Deux bilans, l’un de SOS Homophobie, basé sur des témoignages directs ; un second sur les plaintes des victimes enregistrées par les forces de l’ordre indiquent une hausse ininterrompue des infractions, menaces, insultes et agressions envers les personnes LGBT +. Julia Torlet, coprésidente de SOS Homophobie, note une possible libération de la parole des victimes, à majorité des hommes. Et pointe, après un progrès y compris législatif, une “régression” du vivre-ensemble après le Mariage pour tous.
Dans son état des lieux annuel, SOS Homophobie met la terrible histoire suivante en exergue à quelques jours de la journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, le 17 mai.
En septembre 2025, le jour de la rentrée des classes, la directrice d’école Caroline Grandjean-Paccoud se suicide, en sautant des falaises de la vallée du Mars, après deux ans de harcèlement lesbophobe sur son lieu de travail, à Moussages, dans le Cantal. Elle est mariée à une femme depuis une dizaine d’années. Le harcèlement débute avec une inscription sur un mur du préau de son école : “Sale gouine”.
“En 2025, la lesbophobie tue toujours (…) La lesbophobie ne s’arrête pas aux insultes, aux menaces”

Pour sa 30e édition, SOS Homophobie dresse un bilan précis et fourni des violences anti-LGBT+. En mettant des témoignages parlant en exergue. Sans oublier la violence extrême de certaines situation. Comme cette directrice d’école, Christine Grandjean-Paccoud, dont l’épouse avait déposé plainte contre l’Education nationale et contre le maire de la commune de Moussages dans les mois qui suivent, pour manquement et harcèlement. L’enquête administrative de l’Education nationale? Elle conclut, en février 2026, à une “défaillance institutionnelle dans le soutien” à la directrice d’école. “La reconnaissance du harcèlement lesbophobe est toutefois absente.”
Et d’ajouter : “En 2025, la lesbophobie tue toujours (…) La lesbophobie ne s’arrête pas aux insultes, aux menaces. Elle trouve sa continuité dans le manque de soutien et l’inaction des institutions comme des individus qui en sont témoins. Ce sont ces regards fuyants, ce silence, cette minimisation qui tuent. Il est alors plus que nécessaire de former, d’informer, de sensibiliser afin que chacun réagisse pour éviter d’autres morts.”
Les personnes LGBT + sont devenues plus facilement une cible bouc-émissaire d’une autre minorité violente
“Sale pédé…!” C’est encore l’une des insultes les plus répandues dans les cours d’école. Lien de cause à effet, les plaintes – même si elles ne représentent qu’une faible partie des faits – on bondi en seulement quelques années. Injures, diffamations et, malheureusement, parfois, agressions. Depuis le Mariage pour tous et avant l’avènement même de son ancêtre, le Pacs, il y a certes eu une acceptation massive des personnes LGBT + mais elles sont devenues plus facilement une cible bouc-émissaire d’une autre minorité violente. Une évolution paradoxale de la société qui parfois hystérise ce sujet.
L’hypothèse optimiste que nous faisons, c’est qu’il y a peut-être dans l’augmentation des cas, une part de hausse de prises de parole des victimes”
Julia Torlet, coprésidente de SOS Homophobie
Coprésidente bénévole de SOS Homophobie, Julia Torlet, par ailleurs enseignante dans la vie, dit : “Nous avons recueilli un peu moins de 1 800 témoignages en 2025, c’est en hausse légère par rapport à 2024. Ils ont été recueillis depuis notre ligne d’écoute ; notre plateforme en ligne permanente et le tchat écoute par écrit, beaucoup utilisée par les jeunes qui préfèrent ce moyen de contact. Nous n’avons aucun moyen de savoir si une personne nous appelle parce qu’elle se sent plus libre de parler ou si elle nous aurait appeler quoi qu’il arrive. L’hypothèse optimiste que nous faisons, c’est qu’il y a peut-être dans l’augmentation des cas, une part de hausse de prises de parole des victimes. Ou peut-être pas du tout et ce n’est que l’expression d’une violence qui augmente.”
“Il y a un phénomène envers les hommes, majoritairement les cibles des agressions et notamment physiques”

