Grand plongeon financier : Nos chères vieilles piscines…

Ces équipements sont vieillissants et que lorsqu'ils vont devoir être réhabilités voire reconstruits, ils vont coûter très cher aux collectivités. Photo : DR.

En Occitanie comme en France, une piscine communale est en moyenne en déficit chronique de 640 000 euros par an. Pour la première fois, dix chambres régionales des comptes, dont celle d’Occitanie, ont publié une étude sur les piscines fréquentées par 6 millions de Français, recommandant que l’Etat n’apporte plus son aide financière à la construction et que ces équipements soient gérés par des intercommunalités.

Les piscines sont dans une situation de brasse coulée. Un chiffre la résume : 640 000 euros par an, c’est le déficit moyen d’une piscine en France, soit 25 % de l’épargne brute des collectivités. Et il n’est pas près de s’éponger. C’est ce que révèle une étude inédite baptisée « Piscine : un modèle obsolète », commune à dix chambres régionales des comptes (1) dont celle d’Occitanie, portant sur un échantillon de 69 collectivités et intercommunalités gérant 110 équipements contrôlés et concernant six millions d’usagers (14 millions d’entrées) en 2015. En Occitanie, la chambre régionale a contrôlé les équipements de Saint-Chély-d’Apcher (Lozère), Grand Pic-Saint-Loup, Saint-Mathieu-de-Tréviers (Hérault), Le Grau-du-Roi (Gard), Sète (Hérault), Trèbes (Aude), Souillac (Lot), et Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales).

Ces équipements sont vieillissants et lorsqu’ils vont devoir être réhabilités, voire reconstruits, ils vont coûter très cher aux collectivités

Alain Serre, magistrat à la chambre régionale des comptes d’Occitanie

« Les équipements d’Occitanie contrôlés sont très différents allant de la gestion en partenariat public-privé à la délégation de service public ou de la régie. Près de 70 % ont été construites avant 1995, explique Alain Serre, magistrat à la chambre régionale des comptes d’Occitanie. Ce qui  veut dire que ces équipements sont vieillissants et que lorsqu’ils vont devoir être réhabilités voire reconstruits, ils vont coûter très cher aux collectivités. » D’autant qu’un autre problème s’ajoute, le changement de besoins des usagers :  « Ils réclament moins des bassins pour faire de la natation pure et dure qu’un centre d’activités aquatiques avec hamman, aquabike, toboggan pour les enfants, etc., qui répondent aux besoins de chaque membre de la famille, précise le magistrat. Si vous ajoutez à cela des conflits d’usage de plus en plus important, on nage en plein cauchemar budgétaire : « Il y a les scolaires, les particuliers, les clubs de natation mais aussi de plongée, parfois même des militaires ou des pompiers qui s’y entrainent… Il n’y a pas suffisamment de place et les mairies ont du mal à fixer des priorités ! « Le prix d’entrée ? « Il est en moyenne en France de 4,24 euros. Il n’a pas évolué depuis cinq ans alors que les coûts, eux, ont augmenté. »

Alain Serre, à droite : « Il faut confier davantage de piscines aux intercommunalités… » Photo : Olivier SCHLAMA

Confier davantage d’équipements aux intercommunalités

La solution ? « Il faudrait confier davantage d’équipements aux intercommunalités. Celles-ci ont davantage de moyens ; elles peuvent avoir une démarche de spécialisation des bassins ; et, surtout, elles peuvent asseoir le déficit sur davantage d’habitants au lieu de le faire supporter sur les seuls habitants de la commune d’implantation de la piscine, via les impôts. Logique quand on sait que la moitié des usagers qui profitent de l’équipement n’habitent pas la commune.

Les collectivités sont incapables de calculer le coût réel d’une piscine…

Autres griefs des magistrats : Il n’y pas assez de contrôle des délégataires de ce service public (la société privée qui parfois exploite la piscine). Et pour cause : « Les collectivités sont incapables de calculer le coût réel d’une piscine, du chauffage à l’eau en passant par l’électricité. Soit elles n’en n’ont pas les moyens et les outils soit elles se disent que de toute façon il faudra bien payer le déficit… La piscine du Grand Pic-Saint-Loup, construite selon un partenariat privé-public, en est un exemple éclairant, selon Alain Serre : « Même si selon le gestionnaire actuel, la fréquentation monte petit à petit, elle a été largement surestimée » et donc son coût de fonctionnement déborde ; il est de l’ordre de 1 million d’euros par an. La communauté de communes a dû verser une subvention au délégataire pour assurer l’équilibre de fonctionnement.

20 % des 45 ans à 64 ans disent ne pas savoir nager

Deuxième activité sportive et de loisirs la plus pratiquée par les Français, la natation concerne chaque année environ 13 millions de personnes, soit un quart de la population âgée de plus de 15 ans. Cependant, plus d’un Français sur sept et plus de 20 % des personnes âgées de 45 ans à 64 ans déclarent ne pas savoir nager, selon le Bulletin épidémiologique hebdomadaire Capacité à nager de juillet 2017.

Au 1er avril 2017, la France comptait 4 135 piscines et de 6 412 bassins de pratique de natation, soit un bassin pour 10 000 habitants au-dessus du taux de pays limitrophes. Le coût moyen de construction est de 25 millions d’euros chacun pour un centre aquatique moderne. L’âge médian du parc s’établit à 40 ans pour les bassins d’ancienne génération issus pour beaucoup du fameux plan 1 000 piscines des années 60 et 70. Les dix chambres régionales demandent « à simplifier ou supprimer le soutien financier de l’Etat au financement des piscines », soulevant l’ire du président de l’Association des maires de France.

Olivier SCHLAMA

(1) Auvergne-Rhône-alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne, Grand Est, Hauts de France, Ile-de-France, Occitanie, Normandie, Pays de la Loire et Paca.