EXCLU / Lévothyrox : A Béziers, le tribunal condamne Merck

Franck Raucci, à droite du président des Républicains, Laurent Wauquiez lors de la campagne des législatives de 2017. Quelques mois plus tard, il aura perdu 15 kilos après la prise de Lévothyrox. Photo : DR.

Alors qu’une information judiciaire vient d’être ouverte par le parquet de Marseille, compétent jusqu’à Lyon, siège de Merck, le Bitterois Franck Maucci, qui a gagné en partie contre la firme pharmaceutique, organise une réunion le 11 mars 2018 à Béziers avec la présidente de l’association des victimes du nouveau Lévothyrox. Dans son ordonnance, le tribunal de grande instance de Béziers a condamné les laboratoires Merck à 1500 euros pour frais de procédure et a accordé une expertise médicale. Il s’est déclaré en revanche incompétent sur le fond. C’était la seule procédure en Occitanie associant une demande d’expertise médicale à une demande sous astreinte d’approvisionnement suffisant de médicaments au-delà de 2018 pour les patients sous Euthyrox, ancienne formule de Lévothyrox, aux effets très indésirables et mais non retiré du marché. Nicolas Knispel, avocat montpelliérain de Franck Maucci, un Biterrois de 53 ans, attaque les laboratoires Merck à propos du Lévothyrox, devant le tribunal de Béziers, via une assignation en référé examinée ce mardi 16 janvier. Et ce, après que 23 patients toulousains eurent été déboutés de leur demande d’approvisionnement en nombre en Euthyrox. De son côté, le collectif des victimes d’Occitanie, qui voit le nombre de ses adhérents exploser, prépare des actions en justice et réclame que Merck soit traité comme Lactalis. Explications.

« Je savais que j’avais fondu mais en regardant ces deux photos ma perte de poids est flagrante et impressionnante ! » Sur la première photo, lors de la campagne des législatives, au printemps 2017, Franck Maucci, un Bitterrois de 53 ans, souriant est enveloppé. Sur la seconde photo, quelques mois plus tard, il apparaît singulièrement amaigri de… quinze kilos ! La faute, selon lui, à ce satané médicament qui défraye la chronique : le Levothyrox (1) censé réguler la thyroïde. Du coup, Franck a pris un avocat spécialisé du barreau de Montpellier, Nicolas Knispel, et attaque, via une assignation en référé au tribunal de Béziers ce mardi 16 janvier après-midi la firme multinationale Merck, basée en Allemagne, qui a mis ce médicament possiblement défectueux sur le marché. Résultat, ce mardi 30 janvier 2018 : dans on ordonnance, le tribunal de Béziers condamne Merck à 1500 euros pour frais de procédure. Et accorde une expertise médicale auprès d’un spécialiste à Toulouse. En revanche, il s’est déclaré incompétent sur le fond de l’affaire. « C’est dommage, réagit l’avocat de Franck Maucci. Le tribunal de Béziers nous dit que le tribunal administratif serait compétent pour juger du cas de mon client. Mais on n’est pas sûr d’y recourir. Nous allons attendre de voir ce que donnent les autres procédures en France. C’est un dossier qui sera long : Merck n’a pas envie d’indemniser 20 000 victimes potentielles et aura recours s’il le faut à la Cour européenne des droits de l’homme… »

On est des rats de laboratoire !

Franck Maucci, 53 ans, « victime » du Lévothyrox
Quelques mois de prise de Lévothyrox et quinze kilos de perdu… Photo : DR.

