Biodiversité : Deux jeunes gypaètes barbus relâchés pour la première fois sur l’Aigoual

Jeune gypaète barbu de deux ans, à Revilla (Espagne). Parc du Mont Perdu. Ph. Michel Fernandez (2022).

Espèce protégée, le vautour fait partie d’un programme de réintroduction en France et notamment dans le cadre d’un partenariat entre la LPO, le Parc national des Cévennes et le Parc naturel régional des Grands Causses. Depuis 2012, ce sont ainsi 45 jeunes gypaètes qui ont été libérés dans les Grands Causses et un second lâcher est prévu le mois prochain sur ce même site. En espérant une naissance en milieu naturel prochainement !

Ils ont été baptisés Valat et Viatge. Ce mercredi 13 mai, deux jeunes gypaètes barbus, espèce menacée d’extinction, ont été libérés au Roc du Salidou sur la commune de Dourbies dans le Parc national des Cévennes. C’est la première fois qu’un lâcher est réalisé dans le massif de l’Aigoual. Ce site s’ajoute à ceux de Lozère et d’Aveyron où des lâchers ont lieu alternativement depuis 14 ans dans le cadre de programmes européens de conservation Life (Gypconnect et GYP’ACT).

Multiples menaces à leur survie

Poison, ligne électriques, activités humaines, insuffisance de ressources alimentaires (cadavres d’ongulés sauvages, comme les mouflons, par exemple) et perte de leurs habitats sont des menaces importantes à leur survie. Comme les survols aériens. Au niveau mondial, le gypaète barbu, surnommé le “casseur d’os”, en raison de sa manière de briser les os d’animaux morts dont ils se nourrissent, est inscrit sur la liste rouge mondiale de l’UICN ; l’espèce a été classée “vulnérable”, sur la liste rouge européenne de l’UICN (évaluation 2015).

En France, elle est en “danger” et, enfin en “danger critique” en Languedoc-Roussillon. En 2019 en France, il y avait 43 couples territoriaux dans les Pyrénées, 5 couples en Corse, et 18 dans les Alpes. Soit un total de 66 couples. Deux programmes de réintroduction dans le Vercors et dans les Grands Causses été mis en place en 2010 et 2012 pour relier les populations alpines et Pyrénéennes.

Dans le cadre d’un programme européen

Originaires respectivement du centre d’élevage spécialisé d’Haringsee en Autriche et du zoo d’Ostrava en République Tchèque, les deux gypaètons qui viennent d’être réintroduits – une femelle âgée de 93 jours et un mâle de 91 jours – ont été déposés sur une vire rocheuse protégée dans les falaises du Roc du Salidou sur la commune de Dourbies dans le Parc national des Cévennes. C’est la première fois que ce site, appartenant au conseil départemental du Gard et classé en espace naturel sensible (ENS) accueille de jeunes gypaètes barbus, dans le cadre du programme européen de réintroduction de cette espèce dans le sud du Massif central.

Jeunes gypaètes barbus de deux ans, à Revilla (Espagne). Parc du Mont Perdu. Ph. Michel Fernandez (2022).

Ces deux oiseaux ont été baptisés Valat et Viatge à la suite d’un concours lancé auprès du public auquel ont participé 604 personnes. Ils ont été parrainés par Bérengère Noguier, vice-présidente déléguée à la transition écologique et à la biodiversité au conseil départemental du Gard et Irène Lebeau, ancienne maire de Dourbies.

Avant leur libération sur la vire rocheuse, certaines plumes des oiseaux ont été décolorées pour faciliter leur identification à distance. Les gypaètons ont aussi été bagués et équipés de balises GPS afin d’assurer un suivi après leur envol, qui interviendra dans environ un mois. D’ici là, une phase d’acclimatation à leur environnement, d’apprentissage et de nourrissage est nécessaire avant la prise d’autonomie. Pendant cette période, une équipe surveille à distance leur évolution au quotidien.

Le Roc de Salidou, un site idéal pour les grands rapaces

Nécrophage, le gypaète barbu, l’une des quatre espèces de vautours en France, de 1,10 mètre à 1,50 mètre, a longtemps été victime de la peur et de croyances populaires – on l’accusait à tort d’attaquer troupeaux ou même d’enlever des enfants -, il a longtemps été pourchassé et abattu. “D’une superficie de 69 hectares, le Roc du Salidou présente des milieux rocheux difficiles d’accès et particulièrement favorables pour les grands rapaces, souligne la LPO. Il est également suffisamment éloigné des deux sites de réintroduction historiques – les gorges de la Jonte en Lozère et les gorges du Trévezel dans l’Aveyron – utilisés chaque année depuis le lancement du programme en 2012. Cet éloignement permettra de minimiser les interactions négatives observées ces dernières années entre les individus subadultes et les gypaètons”, explique la LPO.

Afin de préparer ce nouveau site, des travaux d’aménagements ont été réalisés avec l’aide du personnel technique du Conseil départemental du Gard et une ligne électrique située à proximité du site a été enfouie par Enedis.

Après la réintroduction, l’espoir d’une naissance en milieu naturel

La réintroduction du Gypaète barbu dans les Grands Causses a débuté en 2012 grâce à un partenariat entre la LPO, le Parc national des Cévennes et le Parc naturel régional des Grands Causses. Cette opération est intégrée dans le programme européen Life Gyp’ACT qui a pour objectif de renforcer la population de gypaètes barbus par la création de nouveaux noyaux de population dans la Drôme et le Massif central et “favoriser des mouvements d’oiseaux depuis ces noyaux de population entre les Alpes et les Pyrénées et plus largement rétablir l’existence d’une continuité entre les populations de l’espèce d’Europe centrale et méridionale”.

Résultat, “Depuis 2012, ce sont ainsi 45 jeunes gypaètes qui ont été libérés dans les Grands Causses et un second lâcher est prévu le mois prochain sur ce même site. Après une première tentative vaine de reproduction d’un couple cet hiver, les espoirs de voir s’envoler un jeune gypaète né en milieu naturel se rapprochent !” Et : “La présence de représentantes de la commission européenne lors de l’accueil des poussins et de leur préparation à la libération souligne l’importance du partenariat engagé et la reconnaissance des efforts déployés en faveur de la conservation de l’espèce.”

Olivier SCHLAMA