Pauvreté : Gard, Hérault et Haute-Garonne font le pari des services publics renforcés

De gauche à droite : Didier Lauga, préfet du Gard, Françoise Dumas, députée de la 1ʳᵉ circonscription du Gard, Amal Couvreur, conseillère départementale de Nîmes 2, Christelle Dubos, secrétaire d’État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, Denis Bouad, président du Conseil départemental du Gard et Carole Bergeri, vice-présidente du Département, déléguée à l'insertion et à l'accès à l'emploi. Photo : Département du Gard.

Le gouvernement lance un plan national de lutte contre la pauvreté doté de 8,5 milliards d’euros, testé dans dix départements, dont le Gard et la Haute-Garonne. L’outil principal dans notre région ? Les maisons de services au public (MSAP). A Nîmes, la transformation de l’ancien collège Diderot est remarquable. Tout comme la présence d’un PIMMS mobile, dans un fourgon, qui vient à la rencontre des habitants. A Frontignan, la MSAP fonctionne à merveille. Enfin, à Toulouse, et en Haute-Garonne, on crée sept maisons de solidarité supplémentaires.

Quelque 14 % des Français souffrent de pauvreté. Selon l’OCDE, il faut six générations pour qu’un descendant d’une famille pauvre accède à la classe moyenne. Le 13 septembre 2018, le président de la République Emmanuel Macron annonçait le déploiement d’un plan national de lutte, dès 2019, pour combattre ce fléau et permettre un meilleur accès à l’emploi. Pas moins de 8,5 milliards d’euros d’aides seront réparties sur quatre ans. Une dizaine de départements ont été retenus pour la période 2019-2021. Parmi eux, le Gard et la Haute-Garonne, qui misent notamment sur les maisons de services au public (MSAP).

Gard, Nîmes. La sonnerie ne résonne plus depuis juin 2018 dans l’ex-collège Diderot, au pied du quartier sensible Valdegour. Les manques d’élèves et de mixité sociale ont provoqué sa fermeture. Dès son annonce, Nathalie Nury, vice-présidente du Département, déléguée à l’éducation et aux collèges, a estimé que le lieu pourrait être repris par des services publics ou des associations. C’est le cas : l’association L’Espélido l’occupe depuis septembre 2018, pour une durée d’un an. Elle propose un service d’accueil, d’orientation et d’insertion auprès des plus démunis. De cet ancien établissement, devenu lieu de rencontres et d’échanges, Denis Bouad, le président du Conseil départemental, veut aussi en faire une force.

Les démarches seront simplifiées. Si un usager rencontre des difficultés avec un courrier administratif, il nous sera plus facile de l’orienter vers un travailleur social : il sera directement présent sur place. »

Sylvie Gensana, directrice.

Il sera d’ici 2020 un Service départemental de l’insertion et des services publics. Trois pôles seront desservis : administratif, associatif, et un autre pour l’insertion et la formation professionnelle. Une vingtaine de structures y seront implantées, dont la Caisse d’allocations familiales, la Caisse primaire d’assurance maladie, Pôle emploi, la maison de la justice et du droit, le Greta du Gard et des associations d’insertion professionnelle. Des associations de quartier porteront quant à elle des actions d’accompagnement à la scolarité.

Un espace sera également aménagé pour accueillir le Point information médiation multiservices (PIMMS), établi en 1998 dans le quartier Valdegour, puis en 2012 au quartier Pissevin. Environ 17 000 passages y ont été enregistrés en 2018. La directrice, Sylvie Gensana, se réjouit de cette nouveauté. « Les démarches seront simplifiées. Si un usager rencontre des difficultés avec un courrier administratif, il nous sera plus facile de l’orienter vers un travailleur social : il sera directement présent sur place. » Les échanges entre partenaires seront aussi plus récurrents ; une plus-value pour l’élaboration de projets.

Quant à l’emplacement, Sylvie Gensana parle de « lieu central » pour conseiller les personnes en situation de précarité sur le territoire : « L’ancien collège est au sud de Valdegour et à environ 300 mètres du nord de Pissevin. C’est idéal, il est au coeur d’un quartier de 15 000 habitants, et il sera facile d’accès grâce à la future ligne T2 du Tram’Bus. »

Des maisons baptisées France service

Côté équipements, le centre bénéficiera aussi d’un centre médico-social, installé dans l’ancien gymnase. Un guichet de 4 000 m² sera mis en place pour simplifier l’accès aux droits et co-construire des accompagnements spécifiques en fonction des besoins de chacun. À terme, cette nouvelle et grande maison de services au public rassemblera 80 agents et travailleurs sociaux du Département. Ce site de plus de 8 000 m² fait en ce moment l’objet de travaux, pour un coût de près de cinq millions d’euros.

