Plan Loup : les éleveurs mécontents et les écolos pas contents

Le loup, au coeur d'une polémique à propos d'un plan gouver,emental qui ne satisfait personne... Photo D.-R.

Les ministères de l’Agriculture et de l’Ecologie ont publié, lundi 19 février, le plan national d’actions loup 2018-2023. Un programme qui réussit au moins à obtenir l’unanimité sur un point : personne n’est content ! Le point, à la veille de l’ouverture du Salon de l’Agriculture…

« L’attitude des deux ministères, n’ayant rien compris à la problématique du loup, révolte une nouvelle fois les éleveurs (…) Sur la forme, les ministres se satisfont dès la première page de la concertation qui a conduit à l’élaboration de ce plan. Non, messieurs les Ministres, convier les représentants des éleveurs à une réunion, les noyer au milieu d’associations de protection de la nature et au final ne pas les écouter, ce n’est pas une concertation ! » déclare dans un communiqué la Coordination rurale…

« Une nouvelle occasion manquée » regrette WWF

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Quant aux écologistes, ils dénoncent le « manque de courage du gouvernement… » Ainsi le WWF : « On était en droit d’espérer que le gouvernement se démarque de ses prédécesseurs en faisant le choix de favoriser la coexistence entre élevage et prédateur. Malheureusement il n’en est rien : la publication du nouveau plan Loup est une nouvelle occasion manquée pour définir de nouvelles orientations d’une gestion intégrée. » Du côté du gouvernement pourtant, les deux ministres concernés, Nicolas Hulot (Transition écologique) et Stéphane Travert (Agriculture) se montrent tout à fait satisfaits, vantant un plan qui est présenté comme « le fruit d’un équilibre entre la préservation de la biodiversité de nos territoires – dont le loup fait partie – et la protection des éleveurs confrontés à de nombreuses attaques sur leurs troupeaux. Le plan loup apporte des réponses précises dans la durée, à la souffrance des éleveurs. »

La réponse de la Coordination rurale est cependant sans ambiguïté : « Sur le fond, le message envoyé aux éleveurs, à tous les éleveurs puisque le loup aura bientôt table ouverte sur l’ensemble du territoire, est tout simplement scandaleux ! Aucune des demandes des éleveurs n’a été prise en compte, si ce n’est à  la marge avec la création d’un observatoire de l’efficacité des moyens de protection. Les défauts du précédent plan loup sont maintenus et amplifiés. »

Pour la FNSEA : « La ruralité est sacrifiée »

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Pour la FNSEA, c’est tout bonnement « la ruralité qui est sacrifiée. » Exprimant clairement sa déception, le syndicat agricole souligne : « Force est de constater, une nouvelle fois, que la voix des acteurs du monde rural est ignorée, bafouée et ne compte pas dans ce pays. Les décideurs politiques font le choix de l’ensauvagement des territoires au détriment des activités humaines. Ce choix n’est pas le nôtre. Nous aimons passionnément nos campagnes, riches de leur diversité culturelle, économique et environnementale. Nous subissons un revers ; mais nous n’abdiquons pas… »

La charge n’est pas moindre du côté des amis du loup : « L’État est incapable de mettre en évidence les bénéfices attendus du retour des prédateurs. Ainsi rien n’est dit de l’opportunité de voir le loup s’installer dans les grands massifs forestiers, où sa présence limiterait les impacts des fortes populations d’ongulés. Pire encore, avec ce nouveau plan loup (…), il n’a ni le courage de rappeler le cadre de la loi ni celui d’affirmer qu’il est nécessaire que l’élevage s’adapte à la présence de cette espèce protégée » précise un  communiqué de plusieurs associations, dont le WWF, France nature environnement, LPO, etc (le texte complet en cliquant ICI).

En janvier, déjà, une tribune rédigée en Lozère

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Dès le mois de janvier une tribune au vitriol, rédigée par quatre représentants d’éleveurs, (Mélanie Brunet, co-présidente du collectif des éleveurs des Causses, Olivier Maurin, président de l’IGP Agneau de Lozère, André Baret, président du collectif des éleveurs des Causses et de Lozère, et Gérard Landrieu, maire de Prévenchères, en Lozère) avait été adressée au président de la République et à son Premier ministre, Edouard Philippe. Elle dénonçait « nouveau monde appelé de leurs voeux par des citadins ignorants et des idéologues fanatiques« , refusant « un règne animal, du tout sauvage » et affirmant que « la cohabitation est impossible entre loup et troupeaux… »

Les déclarations du Président Emmanuel Macron lors de ses voeux au monde rural, le 25 janvier, ne semblent donc pas suivies d’effets et le nouveau plan loup, fort d’une centaine de pages (l’intégralité consultable ICI), ne parvient décidément pas à convaincre.