Et d’ajouter : “Il y a une persistance des violences. Il faut peut-être y voir un certain phénomène de libération de la parole des victimes, ce qui est très positif. Mais dans tous les cas ni les chiffres du gouvernement, qui s’appuient sur les dépôts de plainte ni les nôtres qui s’appuient sur les témoignages que nous recueillons ne sont exhaustifs. Ils sont complémentaires. Ceux qui témoignent ne vont pas forcément porter plainte et à l’inverse ceux qui déposent plainte ne s’adressent pas forcément aux associations, préférant s’adresser à des écoutants.”
A majorité, ce sont des hommes qui contactent SOS Homophobie. Julia Torlet confirme : “Certes, environ la moitié de nos appels, ce sont des hommes. Mais, attention, il y a un biais : ce sont souvent des cibles privilégiées parce que dans cette société sexiste, on s’attaque volontiers à un homme que l’on n’estime pas assez masculin que l’inverse. Mais les femmes et les personnes non binaires ou trans, elles, ont été élevées avec des biais sexistes et n’ont pas l’habitude, de part leur éducation, de se plaindre de ce qu’elles vivent. Les hommes ont cette habitude. Pour autant, il y a un phénomène envers les hommes, majoritairement les cibles des agressions et notamment physiques.”
“Aucun milieu social n’y échappe”
Y a-t-il un milieu social davantage représenté et/ou des tranches d’âge ? “Aucun milieu social n’y échappe et sur les âges, sur les agressions physiques, la très grande majorité des gens qui témoignent chez nous, ce sont des 35 ans-50 ans, des adultes donc. Mais aussi pas très loin nous avons aussi des 25 ans-34 ans.” Sur la nature des agressions, Julia Torlet rapporte que, sur les 1 800 témoignages recueillis en 2025, qu’elles concernent “un petit 15 % de l’ensemble”. Pour tout le reste des témoignages, SOS Homophobie constate “beaucoup de rejets, de mises à l’écart ; des insultes, énormément. Ensuite, le harcèlement et lié un taux quasiment équivalent de menaces toutes confondues. Et, enfin, tout ce qui relève de la discrimination.”
Toujours selon Julia Torlet, “ce que l’on a aussi établi, c’est que sur les lieux les plus propices aux violences, le premier endroit, c’est l’espace public, surtout dans la rue. Puis, le voisinage et la famille : finalement les lieux qui relèvent de l’intime, c’est le second endroit où il y a le plus de violence et de discrimination. Enfin, 3e lieu : ce sont les réseaux sociaux et internet.”
“La société est en train de se polariser autour de ces positions réactionnaires. Et ça infuse…”

Sur 30 ans d’état des lieux, la coprésidente de SOS Homophobie dit : “Si on le prend d’un point A (il y a 30 ans) à un point B (aujourd’hui), le bilan est plutôt globalement encourageant : il y a eu des avancées législatives. En revanche, dès 2013 depuis le Mariage pour tous, il y a eu une vraie régression. Les années qui ont suivi le Mariage pour tous (le premier mariage homosexuel a eu lieu à Montpellier), le climat était bien meilleur. Au moment du Mariage pour tous, cela a été très violent mais ensuite il y a eu une vraie amélioration. Cette loi a créé une certaine harmonie sociale.”
Mais cela n’a pas duré selon l’association : “En revanche, analyse Julia Torlet, aujourd’hui, on assiste à une vraie régression. L’harmonie sociale est en train de se détruire et les progrès nous sommes en train de les perdre. Pourquoi ? On est dans un contexte général, social, politique, etc., qui est beaucoup plus rétracté sur des positions réactionnaires et conservatrices ; que l’on sent une montée des extrêmes, dans les réseaux sociaux, les médias. La société est en train de se polariser autour de ces positions réactionnaires. Et ça infuse…”
Manque de soutien aux associations et désengagement de l’Etat

