Pétanque, sauvetage… : Pourquoi certains clubs sportifs ont les caisses… pleines

"On table sur une baisse des adhésions de 30 % en moyenne à la rentrée prochaine si la situation reste à l'identique : certains pratiquants ne reprendront pas le risque de payer une licence pour ne pas pouvoir pratiquer", explique un responsable de Montpellier Sauvetage. Photo : DR

Certaines trésoreries sont pleines faute d’avoir pu dépenser tout l’argent des adhérents dans l’organisation d’événements, de cours, etc. Rembourser une partie des licences ? Garder l’argent par précaution ? Sachant que les clubs s’attendent à une fuite d’au moins 30 % de licenciés à la rentrée. Décryptage avec la pétanque, première fédération – non olympique – en nombre d’adhérents et du sauvetage, en vogue.

Président du club de pétanque de Palavas, Gilles Bonutti fronce un sourcil : « Nous avons découvert que le comité départemental de l’Hérault avait amassé un trésor de guerre de 620 000 € du fait que peu d’événements ont été organisés et donc peu de dépenses réalisées. Nous leur avons demandé s’il est possible que les adhérents aient leur licence gratuite cette année. » La somme est modique, 36 € par personne, mais sur le nombre, autour de 90 00 licenciés dans l’Hérault, ce n’est pas roupie de sansonnet.

« Fermés depuis des mois… »

Gilles Bonutti poursuit : « En plus, le comité départemental ne nous aidés en rien de ce que nous avons pu quand même organiser… », maugrée Gilles Bonutti. Ce dernier ajoute : « Le comité aurait pu attribuer gratuitement à chaque club le nombre de licences prises l’an dernier. Cela aurait pu avoir pour conséquence que chaque club, en revendant la licence, récupère un peu de trésorerie. Nous sommes fermés depuis des mois (pas de buvette…) et nous n’avons pu organiser les manifestations qui rapportent un peu de bénéfice (lotos, tombola…) ».

Enfin, le président du club de pétanque de Palavas note : « De plus, cela ne mettrait pas en péril les finances du comité car la dépense peut être estimée à 162 000€ (qui correspond au nombre de licences, 9 000, par la somme que devrait donner le comité à la fédération, 12 € et à la ligue Occitanie (4 €) et au secteur (2 €). Mais cela serait une vraie bouée de sauvetage pour nos clubs… »

Pas de remboursement mais une baisse de la licence

Interrogé, Jean-Paul Rigaud, président du comité départemental, est fumasse contre cette critique qu’il juge injuste : « Je lui ai effectivement répondu dans un premier temps que rembourser était une possibilité, dit-il, mais ce n’est pas ce que nous avons finalement choisi collégialement. Nous ne rembourserons pas toute notre part de la licence auprès des 186 clubs et 9 004 licenciés de l’Hérault. Car on va sans doute devoir affronter l’année prochaine une année blanche ; de nombreux pétanqueurs ne prendront pas le risque de prendre une licence si la crise se poursuit. De plus, nous n’avons pas rien fait de cette argent. »

Et d’énumérer : « Nous avons décidé immédiatement pour 2021 d’offrir la gratuité de cinq licences par club, les frais d’arbitrage pour tous les championnats de l’Hérault. Mais aussi la  prise en charge des frais d’arbitrage pour tous les qualificatifs 2021 ; l’inscription à ces qualificatifs gratuite (suppression des 2 €) et la baisse du prix de la licence 2021 de 34 € à 20 €, charge aux clubs de répercuter tout ou partie de cette baisse envers ses licenciés. » 

Moins de 40 % des pratiquants reprendront une licence

Joseph Cantarelli. DR.

Qu’en pense Joseph Cantarelli, président de la Fédération française de pétanque et de jeu provençal ? « Nous sommes la première fédération non olympique en terme de licenciés : en temps « normal », nous en réunissons 300 000. C’est pour cela que la cotisation annuelle est modique. » Mais la crise mord bien dans les mollets des pétanqueurs et la décrue s’annonce immense : « À peine 38 % de ces licenciés nous disent qu’il vont reprendre une licence chez nous et 70 % des clubs vont continuer à se s’affilier à la fédération. »

« Un sujet souvent abordé »

Une façon de dire qu’il est urgent de garder ce bas de laine et d’anticiper sur les critiques. Et de montrer que gérer n’est pas facile. « J’ai eu en visio-conférence tous les comités régionaux et départementaux à ce sujet, confie-t-il. C’est un sujet qui a été souvent abordé. La Fédé a aussi mis en place un fonds d’aide pour soutenir les clubs qui en ont besoin tant qu’elle le peut ; car la Fédé a d’importants frais fixes, de 2 M€ par an sur un budget de 7 M€. Nous avons une réelle prise de conscience d’aide aux clubs. »

