touristique ; ce massif a aussi un problème de vieillissement de sa clientèle et est très dépendant de sa clientèle de proximité… »

Didier Arino, Protourisme

Jean-Henri Mir souligne qu’en montagne, « les gens ont du caractère et ont toujours envie de rebondir et de se diversifier pour ne pas mettre tous les oeufs dans le même plat… Il faut arriver à survivre et que les aides de l’État et de la Région Occitanie permettent aux professionnels de dépasser cette crise. » 

Spécialiste du tourisme, Didier Arino, à la tête du cabinet Protourisme le reconnait : « Les Pyrénées ont une carte à jouer cet été. Les gens vont vouloir (re)découvrir cette montagne. L’après-covid joue aussi en leur faveur : c’est un territoire à grands espaces. Quand on interroge les Français sur les massifs qu’ils aimeraient découvrir, les Pyrénées arrivent toujours en premier. Toujours. » Pour autant, Didier Arino apporte un bémol : « Mais ce n’est pas toujours ce qu’ils font. Et puis pour que les Pyrénées exploitent leur énorme potentiel, il faut une meilleure qualité de l’offre et principalement de l’hébergement touristique. Ce massif a aussi un problème de vieillissement de sa clientèle ; c’est un territoire très dépendant d’une clientèle de proximité, notamment espagnole. Il y a des disparités. »

Il ajoute : « Certaines destinations, comme la vallée du Louron, ou Font Romeu s’en sortent bien, sont bien pourvues. Ce n’est pas le cas partout. Les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques c’est plus compliqué pour eux. »Idem, selon ce spécialiste, pour Gavarnie qui a un gros potentiel. Ou Lourdes. « Lourdes, c’est la 2e ou 3e ville de France pour sa capacité hôtelière. Mais le nombre de pélerins diminue régulièrement et là aussi la clientèle vieillit. Cette ville pourrait se positionner pour accueillir, par exemple, les amoureux, nombreux, de la randonnée, qui pourraient en faire leur point d’attache pour aller ensuite crapahuter… »

Olivier SCHLAMA

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