Les pride ont 50 ans : « Il y a encore des droits à acquérir »

Photos : DR.

La Sétoise Stéphanie Roque a réalisé un documentaire sur les 50 ans des pride dans le monde qui sera diffusé lundi. Premier marié de France, le Montpelliérain Vincent Autin lui a servi de guide dans un contexte où les actes homophobes explosent et où il reste du chemin à parcourir pour l’égalité.

Il faut se replonger dans l’univers romanesque de l’écrivain américain Armistead Maupin qui n’a pas pris une ride. Dans ses Chroniques de San Francisco devenues cultes qui possèdent tous les ferments de la lutte des gays, bi et plus tard des trans, il faut admirer le style grisant de ce chroniqueur fin zélé, qui nous fait débarquer au travers des aventures d’une jeune secrétaire naïve, du Middle West dans un univers sans tabou. Où l’inattendu le dispute à la passion et à la profonde humanité. Il faut cheminer à nouveau avec sa mystérieuse logeuse, accompagner le beau Michaël à la recherche de l’amant idéal… Ce désormais classique de la littérature gay ne l’était pas à sa sortie : des millions de gens hétéros ont dévoré ces aventures qui ont participé à leur manière à la lutte pour les droits des personnes LGBT. Les Chroniques de San Francisco mettaient en avant la liberté de vivre simplement et librement ses passions. Fascinantes années 1970.

Stonewall, acte fondateur des mouvements de revendication homosexuels contemporains

Stonewall. DR.

C’était au lendemain d’un acte fondateur, le 27 juin 1969, dans un bar gay à New York, le Stonewall, un monument de fierté consacré en 2016 par Barack Obama, Une nuit qui sera éclairante et ouvre la voie à la première marche : c’est la première fois que des homosexuels défilent et ont une visibilité dans la société. La nuit d’émeutes du 27 juin 1969 marque symboliquement pour les États-Unis et l’Europe occidentale l’acte fondateur des mouvements de revendication homosexuels contemporains. À l’époque, la législation puritaine interdit le travestissement et la danse entre hommes. C’est de ce point de départ que la Sétoise Stéphanie Roque, journaliste, a commencé à élaborer un documentaire qui lui a pris un an de travail et d’immersion. Baptisé « Liberté, Égalité, Fierté », il est diffusé ce lundi 16 décembre à 22H55 sur France 3. Car les marches des fiertés, ou pride, ont 50 ans !

Ces cinquante ans de lutte, de discrimination mais aussi d’avancées, parmi lesquelles le vote sur le mariage homosexuel en France ou la PMA pour les couples de lesbiennes. L’avancée des droits LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans) est intimement liée à ces manifestations pourtant festives et colorées. Souvent décriées, les pride restent aujourd’hui, de l’aveu même des associations, le premier acte militant que pose la communauté LGBT. Ce documentaire s’intéresse à l’émergence de ces marches. Des émeutes du bar du Stonewall en 1969, à New York, d’abord.

Avec Vincent Autin, nous sommes partis à la rencontre des organisateurs de pride et des militants de New York, de Beyrouth, de Téhéran, de Toulouse etc. C’est une lutte plus que jamais d’actualité alors que 72 pays criminalisent toujours l’homosexualité en 2019… »

Stéphanie Roque
Vincent Autin (lunettes) a servi de fil rouge à Stéphanie Roque. DR.

En 2019, à l’heure des commémorations de Stonewall, où en est le mouvement ? Les marches sont-elles encore aujourd’hui utiles ? Stéphanie Roque, qui a réalisé ce documentaire avec un autre journaliste free lance, Jean-Christophe Chaton, explique : « Le Montpelliérain Vincent Autin, premier marié gay de France, nous a servi de fil conducteur. C’est un militant de la première heure. Avec lui, nous sommes partis à la rencontre des organisateurs de pride et des militants de New York, de Beyrouth, de Téhéran, de Toulouse etc. C’est une lutte plus que jamais d’actualité alors que 72 pays criminalisent toujours l’homosexualité en 2019. Depuis, toutefois, partout en Europe et en Occident les droits des personnes LGBT se sont affirmés. Madrid est une place forte, comme les pays nordiques, l’Allemagne, etc. Mais aussi au Canada où l’on trouve la plus grande pride du monde, au liban, à Sao Paulo au Brésil, à New York bien bien entendu et bien sûr à Montpellier où a été consacré, le 29 mai 2013, le premier mariage gay de France », où l’hostilité à ce nouveau droit s’est fait énormément sentir. Le mariage pour tous a été une lutte dans la société française. « Beaucoup de pays ont bougé sur cette question lors de ces vingt dernières années, précise Stéphanie Roque.

C’est le moment fort de l’année où les personnes LGBT descendent dans la rue pour faire la fête et continuer à revendiquer. Car il y a encore différents droits à acquérir. »

Vincent Autin, premier marié gay de France.

De son côté, Vincent Autin déclare ; « Ces marches nous ont incontestablement apporté de la visibilité auprès de la population. Auprès de tout le monde. C’est le moment fort de l’année où les personnes LGBT descendent dans la rue pour faire la fête et continuer à revendiquer. Car il y a encore différents droits à acquérir. Déjà géographiquement : 72 pays continuent de criminaliser l’homosexualité et pour huit d’entre-eux, on y est passible de la peine de mort ! Ensuite, il reste à acquérir des droits sur la PMA qui n’est pas à 100 % concrètement adoptée pour tous (pour les personnes trans, par exemple). La question est en suspens. Et c’est une vraie urgence. Il y a aussi un débat sur la GPA qui n’est d’ailleurs pas un débat spécifiquement LGBT : 80 % des couples qui ont fait appel à la gestation pour autrui l’ont fait à l’étranger. Et puis il y a la question cruciale des discriminations envers les gays et LGBT en général qui explosent… » (1)

Il manque surtout une vraie politique publique. De vraies campagnes de sensibilisation. En milieu scolaire et ailleurs. Ce n’est plus possible en 2019. »

Vincent Autin livre son analyse : « Pendant longtemps, les politiques ne se sont pas saisi de cette question, et parfois l’ont même minorée. » Il ressent des différences originelles avec d’autres discriminations : « Quand il y a un acte raciste ou antisémite, tout le monde et moi le premier le condamnait fermement. Et c’était totalement normal. Ce n’était pas le cas au début pour les populations LGBT. Il y a eu un retard à l’allumage. Et peut-être des dispositions juridiques. Il manque surtout une vraie politique publique. De vraies campagnes de sensibilisation. En milieu scolaire et ailleurs. Ce n’est plus possible en 2019. »

À la fin de ses premières chroniques de Sans Francisco, Armistead Maupin écrit : « Elle resta immobile pendant un moment, fredonnant doucement, puis sortit un joint d’un étui en écaille de tortue. Elle le déposa délicatement sur la tombe, et dit en esquissant un sourire : – Prends bien ton pied, chéri. C’est de la Colombienne. »

Olivier SCHLAMA

À lire aussi sur Dis-Leur !