La secrétaire d’État, Denis Bouad, président du Département du Gard, et Olivier Noblecourt, délégué interministériel contre la pauvreté
La secrétaire d’État, Denis Bouad, président du Département du Gard, et Olivier Noblecourt, délégué interministériel contre la pauvreté dans l’ex-collège Diderot pour signer  une convention. L’État soutient le Département avec 2,3 millions d’euros. Photo : Département du Gard.

« Nous offrons une nouvelle vie à ce bâtiment, avec en tout 165 personnes travaillant sur le site et une fréquentation journalière de 600 à 800 personnes. C’est un projet unique en France », indique Carole Bergeri, conseillère départementale déléguée à l’insertion et à l’accès à l’emploi. Elle poursuit : « Les travaux ont commencé en 2018 […] Le Greta, qui était déjà sur place, vient d’intégrer le dernier étage. Il double sa superficie avec 1200 m² dédiés à ses activités de formation. Des travaux d’accessibilité ont également été engagés, avec la mise en place d’un ascenseur. » Un échéancier des travaux a été établi pour que les structures puissent s’installer dès fin 2019. La mise en service complète du site est programmée au dernier trimestre 2020.

L’initiative nîmoise sert d’exemple à la maire de Paris !

Cette transformation a été décidée par le président du Conseil départemental du Gard en janvier 2018. Une initiative précoce, mais adéquate aux propos d’Emmanuel Macron lors de sa dernière conférence de presse, le 25 avril 2019. Il compte en effet développer ces maisons, qu’il baptise France service. Elles regrouperont services publics, collectivités et opérateurs. En février 2019, 1676 maisons étaient ouvertes ou en cours d’ouverture en France. Le chef de l’État souhaite les améliorer et en doter chaque canton.

ancien collège Diderot
L’ex-collège Diderot… Photo : Mélanie Domergue.

Denis Bouad a souhaité, lui, lutter contre la ghettoïsation du collège Diderot, mettant en place une nouvelle sectorisation des collèges nîmois. Plus de 600 élèves ont ainsi été déplacés. Le but : favoriser la mixité sociale pour permettre la réussite du plus grand nombre. La maire de Paris Anne Hidalgo a la même volonté : pour ce faire, elle prend exemple sur le dossier de sectorisation mené par le Département du Gard. Le vendredi 17 mai 2019, les élus parisiens l’ont étudié au cours de quatre ateliers, dirigés et animés par Nathalie Nury, vice-présidente du Département, déléguée à l’éducation et aux collèges, et de Mabrouka Zaki, directrice de l’éducation au Département.

Frontignan, à l’honneur des Villes internet

À Frontignan la Peyrade, la Maison de services au public a été choisie par l’association des Villes internet pour apparaître dans sa série de reportages audio, Ici demain. Cette émission met en lumière une autre vision de la société en transition numérique. Elle valorise les initiatives d’hommes et femmes pour accompagner la population dans ces démarches. Cet épisode sur la MSAP de Frontignan dure moins de 20 minutes. La genèse du projet, son budget et son fonctionnement y sont exposés, via les témoignages de Gaëtan Monti, chef de service et Martine Pruvot, animatrice d’accueil. La parole est également donnée à Nathalie Glaude, conseillère municipale déléguée à l’emploi et à la formation professionnelle, qui a participé à la réalisation de la MSAP. Chaque année, cet espace accueille près de 4 500 personnes par an. Le reportage audio peut être écouté ici.

Une proximité accrue en Haute-Garonne

Le Gard en compte pour l’heure dix-neuf, situées à Aigues-Mortes, Anduze, Barjac, Sommières, Calvisson, Remoulins, Roquemaure, Générac, Goudargues, Saint-Jean-du-Gard, Le Vigan, Villeneuve-lès-Avignon, Marguerittes, Nîmes, Saint-Hippolyte-du-Fort, Lasalle, Saint-Geniès-de-Comolas, Saint-Geniès-de-Malgoires et Vergèze. Contre 10 pour la Haute-Garonne, installées à Aurignac, Cadours, Cierp-Gaud, Le Fousseret, Nailloux, Noé, Revel, Rieumes, Saint-Félix-Lauragais et Villemur-sur-Tarn. La région Occitanie recense quant à elle plus de 200 maisons.

