Éolien en mer : Quatre géants pour alimenter 100 000 foyers

Quelque 8 000 tonnes et 176 mètres de haut pour chaque éolienne. A l'image de la démesure physique, ce projet pharaonique n'est pas roupie de sansonnet : "Le coût estimé de ce projet pilote est de l'ordre de 212 millions d'euros, confie Olivier Guiraud, dont 38 % d'aide publique dans le cadre du programme d'investissement d'avenir du gouvernement, auquel participe l'Ademe." Photomontage : Quadran.

Les deux principaux projets d’éolien off shore, en Méditerranée, au large de Leucate et de Port-la-Nouvelle, dans l’Aude, se précisent. L’ensemble devrait pouvoir alimenter quelque 100 000 habitants d’ici 2021 ! La région Occitanie prévoit de gros investissements. L’éolien flottant s’annonce comme l’un des principaux leviers de l’activité projetée par le Parlement de la mer. Le projet EolMed de Quadran propose des flotteurs en béton « conjuguant fabrication locale avec une importante création d’emplois à proximité du site et optimisation des coûts ». Et ce n’est que le début : plus de deux milliards d’euros d’investissements sont envisagés d’ici 2030 pour fournir 13 % de la consommation d’électricité ce qui permettra de couvrir la consommation annuelle d’environ 1,7 million d’habitants. Dans le même temps, l’Ademe a fait le bilan de 15 ans de soutien public à la filière de l’éolien en général et des retombées socio-économiques.

« On compte trois projets remarquables en Méditerranée : à Fos-sur-Mer, en Paca, et deux dans l’Aude, au large de Port-la-Nouvelle-Gruissan et Leucate, sur la façade maritime de l’ex-Languedoc-Roussillon. Le quatrième projet se trouve dans le Morbihan », définit d’emblée Samuel Puygrenier. Chargé du dossier éolienne off shore à la direction régionale de l’Ademe, à Montpellier (Hérault), il ajoute qu’en Méditerranée, ce sera de l’éolien flottant – ancré – car « très vite, on atteint des fonds de 50 mètres à 60 mètres : c’est la limite pour poser une machine de cette taille et de cette envergure », précise-t-il.

Des éoliennes hautes comme le mont Saint-Clair, à Sète !

La première phase de concertation s’est terminée il y a quelques jours. « En fait, il s’agit d’une concertation volontaire, que nous avons voulu la plus large possible, sous l’égide de la commission nationale de débat public », précise Olivier Guiraud,  le responsable du projet Eomed, de la société héraultaise Quadran. Chaque projet comprend une ferme de quatre éoliennes. Il précise que ces machines sont « géantes : elles mesureront chacune 176 mètres de haut. » Soit la hauteur du mont Saint-Clair, à Sète ! Ce n’est pas tout : les pales de ces géants des mers mesureront 152 mètres de diamètre… Avec une puissance pouvant à terme alimenter 50 000 foyers chacun, soit 100 000 foyers en additionnant les deux projets en cours, dont celui de la société Engie. « Nous comptons sur une production de 4 000 heures par habitant », précise encore Olivier Guiraud.

La France s’est fixé l’objectif de développer significativement l’ensemble des énergies renouvelables afin qu’elles couvrent 23 % de la consommation d’énergie en 2020. L’énergie éolienne représente près d’un quart de l’effort à fournir : 25 000 Mégawatts éoliens dont 6000 en mer devront être installés pour couvrir environ 10 % de notre consommation électrique. Photomontage : Engie.

Un cout estimé de 212 millions d’euros

A l’image de la démesure physique, ce projet pharaonique n’est pas roupie de sansonnet : « Le coût estimé de ce projet pilote est de l’ordre de 212 millions d’euros, confie Olivier Guiraud, dont 38 % d’aide publique dans le cadre du programme d’investissement d’avenir du gouvernement, auquel participe l’Ademe. » On prévoit un an de travaux avec trois cents salariés et ensuite, quelques dizaines d’emplois pérennes pour les opérations de maintenance. « Sur ce gisement de 212 millions d’euros, nous allons travailler avec la CCI régionale et celle de Narbonne pour mettre en place une plate-forme, déjà en oeuvre dans l’Atlantique nord, CCI business pour identifier les entreprises régionales qui pourraient participer à ce projet. »

De son côté, la région Occitanie, consolide les installations portuaires à Port-la-Nouvelle. « Les nouvelles digues de protection du port ainsi que le quai « lourd », destiné à accueillir la construction des flotteurs de Quadran et l’assemblage des huit éoliennes doit être livré au printemps 2020. Le démarrage des travaux est programmé en septembre 2018, donc dans un an », précise-t-on au conseil régional. La présidente se rendra à Port-la-Nouvelle à l’automne afin de présenter le projet et inaugurera le quai Est II dans le port actuel et la plate-forme nord qui desservira le futur port, deux investissements importants de la Région.

Les installations de Port-la-Nouvelle vont être consolidées, un investissement lourd pour le conseil régional. Photo : Antoine DARNAUD. région Occitanie.

Reste que la procédure est encore loin d’être terminée. L’enquête publique n’est pas encore lancée. « Ces éoliennes seront ancrées à 16 kilomètres du rivage. On les verra mais ce ne sera pas encombrant », complète Olivier Guiraud. Certes, on ne pourra pas chaluter dans la zone de cette ferme éolienne mais d’un autre côté, on sait que ces corps morts attire la biomasse et les colonies de poissons viennent s’y développer. D’ailleurs, nous avons lancé une étude sur le sujet avec le comité régional des pêches », indique encore le responsable du projet chez Quadran.