Offrir la licence, est-ce une pratique courante ? « Certains clubs ou comités l’ont fait ; en tout cas pour la part qui leur revient. Certains ne le font pas mais font des actions, comme celui de l’Hérault, pour le bien de tous. Il ne devrait pas y avoir ce genre de débat… » Reste que pour l’instant les compétitions ne sont pas prêts de reprendre. « Nous sommes à la fois un sport individuel, comme le tennis ou le golf, et collectif puisque nous pratiquons en doublettes et triplettes. Nous travaillons à un protocole avec la ministre des Sports pour une reprise progressive. Nous pouvons nous adapter. Nous saurons nous adapter. »

Tous les scénarios et calendriers prévus

Ce sport, comme d’autres, est soumis à l’évolution de la pandémie et même « à des restrictions ou interdictions possibles localement en fonction que pourront prendre maires et préfets dans certains départements, ce qui risque de compliquer les qualifications dans les différentes compétitions. Nous avons prévu tous les scénarios et calendriers de secours possibles en avril, mai et jusqu’à l’été ». En espérant que cette crise s’estompe sinon « ce sera dramatique pour au moins deux ans… »

Baisse des adhésions à venir de 30 %

Du côté du sauvetage côtier, autre exemple, on dit la même chose. Vice-président de la ligue française de sauvetage, président du comité départemental, Julien Parisot analyse : « La situation est en trompe-l’oeil. Aucun des cinquante clubs d’Occitanie n’est en difficulté financière majeure, certes. Mais, effectivement, on table sur une baisse des adhésions de 30 % en moyenne à la rentrée prochaine si la situation reste à l’identique : certains pratiquants ne reprendront pas le risque de payer une licence pour ne pas pouvoir pratiquer. » Jusqu’alors deux cas de figure se présentaient : soit le club ne remboursait pas sa part de licence. Et le paiement des adhésions restaient dans les caisses du club qui « jouait sur la solidarité en expliquant à ses pratiquants qu’une bonne trésorerie lui permettrait de perdurer et de continuer à offrir des cours de qualité à l’avenir ». Un tiers d’effectif en moins : c’est l’hypothèse qu’a émise le vice-président de la Région, Kamel Chibli dans Dis-Leur.

Déduction à venir des séances non effectuées

Un argument difficile à accepter pour les 12 000 pratiquants dans la région : les clubs ont été aidés, notamment par un fonds régional ; ils ont bénéficié, pour leurs salariés, du chômage partiel et leurs charges fixes (lignes, d’eau, déplacements, etc.) se sont singulièrement réduites… « C’est vrai, reconnaît Julien Parisot. C’est pour cela que d’autres clubs ont proposé, eux, une autre formule : si, par exemple, en année normale, vous pouviez faire 28 séances et qu’en 2020-2021 vous n’en faite que 15, le club vous propose une déduction des 13 séances restantes sur votre adhésion à venir », confie le vice-président de la ligue et responsable du pôle secours et formation de Montpellier sauvetage (1 500 licenciés). D’autres encore ont multiplié séances de rattrapage et stages pendant les vacances. Ce qui a une certaine limite.

Comme un don sur la déclaration fiscale

Longtemps président du second club de sauvetage de Montpellier, Aqualove (2 000 licenciés), Jacques Tuset, un as de la nage extrême en eau libre, donne un tuyau : « On peut aussi demander à son club – si c’est une association, c’est tout à fait possible – une attestation de sa cotisation. Et ensuite la déclarer sur sa déclaration d’impôt comme un « don » qui est déductible à 66 %… » Ce qui réduit sa base d’imposition.

Il y a un vrai risque de ne pas voir revenir les jeunes dans les clubs et les bénévoles… »

Kamel Chibli, vice-président de la Région

Interrogé sur ce sujet, Kamel Chibli, vice-président de la Région Occitanie dit : « On compte 17 000 clubs sportifs en Occitanie. Je ne suis pas sûr qu’il y en ait beaucoup avec des caisses plaines. » Il rappelle qu’il y a « un fonds national d’urgence de 1,2 M€ et un autre fonds national géré par les fédération, d’un montant de 30 M€, pour compenser la perte des licences cette année. » Kamel Chibli ajoute : « Notre inquiétude c’est la préparation de la rentrée de septembre. Une partie des clubs, 25 % environ, qui n’ont pas de salarié ou un seul salarié ne devraient pas être trop impactés ; mais la grande masse aura certes eu une baisse de ses charges fixes mais aussi peu de rentrées d’argent, ne pouvant par exemple rien organiser, comme les lotos qui leur rapportent de l’argent. Et puis il y a un vrai risque de ne pas voir revenir les jeunes dans les clubs et aussi les bénévoles… »

Il y a, en tout cas, de quoi continuer à froncer le sourcil : avant la crise, la pratique du sport était en nette hausse, selon les tout derniers chiffres de l’Insep comme Dis-Leur vous l’a expliqué. Pas sûr que ce soit à nouveau le cas, une fois passée cette pandémie…

Olivier SCHLAMA

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