Le Conseil départemental de la Haute-Garonne (aidé à hauteur de 1,4 million en 2019 et d’un million pour Toulouse Métropole) s’est placé dans la même lignée que le Gard en annonçant, en avril 2019, la création de sept maisons des solidarités supplémentaires, afin de renforcer le « premier accueil social de proximité ». Elles aident les publics en difficultés dans leurs démarches administratives ou dans la construction de dossiers. Des « kiosques insertion » y seront développés pour optimiser l’orientation des allocataires du RSA. Il existe pour l’instant 97 lieux d’accueil dans le département. Comme dans le Gard, des référents parcours accompagneront les usagers pour faciliter leur insertion professionnelle.

Outre cette aide sociale promise aux personnes les plus en difficulté, la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté repose aussi sur d’autres axes : la petite enfance, l’emploi et le logement.

Mélanie DOMERGUE

Nîmes : Des services mobiles à la rentrée

Si vous n’allez pas au PIMMS, le PIMMS viendra à vous. Tel est le message lancé par Enedis Gard et le le Point information médiation multiservices de Nîmes. Réunis dans les locaux nîmois d’Enedis, les deux partenaires ont présenté le 20 mai 2019 leur tout nouveau projet : un véhicule au service des populations précaires présentes dans l’agglomération nîmoise.

« On espère qu’il roulera en octobre ou novembre 2019 », sourit Jérôme Bertrand, chargé de projets pour le PIMMS de Nîmes, labellisé Maison de services au public (MSAP). Et d’ajouter : « On a eu cette idée en se renseignant sur ceux qui circulent déjà en France, et notamment celui de Donzère, dans la Drôme. »

L’équipe du Point information médiation multiservices de Nîmes
L’équipe du Point information médiation multiservices de Nîmes, le médiateur emploi Mohamed Bouhou (à gauche), sa directrice Sylvie Gensana et le chargé de projets, Jérôme Bertrand, se réjouissent de cette acquisition. Il existe moins d’une dizaine de véhicules de ce type en France. Photo : Mélanie Domergue.

Lutter contre la précarité énergétique, faciliter l’accès aux services publics, venir en aide aux habitants en quête d’insertion sociale et professionnelle.

Le fourgon, de type 14 m3 et d’une valeur de 9 000 €, a été offert par Enedis au PIMMS afin de poursuivre un travail commun : lutter contre la précarité énergétique, faciliter l’accès aux droits, aux services publics et venir en aide aux habitants en quête d’insertion sociale et professionnelle. « C’est une représentation de notre engagement sociétal », estime Didier Colin, directeur territorial d’Enedis dans le Gard.

C’est lui qui a remis très officiellement les clés du fourgon à Maud Chelvi-Sendin, présidente du PIMMS/MSAP. « Les personnes en situation de précarité ne sont pas forcément que dans des quartiers prioritaires », rappelle-t-elle. Or à Nîmes, les deux PIMMS sont implantées dans les quartiers sensibles Valdegour et Pissevin. Cette mobilité nouvelle est pensée pour venir à la rencontre de ceux qui ont du mal à se déplacer, situés en milieu rural ou en zones blanches – l’identification de celles-ci est d’ailleurs en cours.

Lutter contre la fracture numérique

PIMMS mobileLe budget total du PIMMS mobile est de 85 800 €. Les dépenses liées au véhicule sont estimées à 45 400 €. Le coût de son aménagement est de 24000 € ; Nîmes Métropole apparaît comme contributeur potentiel pour cette dépense. À terme, le fourgon pourra recevoir les différents usagers grâce à un bureau de médiation, assurant conseils et confidentialité. Le médiateur les accueillera avec ou sans rendez-vous et les épaulera dans leurs démarches administratives et sociales.

Une seconde personne sera également présente dans l’espace informatique, où deux ordinateurs seront en libre-service. Son rôle sera de les guider dans la réalisation de CV, lettre de motivation, création d’une adresse mail, etc. Le but, lutter contre la fracture numérique. Une connexion 4G permettra de naviguer sur le web de façon efficace. Enfin, une imprimante-scanner et des documentations papier des différents partenaires du PIMMS/MSAP seront disponibles.

M.D.

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