Même avec beaucoup d’abstentionnistes, RN et LFI arrivent à mobiliser. Le parti d’extrême droite continue sa progression, le parti de Jean-Luc Mélenchon voit sa stratégie payer et tend la main aux autres listes de gauche. Comme à Toulouse où LFI et PS viennent de signer un accord.
Alors, oui, élection après élection, le RN s’ancre davantage dans le paysage politique. Mais pas de razzia. Pour ces élections municipales, le parti de Marine Le Pen fait, certes, plus que résister mais sans pour autant rafler la mise. Bien sûr, les contempteurs du parti d’extrême droite pointeront Beaucaire (60 % des suffrages) ou Vauvert (57,50 %) et plus largement dans le Gard, un FN qui tape à la porte de Nîmes, Bagnols-sur-Cèze ; dans l’Hérault, le vote d’extrême droite est peut-être un peu moins prégnant, arrivant en tête à Agde – un cas très particulier avec l’affaire de la voyante qui a fait exploser la droite – ; Robert Ménard, lui, s’est fait réélire sans coup férir à Béziers.
Perpignan, Aliot élu au premier tour

De l’autre côté du Languedoc-Roussillon, Carcassonne est menacée, certes. Mais on n’assiste pas à une déferlante là non plus. La gauche et notamment le PS y a ses chances au second tour. Là où le FN est ancré, cela fait système comme dans le Gard ou sur certaines communes du littoral héraultais mais aussi dans les P.-O où Louis Aliot, malgré un bilan maigrelet et sous la menace d’une inéligibilité, s’impose dès le 1er tour à Perpignan sans doute grâce à la division de la gauche. L’Aude n’est pas en reste avec un Christophe Barthès, en tête à Carcassonne, par exemple, mais pas à Limoux.
Situation nationale et internationale pèse sur le scrutin
L’analyse que l’on peut en tirer, c’est que premièrement, on enregistre malgré tout globalement une “certaine stabilité” de l’échiquier politique dans la région. Même si le RN y augmente son implantation. En tout cas, le parti d’extrême droite a su mobiliser au-delà d’une participation modeste comparativement aux précédents scrutins municipaux (hors 2020, sous le covid).
Sans doute faut-il aussi mettre au crédit de cette faible mobilisation générale la situation de guerre en Iran et en Ukraine, une actualité brûlante qui écrase toutes les autres ; avec, plus structurellement, la baisse du rôle du maire (la plupart des grands dossiers – traitement de l’eau, ordures, etc. – sont traités au niveau de l’intercommunalité dont les représentants et le président ne sont pas élus au suffrage direct ) et dans une moindre mesure le nouveau mode de scrutin dans les villages depuis ce scrutin.
Polarisation forte dans les grandes villes

Deuxièmement, on note une mobilisation et une polarisation plus fortes dans les grandes villes – Montpellier, Nîmes, par exemple – là où les bilans sont les plus contestés et où LFI marque des points. Ce qui va peser sur le PS, autre enseignement de ces municipales. Surtout que ces élections ont valeur de test en vue de la présidentielle dans un an. Chaque camp compte ses troupes. Et, à ce titre, l’abstention (environ 45 % au niveau national et entre 38 % et 45 % en Languedoc-Roussillon) est inquiétante pour des élections locales qui devraient au contraire mobiliser davantage. Les enjeux nationaux ont également pesé dans cette bataille. On ne parle pas, plus loin de chez nous, mais au bord de la Méditerranée, de Marseille, deuxième ville de France, ou Toulon qui seront des échecs retentissants ou des succès à valeur nationale pour l’une ou l’autre des parties, RN compris.
Les têtes de listes socialistes vont devoir phosphorer

C’est dans ce contexte que les têtes de listes socialistes vont devoir phosphorer. Comme à Carcassonne, Toulouse, Auch, etc. Car il y a un autre grand vainqueur, LFI, dont la stratégie de rupture voire de radicalisation a visiblement fonctionné. La question-clé pour le second tour, ce sont les alliances potentielles avec le PS. Retrouverons-nous des Nupes locales ? Secrétaire national du PS, Olivier Faure l’a dit en creux hier soir : “Pas d’accord national avec LFI.” Ce qui ouvre la porte à des accords. C’est le cas typique à Sète où Laura Seguin (union de la gauche soutenue par LFI) a créé la surprise en s’imposant, à gauche, face à Sébastien Denaja (PS-société civile, 13,70 %) et en réalisant un très bon score (20,55 %). À Toulouse, ô surprise, LFI et PS viennent de signer un accord qui pourrait faire florès, sans le feu vert des instances nationales.
Sète : “L’occasion unique de tourner la page”
Comme dans beaucoup de communes, l’entre-deux tour sera capital. Laura Seguin, à Sète, exprime : “Nous nous sommes vus dès hier soir. Nous lui avons proposé une fusion de listes. Nous avons regardé les bureaux de vote et nous nous adressons à des républicains qui avaient fait un autre choix au premier tour. Dans certains quartiers, nous y avons des réserves de voix importantes. Nous avons des mesures que nous proposons pour davantage de justice sociale. C’est l’occasion historique de tourner la page d’un système à bout de souffle incarné par Hervé Marquès, successeur de François Commeinhes et de Sébastien Pacull (RN) qui fut aussi son adjoint. Les discussions se poursuivent avec Sébastien Denaja. Je garde un espoir en espérant dans un contexte national qui joue beaucoup sur cette élection.”
Olivier SCHLAMA