Hérault : Syuzanna, réfugiée de 20 ans, médaillée de l’Assemblée

Pour Syuzanna Sahakyan, cette "médaille est un honneur. Elle montre que la France valorise le travail et les efforts consentis. Quand on se donne les moyens, on peut arriver à maîtriser le destin de sa vie". Photos : DR.

A l’heure où l’étranger est souvent fustigé, Syuzanna Sahakyan est l’exemple d’une « France des possibles », selon la formule de la présidente d’Emmaüs Montpellier, Martine Marragou. Le député LaRem Patrick Vignal, qui lui a remis la récompense, a souligné « l’intégration d’une jeune réfugiée qui s’accomplit dans sa nouvelle citoyenneté ».

Sa voix est douce et appliquée. Syuzanna Sahakyan a 20 ans et déjà plusieurs vies à son actif. Un parcours riche que Patrick Vignal, député LaRem de la 9e circonscription de l’Hérault, a honoré en lui remettant la médaille de l’Assemblée Nationale, jeudi. Un fait rare qui récompense les citoyens « méritants ». Cette jeune étudiante arménienne est arrivée en France en 2012 à l’âge de 13 ans.

« Je ne connaissais pas un mot de français », dit-elle doucement, tout impressionnée par l’honneur que la République lui fait. Elle a été accompagnée par la dynamique communauté Emmaüs de Montpellier avant d’obtenir son bac S avec mention très bien en 2017. Elle a ainsi pu intégrer la faculté de médecine « grâce à la mobilisation de l’ensemble du lycée Joffre et de la communauté Emmaüs », indique Patrick Vignal et après une première année de médecine réussie, vient d’être acceptée en faculté de pharmacie. « Mon but, confie-t-elle, c’est de faire de la recherche pour cela puisse aider les gens. »

Quand on est étranger et que l’on arrive de l’étranger, c’est important de tout faire pour s’intégrer. »

Syuzanna Sahakyan

Pour Syuzanna Sahakyan, cette « médaille est un honneur. Elle montre que la France valorise le travail et les efforts consentis. Quand on se donne les moyens, on peut arriver à maîtriser le destin de sa vie ». « Quand on est étranger et que l’on arrive de l’étranger, c’est important de tout faire pour s’intégrer. » Ce sont ses parents qui lui ont donné « une éducation dans laquelle tous deux m’expliquaient que la réussite c’est d’abord bien travailler à l’école. Et pour tous les sacrifices et efforts qu’ils ont faits, j’ai eu à coeur durant toute ma scolarité à ramener de bons bulletins scolaires à la maison… C’est ça qui m’a donné la force de réussir. » Entourée de parents bienveillants, une mère institutrice de métier, un père cuisinier, qui lui répétaient que « si je voulais m’intégrer totalement en France, ça commence par l’école… »

Syuzanna, qui a « un petit frère et une petite soeur », consent à dire pudiquement que cette récompense lui a procuré « beaucoup d’émotion ». Exilée d’Arménie, elle arrive à à 13 ans à Montpellier, elle finit par obtenir après moult efforts un titre de séjour en 2017. Est-elle un exemple pour la société à l’heure où l’étranger, l’autre est souvent pointé du doigt ? Elle répond d’une formule simple : « J’aimerais, oui. » Elle ajoute : « Désormais, j’ai deux pays gravés dans le coeur. »

L’envie, le travail, le dépassement surmontent toutes les difficultés de la vie. »

Patrick Vignal, député.

Patrick Vignal a tenu à souligner « l’intégration d’une jeune réfugiée qui s’accomplit dans sa nouvelle citoyenneté. L’envie, le travail, le dépassement surmontent toutes les difficultés de la vie. » La cérémonie s’est tenue lieu ce jeudi 11 juillet à la communauté Emmaüs Montpellier Saint-Aunès (Hérault) où la jeune femme habite avec sa famille qui y travaille, en présence de sa présidente Martine Marragou.

Cette dernière explique que « le parcours de Syuzanna a été compliquée. Elle n’a pu faire médecine que grâce à la mobilisation de tous, y compris de la communauté éducative du lycée Joffre, à Montpellier, où elle était scolarisée. Cette jeune femme est, pour Martine Marragou, l’incarnation de la France des possibles puisque l’impossible devient possible. L’exemple de Suzanna  illustre cette France humaniste qui reconnaît et encourage les valeurs d’effort et de travail ».

Les députés de notre République ne sont pas trompés. Que ce soit Patrick Vignal ou Cédric Villani qui a souhaité la rencontrer à l’Assemblée nationale, tous deux ont souligné son mérite… »

Martine Marragou, présidente Emmaüs Montpellier

Et de retracer son parcours : « Partie d’Arménie après un périple semé de difficultés et d’embûches, Syuzanna est arrivée avec sa famille dans notre communauté en 2012. Notre langue lui était étrangère : elle s appliqua à la maîtriser très rapidement. » Grâce aux actions conjuguées d’Emmaus France et de son antenne de Montpellier soutenus par l’Éducation nationale lui permirent d’obtenir ses papiers pour présenter le concours PACES des métiers de la santé. Ainsi à la rentrée prochaine, en septembre, elle intègrera la prestigieuse faculté de pharmacie de Montpellier. » Elle ajoute : « Cette réussite scolaire est la victoire du dépassement de soi et de l’engagement.Victoire aussi de la persévérance car Suzanna a démontré une forte volonté de réussir dans un parcours de vie non linéaire. »

Il me plait à rêver que des exemples comme le tien seront suivis de nombreux autres ; que les élus et les pouvoirs publics m’aideront à mener à bien les dossiers des personnes intégrables et méritantes… »

Selon la présidente d’Emmaüs Montpellier, « les députés de notre République ne sont pas trompés. Que ce soit Patrick Vignal ou Cédric Villani qui a souhaité la rencontrer à l’Assemblée nationale, tous deux ont souligné son mérite, ses efforts incessants pour s’intégrer de façon exemplaire dans la société française. »
La présidente d’Emmaüs forme un voeu : « Il me plait à rêver que des exemples comme le tien seront suivis de nombreux autres ; que les élus et les pouvoirs publics m’aideront à mener à bien les dossiers des personnes intégrables et méritantes car les mérites de tous ordres doivent être reconnus. Ils sont une chance pour la France ! Puisse l’amendement Emmaüs de la loi Asile et Immigration ne pas rester lettre morte. Nos communautés abritent des talents, des compétences qui ne demandent qu’à éclore. »

Olivier SCHLAMA