DG de la société Marepolis et consultant maritime, notamment pour le comité régional des pêches et le syndicat des petits métiers, Bertrand Cazalet va plus loin que le côté « récif » qui  ancre le poisson et la chaine alimentaire jusqu’aux prédateurs : « Les fermes posées autorisent la pêche. Le principe de ces fermes pilotes flottantes en Méditerranée n’autorise pas la pêche sur une zone de quelque 10 km2. Soit 20 km2 pour les deux projets ! Une étude d’impact est en cours car ces machines géantes concernent toute la filière de la pêche : les petits métiers, les chalutiers, le lamparo, etc. Toute la flottille est concernée. Et il vaut mieux anticiper : on parle en effet dans l’avenir que 150 km2 à 200 km2 qui seraient occupés par des éoliennes off shore de ce type. Ce n’est pas rien à l’échelle du Golfe du Lion. L’idée est peut-être d’essayer de trouver des solutions pour continuer à travailler dans ces zones-là. Que ce soit en aquaculture ou autres. Car, si la pêche est demain reléguée aux zones périphériques de ces fermes, cela va y renforcer l’effort de pêche… » Cela aura forcément une influence sur le stock. Et une possibilité de surpêche.

Olivier SCHLAMA

  • Pour aller plus loin sur la transition énergétique : http://www.gouvernement.fr/action/la-transition-energetique-pour-la-croissance-verte
  • La France s’est fixé l’objectif de développer significativement l’ensemble des énergies renouvelables afin qu’elles couvrent 23 % de la consommation d’énergie en 2020. L’énergie éolienne représente près d’un quart de l’effort à fournir : 25 000 Mégawatts éoliens dont 6000 en mer devront être installés pour couvrir environ 10 % de notre consommation électrique.

La filière pourrait créer plus de 60 000 emplois en 2050

De quelques centaines de « ventilateurs » géants représentant une puissance totale d’environ 50 MW en 2000, le parc éolien français est passé, en 15 ans de politique publique de soutien à cette technologie, à 11 800 MW fin 2016, soit près de 3,9 % de la production électrique française, hissant l’Hexagone au 4e rang européen. En 2015, le chiffre d’affaires total de la filière était estimé à plus de 1,84 milliard d’euros et 18 000 emplois équivalents temps plein (ETP) dont plus de 10 000 directs répartis entre 600 entreprises. En termes d’emplois seules quelques régions tirent leur épingle du jeu, dont l’Ile de France, les Hauts de France, les Pays de la Loire et l’Occitanie.

Un déploiement resté en deçà des objectifs

L’étude rappelle les grandes étapes de la politique de soutien depuis 2000 : obligation d’achat puis introduction de tarifs dédiés, lancement d’une série d’appels d’offres, fixation d’objectifs de déploiement 2000-2015. Mais malgré des résultats encourageants, la filière éolienne n’a pas atteint les objectifs de déploiement initialement définis dans les programmations pluriannuelles des investissements (PPI) successives. « Il apparaît a posteriori que sur la période qui s’étend jusqu’à 2012, la fixation des objectifs et l’élaboration du cadre réglementaire n’ont pas suffisamment anticipé les difficultés qui allaient se présenter en termes de conflits d’usages, d’intégration locale, de prise en compte des impacts environnementaux et d’aménagement du réseau, relève l’Ademe.

Bénéfices environnementaux

Entre 2002 et 2015, l’éolien a permis d’éviter l’émission de près de 63 millions de tonnes de CO2 équivalent et d’environ 250 000 tonnes de SO2, NOX et particules fines. « Ces bénéfices sanitaires et environnementaux, une fois monétarisés, représentent un gain estimé pour la collectivité de l’ordre de 3,1 à 8,8 milliards d’euros sur la période 2002-2013, ce qui dépasse largement le coût du dispositif de soutien à l’éolien (3,2 milliards d’euros) », constate l’Ademe.

Retombées dans les régions

A travers la mise en place d’une fiscalité spécifique (via l’imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux), l’apport d’outils de planification pour les collectivités locales (zones de développement et schémas régionaux de l’éolien) et la mise en œuvre, à partir de 2015, de mesures favorisant la participation des citoyens et des collectivités locales dans les projets éoliens, la politique publique a aussi contribué à redynamiser certains territoires ruraux, souligne l’étude.
« Les retombées fiscales annuelles de l’implantation des parcs éoliens pour les collectivités locales se situent généralement entre 10 000 euros et 12 000 euros/MW installé, répartis entre la commune d’implantation, l’intercommunalité à fiscalité propre, le département et la région », indique-t-elle. « Ces recettes fiscales représentent une ressource non négligeable qui permet d’engager de nouveaux projets sociaux et environnementaux sur les territoires », poursuit-elle.

Perspectives de développement de l’éolien

Les dernières évolutions du dispositif de soutien à l’éolien et la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ouvrent des perspectives nouvelles. « Il est primordial de faire du déploiement de l’éolien une opportunité de développement socio-économique aux niveaux national comme territorial », insiste-t-elle. En termes d’emplois, la filière pourrait en effet générer entre 60 000 et 93 000 ETP directs et indirects (hors exportations) à l’horizon 2050 et entre 40 000 et 75 000 en 2035.
L’Ademe estime que les acteurs de la filière devront relever à la fois des défis technologiques et logistiques pour aboutir simultanément à une hausse des facteurs de charge et à une baisse des coûts du MWh, en particulier dans l’éolien en mer, mais aussi collaborer plus étroitement avec les collectivités. « Ces perspectives de baisse de coût font de l’éolien l’une des filières de production d’électricité les plus compétitives en France », assure l’étude.
Malgré ces opportunités, 50 % des projets éoliens ont fait l’objet de recours entre 2012 et 2014, entraînant des retards pouvant dépasser trois ans, indique-t-elle.

Olivier SCHLAMA