Il fixe notamment un plafond d’abattage de 40 loups. un nombre qui sera « actualisé » une fois les chiffres précis de la population de loups connue, au printemps. Fin 2016, la population était estimée à environ 360 individus, contre 292 en 2016. Et les scientifiques recommandent de ne pas abattre plus de 10 à 12% de l’effectif chaque année pour ne pas remettre en cause la viabilité de l’espèce et atteindre les 500 individus que vise le gouvernement d’ici 2023.

Les éleveurs pourront se défendre « toute l’année »

Ainsi, à partir de 2019, le plafond annuel sera fixé à 10% de la population, avec possibilité de relèvement à 12% « en cas d’atteinte du plafond avant la fin de l’année civile et de dommages particulièrement importants », a précisé Nicolas Hulot. Les tirs de prélèvement ne pourront se faire qu’entre septembre et décembre, mais les éleveurs pourront « toute l’année » se défendre « en cas d’attaque. »

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« Notre inquiétude, c’est qu’il faudra l’accord du préfet coordonnateur pour dépasser la limite des 40 loups autorisée quand il y a une attaque », a insisté Christiane Lambert, présidente de la FNSEA lors d’une conférence de presse « Nous avons demandé qu’à chaque attaque, on tue le loup en cause. Cela permet d’éliminer le loup agressif et d’apprendre aux autres ce qui se passe quand on s’approche des troupeaux », a-t-elle ajouté.

« Quand le gouvernement ouvrira-t-il les yeux ? », s’interroge-t-on à la Coordination rurale d’Occitanie en soulignant que « nos voisins européens, italiens et espagnols ont bien compris la nécessité de mettre en place une régulation. À quelques centaines de kilomètres, à travers des chasses aux trophées, il est possible de tuer un loup et ce pour des milliers d’euros. »

Par ailleurs, la conditionnalité des indemnisations des attaques liée à l’obligation de la mise en place des moyens de protection est perçue comme une façon de faire des éleveurs « non plus des victimes mais des responsables des pertes (…) les moyens de protection ne sont pas subventionnés dans leur intégralité et restent financés par des budgets agricoles. De plus, il n’est jamais question du surplus de temps nécessaire pour mettre en place, entretenir et tout simplement travailler avec les moyens de protection. »

11 741 animaux tués en 2017 selon les éleveurs

Le site Les éleveurs face au loup (cliquer ICI) précise que « malgré les efforts que nous faisons pour protéger nos troupeaux, le loup fait chaque année de plus en plus de dégâts. Il est donc grand temps que nous, éleveurs de moutons, prenions le temps de partager avec nos concitoyens la beauté de notre métier mais aussi d’expliquer les lourdes difficultés que font peser sur lui les grands carnivores… »

Et de citer pour 2017 : 28 départements concernés et 11741 animaux tués lors de 3192 attaques. « Nous avons mis en œuvre, depuis le début de notre installation toutes les mesures de protections préconisées : parcs électrifiées, chiens de protections, surveillances pluri-quotidiennes (…) je souhaite donc exprimer tout notre sentiment d’impuissance et de découragement face à la problématique du loup » témoigne notamment Claire, jeune éleveuse dans la Drôme…

Pas sûr que le déjeuner organisé ce jeudi à l’Eysée pour un millier de jeunes agricultrices et agriculteurs récemment installés (et l’enveloppe de 1 milliard de prêts garantis) suffise à désamorcer la polémique sur ce sujet. Mais à deux jours de l’ouverture du Salon de l’Agriculture (du 24 février au 4 mars, au Parc des expositions, Porte de Versailles à Paris) nul doute que le gouvernement préférerait que la visite présidentielle, dès samedi matin, ne soit pas une façon d’aller se… jeter dans la gueule du loup !

Philippe MOURET