Population vieillissante, crise du logement… : Le littoral languedocien doit faire face à ses défis

Sète, ses touristes. Ph. Olivier SCHLAMA

Soixante ans après la mission Racine, l’Insee dresse un portrait intéressant de cette bande et ses 54 communes qui concentrent 34 % des logements. Sur le littoral, depuis 50 ans, la population a doublé ; les retraités s’y sont davantage installés et les jeunes se sont davantage exilés…

Ah ! La fameuse fée-Mission Racine des années 1960 qui révolutionna le littoral Languedocien au point d’y faire pousser des stations balnéaires – Port-Camargue (Grau-du-Roi), La Grande-Motte, Le Cap d’Agde, Gruissan, Port-Leucate, Port-Barcarès et Saint-Cyprien – à partir de dunes de sable pour retenir l’estivant jusque-là pressé d’aller en Espagne ou en Italie.

Y sont concentrés 34 % des logements

Ph. Insee

Soixante ans après leur création, ces sept communes demeurent le cœur de l’activité touristique du littoral d’Occitanie, n’occupant que 13 % de sa superficie, mais concentrant 34 % des logements. Plus de la moitié des résidences secondaires du littoral sont implantées uniquement dans ces sept communes, soit 116 000 résidences secondaires. Dans certaines communes, elles représentent même huit logements sur dix, comme à Leucate, au Grau-du-Roi ou à Gruissan.

De la Grande-Morte à la Grande-Mode et des congés payés à la loi littoral

Le littoral d’Occitanie a été largement remodelé depuis soixante ans. La Grande-Motte devint par exemple la Grande-Moche puis la Grande-Moche et enfin la Grande-Mode, une évolution majeure que Dis-Leur vous a narré ICI. De quoi donner l’essor que méritent les congés payés qui fêtent, eux, leurs 90 ans cette année. Ces villes nouvelles tournées vers le tourisme de masse, qui ont poussé sur notre littoral, ont aussi donné naissance à la fameuse loi Littoral pour protéger le rivage et d’éviter le pire.

“Vieillissement de la population, tensions sur le logement, risques liés au changement climatique…”

La Grande-Motte. Office du tourisme de la Grande-Motte

Tout ceci s’est construit petit à petit. Par le truchement des politiques publiques et d’un argent public abondant. Mais, aujourd’hui, fait remarquer, à juste titre, l’Insee associée au Secrétariat général pour les affaires régionales qui lui consacre un dossier, cette bande littorale, qui réunit 54 communes, concentre “les défis d’aujourd’hui : vieillissement de la population, tensions sur le logement, risques liés au changement climatique”, entre autres. On aurait pu évoquer l’apport en eau.

De moins en moins d’enfants…

Car la population des communes littorales d’Occitanie a “doublé depuis 1975”,
portée par l’attrait du territoire notamment pour les seniors. La croissance
démographique ? Elle reste soutenue mais ralentit désormais sous l’effet d’un solde
naturel déficitaire et d’une attractivité moins forte qu’auparavant. Depuis 2017, la population augmente en Occitanie, assise à la 3e place des régions les plus peuplées de l’Hexagone, mais c’est un effet d’optique. Cette hausse n’est le fait que de nouveaux arrivants dû à l’attractivité de l’Occitanie. Le solde naturel, lui, est en baisse inquiétante : on fait de moins en moins d’enfants…

Résidences secondaires, marché du logement tendu

Dans l’ordre des difficultés, les logements, dont le parc avait fortement grossi, ont suivi. Mais, le plus souvent, l’inflation l’a été d’abord pour les résidences secondaires qui représentent près d’un logement sur deux (lire ci-dessous). D’ailleurs, l’Occitanie est en tête des régions françaises sur ce palmarès. En 2021, un logement sur sept était une résidence secondaire en Occitanie qui compte 551 000 pieds-à-terre, dont 113 000 dans l’Hérault. Le phénomène s’accélère avec la crise. Avec un effet pervers : une tension induite sur le marché du logement.

Pour tenter de contrer une spéculation foncière sans précédent, et aider les locaux à se loger, de plus en plus de villes ont décidé de majorer leur taxe d’habitation, à l’image de Sète ou Montpellier. “La moitié des propriétaires de résidences secondaires ont 70 ans ou plus, précise l’Insee. Un emploi sur six est lié à la présence des touristes, la saisonnalité de ces emplois est importante. Les emplois sont souvent peu qualifiés et le chômage est plus marqué que dans la région. Les habitants du littoral sont exposés à la pauvreté ; seuls les seniors sont moins pauvres qu’en Occitanie.”

“455 500 habitants vivaient dans 54 communes riveraines de la mer classées loi littoral”

Le soleil et la mer, un rêve de vacances pour plus de la moitié des Français. Photo (archive) Laurent LACOMBE – OT d’Argelès-sur Mer

Le littoral d’Occitanie a longtemps été celui où la population augmentait le plus vite depuis 1975. La population a été multipliée par deux entre 1975 et 2023, contre 1,3 sur l’ensemble du littoral de France métropolitaine. La population du littoral a plus que doublé sur cette période dans les trois départements de l’Hérault, des Pyrénées-Orientales et du Gard, et a crû moins fortement dans l’Aude où elle a été multipliée par 1,6. “Au 1er janvier 2023, 455 500 habitants vivaient dans 54 communes riveraines de la mer classées loi littoral. Elles concentrent 7,4 % de la population de la région sur seulement 2,2 % de sa superficie. Les deux communes principales sont Narbonne (57 600 habitants) et Sète (45 300 habitants).”

