Lévothyrox : « Pourquoi Merck n’est-il pas traité comme Lactalis ? »

"Pourquoi n’y a-t-il pas d’audit ? Macron n’a-t-il pas dit qu’il faut faire toute la lumière sur cette affaire ? C’est étrange. Et puis nous demandons qu’il y ait de façon générale une traçabilité du médicament. On sait bien quand on achète un objet made in France et on ne le sait pas quand un médicament est fabriqué en Chine ou en Inde !" Photo : DR.

« Grâce à nos actions, on a poussé Merck à approvisionner suffisamment les pharmacies en Euthyrox », confie Sylvie Chéreau, présidente du collectif des victimes du Lévothyrox d’Occitanie, réagissant à la plainte d’un Biterrois ce mardi au tribunal de Béziers qui rendra sa décision le 30 janvier 2018.

« On était dix à la création du collectif le 10 septembre dernier. Aujourd’hui, on ne sait pas ; ça vient de tous les côtés. On est des milliers et on n’a pas de numéro vert avec des gens pour répondre. On est seulement six bénévoles… » Ainsi parle Sylvie Chéreau, la présidente du VNLO, le collectif des victimes du nouveau Lévothyrox en Occitanie. C’est ce collectif qui a été débouté face à Merck il y a quelques jours. Les victimes demandaient un approvisionnement suffisant d’Euthyrox, la version précédente de Lévothyrox. La justice a considéré qu’il y avait eu « une introduction d’Euthyrox sur le territoire français » et que, de ce fait, « il n’y avait pas de défaut d’approvisionnement en Euthyrox ».

« Ce n’est pas grave, commente Sylvie Chéreau. C’était l’effet recherché : on a poussé Merck à s’engager à approvisionner suffisamment les pharmacies. Au total, nous avons fait trois référés. Nous avons gagné le premier en novembre 2017 à Toulouse. C’est là que 40 malades avaient demandé suffisamment de boîtes d’Euthyrox sous astreinte de 10 000 euros par personne. Ca coutait trop cher à Merck de ne pas respecter ça. Et c’est aussi pour cela que nous avons été déboutés des autres référés. » Elle poursuit : « La dernière réunion que nous avons faite dans un village de 800 habitants comptait 200 personnes. Nos 150 feuilles à remplir de pharmacovigilance ont été épuisées en peu de temps ! »

Nous demandons qu’il y ait de façon générale une traçabilité du médicament. On sait maintenant bien quand on achète un objet made in France et on ne le sait pas quand un médicament est fabriqué en Chine ou en Inde ! »

Sylvie Chéreau, présidente du collectif des victimes d’Occitanie

Car le collectif demande à ses membres de signaler leurs effets indésirables sur le site de l’ANSM, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, un organisme d’état, qui autorise les mise sur le marché des médicaments et donc du Lévothyrox. Et ce, même si cela revient à demander  « à une compagnie aérienne à expliquer le crash d’un de ses avions… » Mais, malin, le collectif adresse aussi parallèlement ces déclarations aux centres de pharmacovigilance de Montpellier et de Toulouse. » Histoire qu’elles ne soient pas enterrées. Et prévoit, avec son avocat, « d’autres actions en justice à l’avenir ».

Le collectif demande aussi « que ce formulaire soit disponible a toutes les personnes sous Lévothyrox nouvelle formule… Beaucoup de personnes ne sont pas connectées et télécharger un document est juste une façon de la part des autorités de minimiser le nombres des victimes  et les effets indésirables de cette nouvelle formule », juge Sylvie Chereau. C’est pourquoi nous distribuons lors de toutes nos réunions et nous envoyons aussi aux personnes qui nous écrivent ce document. Que les personnes nous retournent complétés et nous envoyons en suivant à la pharmacovigilance par recommandé avec accusé de réception, suivant la ville. Et non pas à l’ANSM qui a autorisé ce médicament, et de ce fait minimise le nombre de victimes », ajoute la présidente du collectif.

Une réunion publique du collectif, dimanche dernier à Tarbes. Photo : DR.

Et d’asséner : « Pourquoi Merck n’est pas traité comme Lactalis ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’audit ? Macron n’a-t-il pas dit qu’il faut faire toute la lumière sur cette affaire ? C’est étrange. Et puis nous demandons qu’il y ait de façon générale une traçabilité du médicament. On sait bien quand on achète un objet made in France et on ne le sait pas quand un médicament est fabriqué en Chine ou en Inde ! »

Ce n’est pas tout : le collectif a ambition de grossir et de donner des idées de créations de « bébés collectifs » dans les départements pour que ces victimes qui, souvent, n’ont été entendus par personne (médecin, famille, amis, etc.) le soient enfin.

Olivier SCHLAMA

Contact : VNLO – Cinéma le Régent – 16 rue de l’Indépendance – 31 800 saint Gaudens.