« On est des rats de laboratoire !  » s’insurge Franck Maucci, soigné depuis longtemps pour la maladie de Hodgkin, une atteinte neurologique grave. « Je suis déjà dans un processus médical lourd, confie-t-il. Et, en 2006, après un traitement par irradiation de la gorge, ma thyroïde s’en est trouvée fatiguée. » Puis, en mars 2017, la mise sous Levothyrox s’impose. « Jusqu’en juin, des désagréments mais rien de grave. Ensuite… Ensuite, je me vidais sur les toilettes, etc. J’ai compris ce qui se passait… »

Les pouvoirs publics imposent alors à Merck de recourir à l’ancienne formule mais elle est distribuée au compte-goutte : « A peine 200 000 boites sont prévues chaque mois pour alimenter 22 000 pharmacies. Trop peu ! Rien que moi, j’en ai besoin de deux boîtes… » Franck, qui veut donc obliger Merck à répondre aux besoins de traitement des patients français à travers cette procédure, a hésité à se joindre à un collectif, V.N.L.O. qui a mené une action de groupe à Toulouse et peut-être d’autres à venir (2). « Je veux être sûr que l’on aura assez de ces médicaments après 2018. J’ai finalement préféré y aller seul même si dans un second temps, au pénal, je me joindrai probablement à une action collective », confie encore Franck qui vit avec l’allocation adulte handicapé.

« Il est manifeste que cette agence, comme du reste le ministère de la Santé et le laboratoire producteur de la spécialité en cause, ont grandement tardé à prendre la mesure de l’impact de la nouvelle formule, à telle enseigne que la remise en circulation de l’ancienne formule n’est toujours pas assurée au jour des écritures », insiste l’avocat.

Franck demande via la procédure que Merck approvisionne suffisamment les pharmacies françaises après 2018 de son ancienne formule de Lévothyrox et une expertise médicale. Photo : DR.

Il demande à condamner le laboratoire Merck à fournir sans délais le produit  ancienne formule

En attendant une solution d’un médicament pérenne, Nicolas Knispel demande au tribunal de « condamner le laboratoire Merck, à fournir par le biais des circuits de distribution et de commercialisation, sans délai, le produit ancienne formule et ainsi répondre à toute demande de son client, muni d’une ordonnance prescrivant l’Euthyrox, quel que soit son dosage, se présentant pour s’approvisionner dans toute pharmacie de l’Hérault, et ce sous astreinte de 10 000 € par infraction constatée, celle-ci étant établie le cas échéant par la remise d’une attestation du pharmacien établissant l’impossibilité de fournir le produit sous 48 heures malgré demande à ses centres ou groupements grossistes habituels. »

« Merck n’a pas perdu puisque le tribunal de Béziers s’est déclaré incompétent pour juger l’affaire au fond…

Jacques-Antoine Robert, avocat de Merck

Au sortir de l’audience, Nicolas Knispel, l’avocat de Franck Maucci, le malade Biterrois, maugrée : « C’est David contre Goliath… Pour mon confrère des laboratoires Merck, c’est la 4e audience à ce sujet. L’argumentation est rodée. Mais nous sommes confiants. » Le délibéré a été fixé le 30 janvier 2017.

Contacté ce mardi en fin d’après-midi, Jacques-Antoine Robert, l’avocat de Merck au sein du cabinet parisien Simmons et Simmons, a dit : « Merck n’a pas perdu puisque le tribunal de Béziers s’est déclaré incompétent pour juger cette affaire au fond. Quant au fait qu’une expertise a été accordé au plaignant, nous ne nous y sommes pas opposés… »

Olivier SCHLAMA

 

Alors qu’une information judiciaire est ouverte par le parquet de Marseille compétent jusqu’à Lyon, siège de Merck, le Bitterois Franck Maucci organise une réunion le 11 mars 2018 à Béziers avec la présidente de l’association des victimes du nouveau Lévothyrox. Des dizaines de milliers de patients ont signalé des effets indésirables importants suite à la prise de cette hormone censé réguler la thyroïde. Trois millions de Français suivraient un traitement à base de Lévothyrox. Les pouvoirs publics ont lancé une enquête.

Lire aussi notre article :

« Pourquoi le laboratoire Merck n’est-il pas traité comme Lactalis ? »

Cliquez ICI : « Grâce à nos actions, on a poussé Merck à approvisionner suffisamment les pharmacies en Euthyrox », confie Sylvie Chéreau, présidente du collectif des victimes du Lévothyrox d’Occitanie.