Toulouse : Une brigade en civil pour surprendre les incivilités en « flags »

"Nous voulons surprendre les contrevenants en flagrant délit. Parce que lorsque ce sont les effectifs de la police municipale qui s'occupent de ces incivilités, dès que le contrevenant voit un képi, il se retient..., souligne Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de la Métropole. Photos : Olivier SCHLAMA

Lors de la traditionnelle cérémonie des voeux à la presse ce jeudi matin, Jean-Luc Moudenc, maire LR de Toulouse et président de la Métropole, a annoncé la création d’une brigade anti-incivilités sans uniforme, en civil donc, pour mieux surprendre les contrevenants. « Aucune incivilité en  particulier ne sera ciblée. Ce sera aussi bien de l’affichage sauvage, que des tags, des mégots, des crottes de chien ou des encombrants… », a détaillé Émilien Esnault, vice-président de la Métropole chargé de la propreté.

Affichage sauvage, jets de papiers sur la voie publique, tags, mégot abandonnés dans la rue… A Toulouse, Jean-Luc Moudenc a décidé de passer à la vitesse supérieure s’agissant de ce qu’il appelle les « incivilités ». Le maire LR et président de la Métropole toulousaine a annoncé ce jeudi matin, lors des traditionnels voeux aux journalistes, la création d’une brigade anti-incivilité. « Elle est en cours de constitution et sera pleinement opérationnelle dans le courant du premier trimestre », a-t-il précisé.

35 agents assermentés sillonneront Toulouse en civil

Jean-Luc Moudenc, président de la Métropole toulousaine ce jeudi matin. Photo : Olivier SCHLAMA

Paris ou Montpellier ont leur propre brigade anti-incivilités. Dans la capitale qui a mis en place une brigade anti-incivilités dédiée il y a un peu plus d’un an, le bilan parle de lui-même : plus de 60 000 verbalisations ont été comptabilisées avec une hausse de 731 % des mégots, le fléau des trottoirs qui nécessite des centaines de litres d’eau pour les nettoyer.

La particularité de la brigade toulousaine ? Sa redoutable efficacité annoncée : cette brigade qui sillonnera bientôt les rues de la Ville Rose sera forte de 35 agents assermentés, « tous en civil ». Pourquoi pas en uniforme ? « Pour surprendre les contrevenants en flagrant délit. Parce que lorsque ce sont les effectifs de la police municipale qui s’occupent de ces incivilités, dès que le contrevenant voit un képi, il se retient…, souligne Jean-Luc Moudenc. Nous ayons fait notre job en renforçant ce que nous appelons le plan-corbeille avec l’implantation de centaines de nouvelles corbeilles-tulipes sur la voie publique. Mais il reste trop de gestes inciviques au regard du nombre peu élevé de procès-verbaux dressés : à peine 1 165 en 2016, même si c’est un chiffre nettement supérieur aux années précédentes. Il faut surprendre le contrevenant sur le fait dans les rues de Toulouse et de la métropole. »

« Nous avons fait jusque-là preuve de pédagogie. Maintenant, nous passons à la répression

Émilien Esnault, vice-président de la Métropole chargé de la propreté.

« La liste des incivilités est non exhaustive mais elle comprend donc prioritairement l’affichage sauvage, les jets de papiers sur la voie publique, les tags, les mégots de cigarettes abandonnés dans la rue mais également les ordures ménagères en dehors des heures prévues et aussi les cartons déballés par les commerçants qui sont parfois sortis trop longtemps avant le ramassage, sachant qu’il doivent être sortis sur la voie publique seulement 15 minutes avant le passage des éboueurs. Nous avons fait jusque-là preuve de pédagogie. Maintenant, nous passons à la répression », a détaillé Émilien Esnault, vice-président de la Métropole chargé de la propreté. « Aucune incivilité en  particulier ne sera ciblée. Ce sera aussi bien de l’affichage sauvage, que des tags, des mégots, des crottes de chien ou des encombrants… »

La Métropole aimerait dresser des PV jusqu’à 450 euros

Emilien Esnault, vice-président de la Métropole chargé de la propreté. Photo : Olivier SCHLAMA

Les agents de cette brigade, « qui va peu à peu monter en puissance », seront donc assermentés et pourront dresser des PV à chaque flagrant délit constaté. Ces amendes seront des amendes-timbres d’au moins 68 euros. Cher, le simple mégot jeté sur la voie publique ou le papier gras… Pire, la Métropole aimerait avoir la possibilité de PV jusqu’à 450 euros : « Nous discutons avec l’officier du ministère public pour en avoir la possibilité », a encore confié Émilien Esnault. Le vice-président de la Métropole chargé de la propreté ajoute : « Nous avons regardé ce que faisaient d’autres métropoles, comme celle de Perpignan. Mais la question qui nous est apparue fondamentale c’est qu’il faut pouvoir verbaliser en flagrant délit. Sauf les dépôts sauvages où une enquête est possible pour retrouver l’identité des personnes fautives. »

Il y a autant de personnes déférées devant la justice qu’à Marseille mais nous avons ici deux fois moins de magistrats, entre autres, sans parler du nombre de policiers.

Cette création d’une brigade anti-incivilités intervient alors que la Ville Rose est l’une des villes françaises candidates à l’expérimentation de la nouvelle police de proximité (Police de Sécurité du quotidien), prévue très prochainement et initiée par le gouvernement Philippe (1), et alors que la municipalité propose que 2018 soit l’année « des enjeux de proximité » (2). C’était aussi l’occasion pour Jean-Luc Moudenc de réaffirmer sa demande auprès de l’État d’effectifs supplémentaires pour la police et la justice. « Quand on regarde le grand Sud de la France, de la côte atlantique à Nice, le département où il y a le plus d’actes de délinquance, c’est la Haute-Garonne. Il y a autant de personnes déférées devant la justice qu’à Marseille mais nous avons ici deux fois moins de magistrats, entre autres, sans parler du nombre de policiers, a-t-il plaidé. Il faut que des décisions soient prises. » Avec, en toile de fond, les municipales dans deux ans -« C’est encore loin… »- auxquelles Jean-Luc Moudenc feint de ne pas penser : « Je laisse ceux qui s’agitent s’agiter et ceux qui cogitent cogiter. Moi, j’agis. »

Olivier SCHLAMA

(1) Le maire de Toulouse s’est toutefois dit prêt à retirer sa candidature si l’expérimentation se réalise à « moyens constants », estimant que la police nationale est déjà débordée, et que cette expérimentation passe par des « moyens dédiés » et donc par l’octroi de policiers supplémentaires.
(2) Jean-Luc Moudenc a aussi précisé : « Hors centre-ville, 1,2 milliard d’euros ont déjà été investis dans le mandat. Ce sont des opérations plus dispersées, moins médiatiques, mais elles prouvent que tout n’est pas concentré sur le seul centre ancien. »