Il y a aussi un manque de soutien aux associations et un désengagement financier des pouvoirs publics. “On est dans un entre-deux. Certains pouvoirs publics s’engagent fermement et clairement contre les discriminations mais d’autres freinent des quatre fers et n’allouent pas assez de moyens à la lutte. Tout ça est très fragile. On sait qu’au moindre changement de gouvernance, on peut tout perdre. Le problème aussi l’Etat dans ses missions de lutte contre les discriminations, se décharge de toutes ses obligations sur les associations qui n’ont pas assez de moyens. Il y a un manque de volonté politique et si demain le gouvernement décide de ne plus rien donner, on n’aura plus rien.” Ni pour la lutte ni pour la prévention.
Jusqu’à deux ans de prison et 45 000 € d’amende
Que risque-t-on à insulter une personne ou pire à l’agresser ? “La loi identifie l’homophobie et la transphobie comme des circonstances aggravantes pour des crimes ou des délits. Une insulte dans la rue sans caractère discriminant on peut être condamné pour insulte publique mais si c’est une insulte homophobe, on risque jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.” Il y a eu des procès marquants comme pour Thomas Jolly, le directeur artistique de la cérémonie des JO 2024, Barbara Butch, figure emblématique des nuits parisiennes et directrice artistique de Nuit Blanche 2026 ; la chanteuse Hoshi ou encore Eddy de Pretto : onze cyberharceleurs avec menaces de mort ont été condamnés à des peines de trois à six mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris.
Olivier SCHLAMA
Les forces de l’ordre ont relevé 4 900 infractions relevées en 2025
Le SSMSI, le service statistique du ministère de l’Intérieur, son bilan annuel sur les infractions anti-LGBT+ enregistrées par la police et la gendarmerie nationales en 2025.
Premier enseignement, les infractions anti-LGBT+ enregistrées augmentent de 2 % poursuivant ainsi la tendance à la hausse globale observée depuis 2016. Les crimes et délits anti-LGBT+ sont en hausse “tandis que les contraventions anti-LGBT+ baissent de façon modérée”. C’est certes une hausse modérée, mais d’une part peut-on parler de modération sur ce sujet…?
Les infractions anti-LGBT+ ont progressé de 2 %

D’autre part les violences anti-LGBT affichaient déjà une hausse spectaculaire en 2022, comme Dis-Leur vous l’avait expliqué ICI : + 28 % par rapport à 2020. Pire, selon Denis Quinqueton, “ces chiffres ne représentent qu’un quart sans doute des faits réels”. Cofondateur de l’observatoire LGBT de la fondation Jean-Jaurès, il expliquait déjà que les personnes LGBT étaient devenues “une minorité plus visibles” et davantage enclines à être “la cible d’une minorité violente de la société”.
En 2025, les infractions anti-LGBT+ enregistrées par les services de police et de gendarmerie nationales ont progressé de 2 % sur un an, après avoir augmenté en moyenne de 13 % par an sur la période 2016-2024. 64 % de ces 4 900 infractions sont des crimes ou des délits et sont en hausse de 4 % sur un an. Sur ces 4 900 infractions, 3 200 sont des crimes ou délits. Cependant cela ne représentent qu’une faible partie des agressions : les contraventions représentent 36 % des infractions et sont en baisse, elles, de 3 % sur un an, au nombre de 1 800.
Très peu de dépôts de plaintes
Toujours selon le SSMSI, le recours au dépôt de plainte reste toutefois extrêmement faible parmi les victimes d’actes anti-LGBT+ selon l’enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité (environ à peine 3 %). Toujours selon l’enquête VRS, 8 % de l’ensemble des victimes de violences physiques ou psychologiques à caractère discriminatoire citent l’orientation ou l’identité sexuelle comme motif supposé.
Davantage d’infractions dans les grandes agglomérations
les diffamations ou les injures représentent 33 % des crimes ou délits à caractère anti-LGBT+. Depuis 2016, ce type d’infractions a connu une augmentation annuelle moyenne de 13 %. Les menaces et atteintes physiques constituent chacune environ 20 % des crimes ou délits anti-LGBT+, tandis que les atteintes sexuelles et les atteintes aux biens en représentent respectivement 9 % et 5 %. Le reste se répartit entre le harcèlement (4 %), les actes de discrimination (3 %) et les faits d’extorsion ou chantage (2 %).
Les infractions se concentrent principalement dans les agglomérations de plus de 200 000 habitants, en particulier à Paris. Les victimes de crimes ou délits anti-LGBT+ enregistrées sont majoritairement des hommes (plus de 70 %), souvent jeunes (48 % ont moins de 30 ans). De même, les mis en cause sont majoritairement des hommes (83 %), jeunes (plus de la moitié a moins de 30 ans).
O.SC.
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