Inédit : Deux “bouleurs” de la région aux championnats du monde de bowling !

Le Montpelliérain Philippe André et le Perpignanais Pierre-luc Sanchez s’envolent en novembre pour disputer à Dubaï une compétition où ils pourraient monter sur le podium. Le bowling est, par ailleurs, en phase de reconquête auprès des jeunes des classes de primaire.

Dans le film culte des frères Coen, The Big Lebowski, le “Duc” est un paresseux, loser incarné, qui passe son temps à boire et jouer au bowling. La popularité de ce sport va aussi bien à cet anti-héros dilettante qu’aux champions de la discipline si peu médiatisée qui existe depuis plus de 7 000 ans (ci-dessous). La palette est vaste pour ce sport en pleine reconquête auprès des jeunes.

Philippe vit à fond et aller à Dubaï, c’est le nec plus ultra !”

Françoise Augustin, vice-présidente de la fédération française de bowling

À 59 ans, le Montpelliérain Philippe André a vu le film récemment. À l’inverse du “Dude”, lui ne boit pas et a roulé sa bosse comme personne. C’est un ambassadeur-né de la discipline. “Il vit à fond sa passion ; il n’a cessé d’être au haut niveau. Et aller à Dubaï, c’est le nec plus ultra !”, qualifie Françoise Augustin, vice-présidente de la Fédération française de bowling et de sports de quilles et responsable de la commission senior plus. Une fédération installée à Labège, près de Toulouse, où se trouve le pôle France de bowling et la moitié des huit disciplines associées.

Cinquante pays seront représentés

Philippe André participera aux championnats du monde senior de bowling, à Dubaï, du 16 au 26 novembre prochains ! En individuel, en doublette avec son ami de 35 ans, Pierre-Luc Sanchez de Perpignan, et en équipe. Doublettes, quadrettes. Six à huit jours de compétition non stop, très longues, de 9 heures à 17 heures. “Cinquante pays y seront représentés et nous sommes les seuls français !” Son adrénaline ? “La compétition !”, lâche Philippe André. “J’aime cette discipline parce qu’il faut toujours être performant.”

Un “feu” en lui qui le “brûle” et le “dépasse”

Il ne vous parlera pas d’emblée d’adresse ou de technique qu’il qualifie de “simple”. Davantage de passion. De ce “feu” en lui qui le “brûle” et le “dépasse” pour ce sport atypique. C’est un “bouleur” : un joueur de bowling de très haut niveau. Les strike c’est son quotidien ; abattre six ou dix quilles avec une boule – de 7,2 kg en polyester, uréthane, ou le spécimen dit réactive fait de particules de minéraux et un noyau en céramique, notamment – tenu seulement par trois doigts.

Pistes en pin, hêtre, synthétique

Il ne vous parlera pas non plus spontanément de l’importance des sols de piste d’antan en bois d’érable, hêtre ou pin ou désormais en mélaminé synthétique ; des sensations et de la vitesse que l’une ou l’autre procure ; si ces lattes sont ou non huilées – elles le sont de façon savamment dégressive plus on s’approche de la cible – et comment techniquement il faut s’équilibrer. Avant de lancer sa boule, avec un dosage très personnalisé, sur cette piste de 20 mètres de long…

Plus la date de l’événement approche, plus je me transcende. Pour cela, j’ai un petit truc : je mets de la musique…”

Philippe André

Les qualités pour être compétitif ? “Avoir un gros mental”, confie Philippe André qui a commencé sa préparation physique par du jogging. “Plus la date de l’événement approche, plus je me transcende. Pour cela, j’ai un petit truc : je mets de la musique…” Entêtante et rythmée, la musique… Principalement ACDC, du hard rock ! Son compère et ami, Pierre-Luc Sanchez qui a réussi à le décider à revenir au plus haut niveau et peut-être décrocher un podium dit de lui avec beaucoup de gentillesse : “Philippe a du caractère et c’est même un caractériel ; il est entier dans le sens où sa grande gueule est aussi grande que son coeur.” Bel hommage.

“Nous deux, nous avons davantage une technique qui touche à l’essence de la discipline”

“C’est aussi un ami. Et quand il est ami, c’est pour la vie”. Son style en bowling ? “Il joue avec beaucoup de précision et de technique.” Car la discipline, à l’instar de beaucoup d’autres, a évolué vers davantage d’impact physique et une technique qui place fait la part belle à la rotation savante de la sphère. “Nous deux, nous avons davantage une technique qui touche à l’essence de la discipline”, précise encore Pierre-Luc Sanchez, gérant de l’imprimerie Hélio Clémenceau. Cet ancien joueur de rugby avait débuté le bowling, à la suite d’une blessure à une cheville. Il a ensuite continué pour y retrouver régulièrement une amourette… Il est sensiblement du même niveau que Philippe André.

