Climat/Gard : « L’eau ? Ce sera un problème vital dans 20 ans ! »

Président du département du Gard, Denis Bouad (au centre), entouré de plusieurs élus en juillet 2018. Le 12 décembre, la collectivité a acheté les 72 hectares d'espaces naturels avoisinant le lac des Pises, au coeur du Parc naturel des Cévennes. Le but : préserver le site et la ressource en eau. Photo : Département du Gard.

Alors que plus de 1,7 million de Français – un record dans l’Hexagone, chiffre supérieur au 1,1 millions de signataires de la pétition des gilets jaunes- ont signé la pétition climat, certaines collectivités prennent l’urgence climatique à bras le corps. Le département du Gard, particulièrement touché par les inondations et les sécheresses, lance une vaste étude pour s’adapter au changement climatique. Le point avec Denis Bouad, le président PS du département.

Même au niveau d’un département français, c’est-à-dire sur une aire géographique lilliputienne en comparaison de la planète, on peut apporter sa pierre à l’adaptation au changement climatique. Et arriver à mieux gérer sa précieuse ressource en eau. Telle est la philosophie du département du Gard, sans doute l’un des seuls dans l’Hexagone en avoir fait une priorité.

« Le Gard est particulièrement vulnérable aux épisodes de sécheresse », souligne son président PS, Denis Bouad. Le risque d’un déficit chronique de la ressource en eau est particulièrement prégnant. Depuis les années 2 000, le Gard a connu plusieurs sécheresses sévères comme celles de 2003 ou 2005.  L’année 2017, avec 200 jours de classement en alerte sécheresse, dont 69 jours en niveau de crise, est devenue « la référence en matière de statistiques météorologiques à cause de sa durée et de la faiblesse du niveau pluviométrique ».

L’année 2017, avec 200 jours de classement en alerte sécheresse, dont 69 jours en niveau de crise, est devenue la référence en matière de statistiques météorologiques à cause de sa durée et de la faiblesse du niveau pluviométrique. »

Denis Bouad, président du département du Gard.
Inondations à Nîmes (Gard) le 3 octobre 1988, qui marque une intensification,s des épisodes cévenols après une accalmie de trente ans. Photo : Dominique QUET Maxppp

« Nous allons cofinancer une vaste étude, votée le 14 décembre dernier, pour créer, à terme, un schéma de gestion de la ressource en eau brute », confie Denis Bouad. Une démarche rare adoubée par l’Etat et accompagnée par la Région Occitanie et l’Agence de l’Eau « pour garantir durablement l’accès à une ressource de qualité, respectueuse de l’environnement ».

Cette étude prospective, confiée au groupement BRL Ingénierie, une entreprise gardoise de renommée mondiale, dont la région et le département sont actionnaires, et SAS Hydrofis. Elle a pour but d’étudier « la vulnérabilité de notre ressource en eau et de proposer des solutions pour prévenir d’éventuelles pénuries ».

Nous voulons travailler pour les 15 prochaines années. Cette étude que nous attendons pour fin 2019 va engager du temps et de l’argent, de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros. »

Quel a été le déclic ? Ancien viticulteur, Denis Bouad est un familier de la météo et de ses caprices millénaires mais depuis quelques années il sait reconnaître des « problèmes aigus et récurrents : soit on subit des sécheresses ; soit, quand il pleut, c’est la catastrophe avec des déluges. Ce que ce je veux éviter avec ce schéma, c’est des opérations au coup par coup. Il faut une vision globale sur un territoire entier comme le nôtre. Faudra-t-il réaliser des retenues collinaires ? Créer des forages profonds ? Poser de vastes bâches à proximité du canal du Bas-Rhône en prévision d’une possible sécheresse…? Nous voulons travailler pour les 15 prochaines années. Cette étude que nous attendons pour fin 2019 va engager du temps et de l’argent, de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros. »

Ce n’est en rien un projet électoraliste.

C’est plutôt une prise de conscience : « Ce n’est en rien un projet électoraliste sinon j’aurais fait une action visible rapidement ; non, c’est parce que j’ai l’intime conviction que c’est un sujet qui sera peut-être vital dans 20 ans. Le Gard compte 750 000 habitants et 5 000 habitants supplémentaires s’y installent chaque année. C’est l’intérêt public qui nous motive. J’habite près d’Uzès, un coin très touristique. On ne va pas interdire dans quelques années à quelqu’un qui a une piscine de ne pas la remplir sous prétexte que l’eau est rare… »

Tous les usages de l’eau seront pris en compte. Cela comprend évidemment les besoins agricoles (secteur important de l’économie gardoise) mais aussi les consommations humaines et industrielles.

Ce futur schéma ne prendra pas seulement en compte les problématiques des particuliers mais aussi des entreprises et de l’agriculture pour imaginer des solutions. « Quand Damien Alary (ex-président du département et de la Région) a pris la présidence de BRL, à qui nous confions cette étude, je lui ai dit que c’était le plus bel outil du monde ! », formule Denis Bouad. Tous les usages de l’eau seront pris en compte. Cela comprend évidemment les besoins agricoles (secteur important de l’économie gardoise) mais aussi les consommations humaines et industrielles.

« Ce n’est pas une réponse qu’il nous faut trouver, mais bien un ensemble de réponses. Il nous faudra réunir des solutions dites classiques comme la création de retenues de stockage ou l’extension de réseaux et d’autres plus innovantes comme l’optimisation de l’irrigation et la restauration de zones humides ou encore le recours à des variétés mieux adaptées en agriculture ou en sylviculture », note encore Denis Bouad. Ainsi, plusieurs réunions territoriales, destinées au grand public, sont programmées au 1er semestre 2019 afin d’être en capacité de restituer fin 2019 la stratégie retenue pour les années à venir.

Objectif de la Région Occitanie : multiplier par trois la production d’énergies renouvelables d’ici 30 ans. Et de faire baisser la facture énergétique des ménages de moitié.

Le département du Gard s’inscrit pleinement dans la volonté de la Région Occitanie de trouver un scénario d’un territoire à énergie positive. Isolation massive des logements, opportunité solaires et éoliennes, etc. L’idée de Carole Delga, présidente PS : multiplier par trois la production d’énergies renouvelables d’ici 30 ans. Et de faire baisser la facture énergétique des ménages de moitié.

En clair, les territoires ont compris l’urgence et l’opportunité économique d’une adaptation au changement climatique. A l’État – où en est l’éolien flottant…? – d’y prendre vite sa part.

Olivier SCHLAMA