La population augmente toujours mais moins

Depuis 2012, la population du littoral continue d’augmenter mais de façon moins soutenue. Elle évolue désormais au même rythme que la moyenne régionale (+ 0,8 % par an entre 2012 et 2023). Et, désormais, le littoral d’Occitanie n’est plus le littoral français où la population augmente le plus vite : “La croissance de la population du littoral corse lui est supérieure depuis la fin des années 1990. C’est également le cas des littoraux des Pays de la Loire et de la Nouvelle-Aquitaine dont la population croît de manière plus soutenue depuis 2012.”

Les retraités s’installent, les jeunes partent

Le littoral attire les seniors, ce qui accélère son vieillissement Le littoral d’Occitanie a été le plus attractif de France entre 1975 et 1999. Plus récemment entre 2017 et 2023, l’attractivité du littoral reste élevée même si elle est devancée par celle des littoraux de Nouvelle-Aquitaine et des Pays de la Loire. En 2022, l’excédent migratoire apporte 1 700 habitants supplémentaires sur le littoral d’Occitanie. Les personnes peu avant l’âge de la retraite et les seniors contribuent fortement à cet excédent migratoire (+1 300 habitants de 55 ans à 64 ans et + 1 000 habitants de 65 ans ou plus). À l’inverse, les jeunes de 18 à 34 ans qui partent du territoire sont plus nombreux que ceux qui s’y installent.

“Un habitant sur trois a au moins 65 ans”

Ainsi, les migrations accentuent le vieillissement de la population. En 1999, la
structure par âge du littoral était proche de celle de l’ensemble de l’Occitanie. En 2023, les personnes âgées sont en proportion bien plus nombreuses sur le littoral.

Dans ces communes littorales, un habitant sur trois est âgé de 65 ans ou plus (31,7 % contre 23,8 % en moyenne régionale). Sur le littoral, les personnes âgées de 65 ans ou plus vivent plus souvent seules qu’en Occitanie. Seuls 3 % de ces habitants sont hébergés en institution, soit deux points de moins qu’en moyenne régionale.

Olivier SCHLAMA

“Sur le littoral, le marché immobilier est en forte tension”

Le littoral est directement concerné par l’influence des locations de vacances face au prix de l’immobilier. Photo rawpixel.com par Freepik

En 2023, sur le littoral languedocien, les résidences principales sont à nouveau plus nombreuses que les secondaires. Sur la période récente, la part de résidences secondaires diminue seulement dans les Pays de la Loire et dans une moindre mesure en Nouvelle-Aquitaine parmi tous les autres littoraux de France.

Dans certaines communes comme Sérignan, Vendres, Argelès-sur-Mer, Palavas-les-Flots ou encore La Grande-Motte, cette évolution traduit la transformation d’une partie des résidences secondaires en résidences principales. Dans d’autres cependant, l’habitat est de plus en plus tourné vers la résidence secondaire. Par exemple, à Port-Vendres, 23 % des logements étaient des résidences secondaires en 1999, contre 40 % en 2023.

“Sur le littoral, le marché immobilier est en forte tension.” Les achats de résidences secondaires et les locations saisonnières concurrencent les besoins des résidents à l’année. La tension sur le marché du logement se traduit par une faible vacance (3 %), des prix de vente et des loyers parmi les plus élevés de la région, et une proportion importante de logements mis en location saisonnière. Un quart des logements d’Occitanie proposés à la location sur les principales plateformes sont situés sur le littoral.

Un emploi sur six est lié au tourisme

Ecotourisme, dauphins au large du Cap d’Agde. Ph. Olivier SCHLAMA

En 2023, 28 600 emplois sont liés à la présence de touristes sur le littoral en moyenne sur l’année, soit 17,5 % de l’emploi du littoral (contre 5,7 % en Occitanie). Après la Nouvelle-Aquitaine, le littoral d’Occitanie est celui de France où la part de l’emploi touristique est la plus élevée. La majorité de ces emplois sont salariés.

Les restaurants, débits de boissons et hébergements touristiques en pourvoient plus de la moitié. Les communes du littoral concentrent 21 % des emplois touristiques de la région Occitanie. La saisonnalité estivale du tourisme est particulièrement forte. Ainsi les emplois liés à la présence de touristes sont 3,4 fois plus nombreux au mois d’août qu’au mois de janvier. Cette amplitude saisonnière est supérieure à celle des autres littoraux de France.

La pauvreté y est plus marquée sauf pour les plus âgés

Le littoral d’Occitanie est le troisième le plus pauvre de France, derrière ceux des Hauts-de-France et de Corse, autres régions très confrontées à la pauvreté. La pauvreté est aussi présente sur le littoral qu’ailleurs dans la région. En 2021, 17,9 % des personnes du littoral sont pauvres, contre 17,5 % en Occitanie et 14,5 % en France métropolitaine. Le taux de pauvreté atteint même 22,7 % dans la partie audoise du littoral. Les jeunes du littoral et les personnes jusqu’à 60 ans sont plus pauvres que dans la région. À l’inverse, les personnes de 75 ans ou plus sont moins souvent pauvres sur le littoral que dans le reste de la région (11,8 % contre
13,8 %).

La pauvreté est moins répandue dans les communes du littoral (17,9 %) que dans l’arrière-pays côtier (20,5 % dans le reste des 4 départements du littoral) où la pauvreté des seniors est plus élevée.

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