J’avais environ 22 ans. On allait au bowling entre potes avant un resto ou avant d’entrer en une boîte de nuit (…) Un caissier m’a remarqué…”

Le bowling n’entrera peut-être jamais en piste pour les J.O. mais ce sport restera dans l’Olympe de la convivialité. Comme ce le fut le cas pour Philippe André il y a 37 ans. “À l’époque, j’avais environ 22 ans. On allait au bowling entre potes avant un resto ou avant d’entrer en une boîte de nuit…” Pour se mettre en jambes. Un jour, le caissier du bowling de Montpellier remarque ses scores.

“À l’époque, il n’y avait pas de système de scorage électronique pour compter les points avec un papier et un simple crayon ; c’est le caissier qui vérifiait les points. Un jour, il m’a dit : “Viens le samedi, c’est moins cher ; tu seras encadré et tu te perfectionneras”. Le passionné l’écoute. Les progrès, étincelants, claquent au fronton des pistes. Jusqu’à être classé parmi les cinq meilleurs Français pendant dix ans.

Contre-performance, dispute, fin du maillot tricolore…

Philippe André se met alors à gagner de grosses compétitions. Et, en quelques années, c’est la consécration : l’Equipe de France ! Et là patatras : une contre-performance, en 1997, aux championnats d’Europe. Il résume : “L’entraineur de l’Equipe de France de l’époque, un cador international, aimait bien mon jeu. Il m’avait pris sous son aile ; il m’avait transmis beaucoup de techniques et j’en étais tellement avide ; j’avais tellement faim que j’ai tout pris mais en contrepartie je me suis désinchronisé. Mon jeu n’était plus en place…” Dispute avec le DTN et fin du maillot bleu-blanc-rouge…

La crise du covid et… la pétanque !

Plusieurs fois champion de France, ayant disputé des championnats d’Europe, Philippe André a gagné de nombreuses épreuves internationales un peu partout en Europe, dont la Suisse ou l’Espagne, finit par se sentir lassé, “fatigué”. La crise du covid passe par là (on comptait quelque 13 000 pratiquants assidus avant la crise)… Qu’à cela ne tienne, il se tourne alors vers d’autres boules, plus petites : la pétanque ! “Ça m’a alors obsèdé !”, claque Philippe André.

Ce responsable de régie, qui fait office de technicien  au service de la direction architecture immobilière de la Ville de Montpellier, reste secrètement toujours piqué au bowling. “Je me fais alors “harceler” par mon binôme de toujours qui me fait craquer et me propose de tenter une qualification aux championnats du monde à Dubaï et on a réussi cet exploit à Rodez !”

Le breakdance a pris sa place pour 2024 aux J.O…

Le bowling avait fait partie des cinq sports en démonstration aux JO d’été de 1988 à Séoul, avec le badminton, le baseball, judo féminin et taekwondo. Puis également aux Jeux de Barcelone en 1992. Il a failli faire son entrée aux JO de 2024 mais le… breakdance a pris sa place. C’est l’un des sports les plus populaire au monde avec quelque 100 millions de pratiquants selon la Fédération (1) qui compte environ 22 000 licenciés en France, dont quelque 10 000 rien que pour le bowling.

Reconquête des jeunes

“La population des pratiquants est vieillissante”, décrypte Eric Courault. Responsable de la formation et des équipes nationales de bowling, il confie : “Nous avons signé des contrats avec l’Education nationale pour introduire le bowling dans les écoles, notamment auprès des CM1 er CM2.” Avant l’adolescence et les sorties au resto et en boîtes de nuit… L’expérience commence en cette rentrée dans plusieurs académies, notamment en Occitanie et en Pays de Loire. Nous avons conçu un kit bowling campus avec une piste en moquette et des accessoires plus légers, transportables et ça marche bien !”

Olivier SCHLAMA

(1) “Bien qu’il soit très difficile de déterminer l’origine du bowling, des instruments vieux de 7 000 ans correspondant à un jeu similaire ont été découverts en Egypte. De nombreux jeux de quilles ont existé à travers les âges, le nombre de quilles et leur forme étant variés”, explique la Fédération.
Le bowling sous sa forme actuelle a vu le jour aux Etats-Unis dans les années 1850. En 1620, les émigrants hollandais apportèrent le jeu à 9 quilles en Amérique du Nord, appelé Nine Pins. Le jeu fut envahi par les paris et les autorités interdirent le jeu.
Un joueur passionné eut alors l’idée d’ajouter une dixième quille afin de détourner la loi et continuer à assouvir sa passion du jeu de quilles. Le bowling ou Ten Pins était né. La plupart des bowlings au début des années 1800 existaient dans des caves ou des sous-sols attenants aux bars. Les règles, longueur des pistes, poids et dimension des boules et des quilles variaient suivant le propriétaire de l’établissement et suivant les joueurs. L’ABC a été créée en 1895, et peu de temps après l’organisation a mis en forme des standards et des règlements. Ces règles et spécifications de l’ABC n’ont subi que peu de modifications et ont été observées jusqu’à aujourd’hui.

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