Livre : L’Homme de miel, hymne à la vie

Olivier Martinelli à la Nouvelle librairie sétoise le 14 septembre 2017. Photo : Hélène MORSLY.

Le dernier livre du Sétois Olivier Martinelli est en librairie depuis le 24 août. L’Homme de miel fait l’unanimité : il n’est pas lu mais dégusté comme une douceur que l’on se réserve égoistement pour le lire tranquillement dans son canapé fané mais qui nous accueille avec le confort des années enfin sereines. Paru Chez Christophe Lucquin éditeur (160 pages, 19 euros), il est devenu en quelques semaines, un petit phénomène d’édition : 35 libraires l’ont choisi comme coup de coeur ! De la librairie Mollat à Bordeaux en passant par l’Acropole à Nice, Sauramps à Montpellier, Decitre à Chambéry ou Clarybde à Paris, etc. L’Homme de Miel s’est frayé un chemin improbable dans cette riche rentrée littéraire.

Rien de mielleux dans l’Homme de miel. Rien d’acide non plus. Pas de pathos. Pas de violon qui grince. La confidence est intime mais toujours honnête et pleine d’espoir. Il faut lire l’Homme de Miel d’Olivier Martinelli. Qui n’est pas homme de fiel. Qui ne veut pas monter au ciel. Chronique d’une vie annoncée, comme l’auteur aurait dû sous-titer ce bel opus et, selon sa confidence, c’est surtout un livre épuré, puissant, qui donne tout son sens à la vie. Rien de glauque. Son livre le plus vrai. Sans faux-semblants. Un livre-testament ?

Nan, un livre qui s’adresse à tous. Universel. Grâce à une conscience cosmique, celle d’une sorte de Captain Marvel, super-héros de BD, qui boxe la maladie sans relâche. Olivier Martinelli est atteint de myélome. Comme les enfants, il a transgressé son état pour en faire un… miel-homme. Il nous montre comment vivre avec le cancer. Avec douceur. C’est d’un humour désarmant. Ce cancer est parfois une chance d’exister dans le coeur de tous.

Olivier Martinelli, auteur de l’Homme de Miel, à Sète. Photo : Hélène Morsly.

Ce n’est pas un roman, mais ce sont 49 mini-nouvelles chronologiques que ce prof de maths, qui ne compte que sur lui-même, a un jour rassemblées après deux ans et demi d’écriture. Quarante-neuf coups de poing littéraires. C’est simple, spontané, la vie à vivre d’une urgence lente. La maladie n’aime pas qu’on l’aime, en quelque sorte, car cela donne tout son sens à la vie : « Mon cancer s’écrit myélome, écrit Martinelli, et je ne peux m’empêcher de penser « miel-homme ». Il me paraît plus doux, du coup, moins agressif. Grâce à lui, je me sens comme un héros Marvel (…)

Quarante-neuf chroniques simples, nerveuses, comme un coup de poing ou tirant un sourire. Photo : O.SC.

Martinelli, c’est un battant. Au football ou au volley-ball, il ne perd jamais : il gagne ou il apprend, comme aurait dit un célèbre être libre, Nelson Mandela. C’est pareil avec le cancer. La grande intelligence de coeur de Martinelli c’est d’arriver à mettre en mots ses maux, sans en faire ressentir uniquement la souffrance. Seulement l’humanité. Memento Mori : à ce précepte de l’esclave au général romain lui rappelant qu’il n’est pas Dieu mais un simple mortel, malgré ses victoires, Martinelli y ajoute : Oui, mais pas tout de suite. De mort lente, renchérirait Brassens…

Et puis il y a l’humour, arme de déstabilisation massive. En une seule chronique, Ambulance 1, il vous attrape par la manche et vous entraîne avec lui. Il se saisit de cette « ambulance pleine de morts » pour faire rire les vivants. « Mon ambulance est pleine de morts. Un jour, on va se faire arrêter. On est trop nombreux dans la voiture… »

Olivier Martinelli : « C’est le seul livre que je n’ai pas décidé d’écrire ; il m’a écrit dans le sens où il m’a montré la voie »

Quant aux bien-portants, « ils écoutent sans interrompre, écrit-il encore avec une franchise désarmante. Ils dodelinent d’un air compréhensif. Ils posent leurs mains sur mon épaule et finissent toujours par me demander si je vois quelqu’un. Ils n’osent pas prononcer le mot psy. » En se questionnant de la sorte, il a pourtant agencé une sorte d’association libres de pensées et lancé une introspection qui ne dit pas son nom.

Olivier Martinelli lutte, en tout cas, contre les bons – mielleux – sentiments. L’ouvrage a une ligne : la véracité. « A chaque fois que j’avais une idée, dans la salle d’attente d’un médecin, je la couchais. C’est le seul livre que je n’ai pas décidé d’écrire, formule-t-il. Ce livre, je l’ai écrit et lui m’a écrit dans le sens où il m’a montré la voie.  » En la montrant aux autres. Un jour, il publie l’une de ces chroniques sur Facebook. Les réactions, nombreuses et enthousiastes le poussent à se questionner. « Il a encore déjà fallu me convaincre moi-même de prendre ces 49 chroniques et de les réunir dans un ouvrage. Ça a été un jeu de ping-pong. » Un je qui parle puissamment de nous.

Olivier SCHLAMA

  • (1) L’Homme de Miel a été précédé par la Nuit ne dure pas, Une légende, l’Ombre des années sereines, Quelqu’un à tuer…