Commerce : La dégradation des centres-villes n’est pas une fatalité

commerces des centres-villes

De nombreux centres-villes rencontrent aujourd’hui des difficultés, particulièrement la catégorie des villes moyennes. L’augmentation du taux de vacance des locaux commerciaux en est l’un des éléments les plus visibles, mais de nombreux indicateurs confirment la difficulté des centres-villes face aux autres formes de commerce (retail-park, centres commerciaux…).

Ainsi, selon la Fédération de promotion du commerce spécialisé (Procos), le taux moyen de la vacance en centre-ville est passé de 7,2 % en 2012 à 9,5 % en 2015 et 11,9 % en 2018. Seul un tiers des centres-villes demeurent sous la barre symbolique des 10 % contre la moitié en 2015.

« Rien n’est inéluctable, des solutions existent »

vacance de locaux commerciaux
Un spectacle de plus en plus fréquent dans les villes moyennes… Photo Ph.-M.

En 2019, la troisième édition du palmarès Procos des centres-villes commerçants (portant sur 20 métropoles, 74 « grandes villes moyennes » (de Tarbes à Orléans) et 147 « petites villes moyennes » (de Senlis à Rodez) démontre que « de nombreux centres-villes rencontrent aujourd’hui des difficultés, particulièrement la catégorie des villes moyennes », mais aussi que « rien n’est inéluctable; des solutions existent. Les bonnes pratiques se diffusent mais leur réussite demeure conditionnée à la mise en place d’une politique volontariste et globale de la part de la collectivité. »

Le développement important et parfois trop rapide du commerce de périphérie est souvent générateur de difficultés en centre-ville. Cependant, ce phénomène ne peut être considéré comme le seul responsable du mal dont souffrent les villes. Ce constat doit prendre en compte, plus globalement, des évolutions démographiques favorables à la périphérie, tout comme pour les services publics et les emplois.

Selon une étude de l’Insee de 2014, « si l’activité a tendance à se déplacer vers la périphérie, les centres-villes conservent une place prépondérante pour le commerce de détail d’équipements de la personne (habillement, chaussure, bijouterie, maroquinerie, parfumerie) et les agences de voyage. Enfin, le tourisme, l’intérêt patrimonial et la proximité du littoral contribuent au dynamisme du commerce de centre-ville. »

« Action coeur de Ville » : 25 communes en Occitanie

Face à cette situation, l’etat a lancé en 2018 le dispositif « Action coeur de ville » en collaboration avec la Banque des Territoires, la Caisse des dépôts, l’Anah (plus de 5 milliards d’euros mobilisés sur 5 ans), qui vise à redynamiser les centre-villes des communes petites et moyennes. 222 communes en sont bénéficiaires, dont 25 en Occitanie (*).

commerces et centre ville
Photo D.-R.

Par ailleurs, dans le cadre des Opérations de revitalisation de territoire (ORT), le volet « commerce de centre-ville » intégrera des actions sur le centre-ville afin de renforcer les complémentarités commerciales avec la périphérie. En conséquence, les documents d’urbanisme évolueront et des mesures transitoires seront proposées à l’échelle intercommunale pour offrir des possibilités de suspension, au cas par cas, des projets d’implantation commerciale qui déséquilibreraient le projet visé par l’ORT.

L’exemple de l’Hérault

En Occitanie Pyrénées-Méditerranée, le département de l’Hérault constitue un bel exemple de la complexité d’un territoire où la crise des centre-villes est une réalité. Tandis qu’à Montpellier, le projet de Shopping promenade Ode à la mer (Foncière Frey) inquiète les commerçants du centre-ville, la municipalité de Frontignan prend des initiatives et le SCoT du Biterrois privilégie la réflexion sur le développement harmonieux d’un territoire qui concerne 87 communes… C’est l’objet de notre dossier.

Philippe MOURET

(*) Ariège : Foix, Pamiers; Aude : Carcassonne, Narbonne; Aveyron : Millau, Rodez, villefranche-de-Rouergue; Gard : Alès, Bagnols-sur-Cèze; Haute-Garonne : Revel; Gers : Auch; Hérault : Agde, Béziers, Lunel, Sète; Lot : Cahors, Figeac; Lozère : Mende; Hautes-Pyrénées : Tarbes/Lourdes; Pyrénées-Orientales : Perpignan; Tarn : Albi, Castres/Mazamet; Tarn-et-Garonne : Montauban.

Notre dossier :

Frontignan, sixième ville de l’Hérault, est un cas d’école qui a réussi à mobiliser de nombreux partenaires et dispositifs. Même pour le président de l’association Centre-villes en mouvement, le député de l’Hérault LREM Patrick Vignal. Lire la suite

Le Schéma de cohérence Territoriale (SCoT) planifie le développement du territoire à long terme. Il définit des principes d’urbanisation, de prise en compte de l’environnement, du cadre de vie et de l’offre de transport, de localisation des équipements et des commerces… Il concerne ainsi le quotidien des habitants et contribue à rationaliser les investissements publics. Lire la suite

Lozère : Le 7 juin, la Mairie de Langogne, la Communauté de Communes du Haut Allier, la Confédération des Commerçants de France et la Confédération Générale des Sociétés coopératives inaugurent LAC48.COOP, la première Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) de développement territorial en France. Lire la suite

Journaliste, Olivier Razemon, auteur de « Comment la France a tué ses villes« , a enquêté sur la dévitalisation des centres-villes. Il estime que la plupart des villes moyennes sont touchées par ce phénomène qui se produit de la même façon partout. Boutiques désertées, logements vacants… Il préconise des solutions concrètes. Dis Leur ! l’avait rencontré. Lire la suite

Pour aller plus loin :

Franck Gintrand, président de l’Institut des territoires, est l’auteur du livre « Le jour où les zones commerciales auront dévoré nos villes« . Il a accordé un long entretien au site Urbis le MagComment en est-on arrivé là ? Comment préserver les centres-villes tels que nous les connaissons et qui ont mis des siècles à se bâtir ? Ce livre (aux Editions Thierry Soucard) « décrit pour la première fois les dessous de la guerre impitoyable que se livrent les acteurs de la grande distribution, secteur le plus puissant de l’économie française, et les foncières, plus discrètes mais tout aussi puissantes. »

La ville de Pau (Pyrénées-Atlantiques) accueillera, les 3 et 4 juillet peochains, les 14es Assises nationales du centre-ville. Cette année, dans la poursuite de l’élan engagé par les Etats Généraux de la Gestion de centre-ville à Aix-en-Provence en janvier, les Assises feront un focus sur les outils et les données que nous pouvons utiliser en faveur de l’attractivité des cœurs de villes. Allant de paire, l’accent sera mis sur la smart city, pour mettre en lumière les atouts d’un centre-ville « connecté ».